LE DÉFI

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Alquin de Tolgui officiait à l'intérieur du temple des Adorations, lorsqu'il ressentit une menace diffuse. Il ferma les yeux. Était-elle prémonitoire ou liée aux envahisseurs barbares qui pilonnaient inlassablement la cité ? Il pensa aussitôt au groupe des messagers. Un danger particulier les guettait-il ? Ses intuitions s'avéraient souvent fondées. Mais parfois, les fils du destin étaient si ténus qu'ils se rompaient. Trop rationnel, Othe Monclart ne pouvait pas comprendre ses prédictions. Il fallait accepter que certains phénomènes nous échappent. Au fil du temps, ses travaux au sein de l'Ordre, ses recherches et sa foi lui avaient permis d'interpréter les Signes. Seuls quelques grands initiés de l'Ordre en étaient capables. Le novice qui l'assistait dans son office s'inquiéta :

— Grand Maître, vous allez bien ?

Il rouvrit les yeux et rassura d'un sourire son élève. Dehors, des clameurs de panique retentissaient.

— Allez voir ce qu'il se passe.

Le jeune homme s'empressa de satisfaire à sa requête. Après son départ, il pria pour que la nouvelle ne soit pas celle redoutée.

Alquin écarta brutalement les deux gardes en faction qui refermaient les battants de la porte et fit irruption dans la salle du conseil. Othe Monclart et des officiers, penchés sur la longue table, examinaient un plan de la cité.

— Les soldats de Morgaste ont réussi à percer nos défenses ! s'exclama Alquin.

Le premier conseiller leva la tête sans laisser paraître sa surprise.

— Je sais, et vous ne l'aviez pas prévu ! rétorqua-t-il, un sourire narquois aux lèvres.

— Comment est-ce arrivé ? demanda le prêtre, ne relevant pas l'allusion.

Othe s'assit sur le rebord de la lourde table, tançant vertement le Grand Maître :

— Considérant vos prétendus dons, j'espérais que vous alliez me l'expliquer !

Encore une fois, l'ecclésiastique contint sa colère, la situation était trop préoccupante.

— Il faut les repousser, déclencher une contre-attaque !

Le conseiller Monclart ordonna à ses officiers de les laisser seuls. Il attendit qu'ils soient sortis pour répondre calmement :

— Une des murailles à l'est s'est écroulée. Les assaillants entreprenaient un travail de sape depuis le début du siège, et ce, malgré la vigilance de nos défenseurs.

Un silence pesant suivit son explication. Alquin réalisa toute la portée de cette information. L'armée ennemie allait s'engouffrer dans la cité, sans que rien ne puisse l'arrêter !

— Il doit bien exister un moyen de sauver la population !

Othe se redressa, défiant du regard le prêtre.

— Il en existe un effectivement : négocier avec notre ennemi !

Alquin savait qu'il était trop tard à présent.

— Morgaste n'aura aucune pitié ! protesta-t-il.

Alors, Othe Monclart, se rapprochant plus près, lui susurra à l'oreille :

— Pas si nous lui procurons ce qu'il est venu chercher !

« Ainsi donc, nous y sommes ! » pensa le religieux. Le premier conseiller se mit à arpenter nerveusement la salle des Heaumes.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !