LA LOUVIÈRE

Depuis le début

— Plus sérieusement, poursuivit Ulva, la région volcanique est réputée pour ses sources chaudes. Cette caverne se situe simplement au-dessus de l'une d'entre elles.

La déception visible d'Oriana amusa tellement leur hôtesse que tous trois éclatèrent de rire. Après les rudes épreuves, s'accorder un peu de détente était bienvenu. Repensant tout à coup à leur mésaventure sur le lac Gelé, Alceste s'exclama :

— Mais alors, sur le lac, c'était juste une éruption ?

Le visage d'Ulva s'assombrit. Dévisageant le jeune homme, elle soupira.

— J'ai tellement de choses à vous raconter que je ne sais par où commencer !

Son regard nostalgique erra sur les flammes de la cheminée. Après un long soupir, elle entama son récit :

— D'abord, sachez que votre présence en ce lieu n'est pas le fruit du hasard.

Oriana retint une exclamation de surprise.

— On vous a dirigés vers moi. Tout votre périple n'avait pour but que notre rencontre.

Alceste, moins patient que sa compagne, l'interrompit :

— Mais qu'est-ce que vous racontez ? S'il n'y avait pas eu ce cataclysme, et puis les Maraudeurs, et ce loup gigantesque...

Alceste réalisa soudain que l'enchaînement de tous ces événements ne pouvait être fortuit.

— Morgaste savait que vous quittiez la cité d'Espélia, poursuivit la Meneuse. Il a lancé à vos trousses ses rabatteurs. Il voulait m'obliger à intervenir.

— Mais enfin, c'est insensé ! s'écria Oriana. Quel intérêt présentez-vous à ses yeux ?

Ulva réfléchit un moment avant de répondre.

— Il me cherche, car je suis sa mère !

Face à l'énormité de cette révélation, les adolescents, gênés, détournèrent le regard. Avec pour seules compagnes, ses bêtes sauvages, la solitude dans la forêt avait perturbé la raison de la vieille femme. À l'évidence, elle affabulait. Alceste éprouva de la pitié pour elle, tandis qu'elle fixait d'un air sérieux le lynx, dont les ronronnements s'amplifiaient dans l'atmosphère pesante. Oriana s'apprêtait à émettre une suggestion, lorsque du fond de la caverne, une voix mal assurée s'exclama :

— Elle a raison. Notre présence ici n'est pas fortuite !

Horst approchait péniblement en s'appuyant contre la paroi.

— Vous ne devriez pas être debout ! gronda gentiment Ulva.

— Je me sens mieux, décréta le garde, aussitôt rejoint par les deux jeunes gens.

— Horst ! dit simplement Alceste. Je suis tellement content que vous soyez toujours à nos côtés !

Il l'étreignit sans façon. Celui-ci, peu habitué aux familiarités, le rabroua gentiment :

— Attention, jeune messager, n'oubliez pas que je suis encore convalescent.

Se reculant, Alceste céda la place à Oriana, hésitante, qui pourtant saisit la main calleuse du garde et la posa délicatement contre sa joue.

— Je ne croyais plus apprécier un jour la caresse d'un homme !

Seul Alceste perçut la portée d'un tel compliment.

Progressant vers la cheminée, Horst s'affala sur un banc.

— Je ne sais quelle sorcellerie vous avez pratiquée, mais je vous dois la vie, lâcha-t-il en guise de remerciement à l'égard d'Ulva. Une chose est certaine : nous avons été trahis. Immédiatement après notre évasion prétendument secrète, des Maraudeurs se sont lancés à nos trousses !

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !