ULVA LA MENEUSE

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Horst reprit enfin conscience, très affaibli et fiévreux. Sa plaie continuait à saigner malgré le bandage. Il essaya de dissimuler sa souffrance lors des discussions avec ses compagnons. Ils décidèrent de construire un traîneau improvisé, à l'aide de deux troncs de jeunes sapins et de branches assemblés en forme de « A ». Des couvertures tendues entre les troncs permettraient de transporter Horst allongé. Il restait à espérer que les adolescents auraient la force de tracter un homme de son poids dans la neige.

— Il faut trouver de l'aide le plus vite possible, murmura Alceste à sa jeune compagne.

Le garde venait de s'évanouir. Une tache rouge maculait la neige sous son dos.

Ils ne reprirent leur chemin qu'en milieu d'après-midi. La construction du travois avait pris beaucoup de temps. Pour deux jeunes citadins, abattre des arbres se révéla compliqué, bien qu'Oriana démontrât en la circonstance un sens pratique insoupçonné. Plutôt que de s'acharner à couper, elle suggéra de plier d'abord au maximum l'arbuste, puis d'achever la découpe à l'aide de la dague d'Alceste. En comparaison, l'élagage des branches s'avéra un jeu d'enfant. Ils n'oublièrent pas d'emporter l'arbalète et le carquois du garde. La tâche la plus ardue consista à initier la glisse du travois. Les deux adolescents s'arc-boutèrent en vain, jusqu'à ce que leur rage finisse par triompher de l'immobilité. Horst aurait pu paraître assoupi, si la pâleur de son teint n'affichait un cruel démenti. Ils s'enfoncèrent dans les profondeurs de la forêt en empruntant une vague piste. L'épaisse couche de neige brouillait les repères.

Péniblement, ils tractèrent le traîneau de fortune jusqu'à la nuit tombée, malgré la pénombre qui ne facilitait pas la progression. Le ciel voilé semblait refuser la moindre clarté. Épuisée, Oriana s'écroula, ayant atteint ses limites physiques. Alceste la prit dans ses bras, puis l'allongea sur le traîneau à côté de Horst. Il allait lui proposer un peu d'eau, quand des hurlements de loups retentirent. Dans l'air glacial, les sons se répercutaient, faussant le nombre et la distance réelle des animaux. Alceste serra les mains d'Oriana. Il eut la vision d'une grande meute les encerclant. Un sentiment oppressant s'empara de lui, et la peur des loups n'était pas seule en cause. L'angoisse lui fit lever la tête. Il aperçut alors dans un proche fourré deux points brillants. Lentement, un loup disproportionné émergea des taillis.

L'animal monstrueux, dont les yeux étincelaient, approcha en grondant. Il semblait menaçant, mais n'attaquait pas. Alceste considéra l'arbalète du garde à portée de sa main : il n'aurait pas le temps de l'armer ! Tout en ne quittant pas du regard la bête, il fit glisser doucement sa dague hors du fourreau. La lame brillait faiblement ; néanmoins, ses maigres reflets excitèrent la bête et décuplaient sa fureur. Elle se jeta en avant, les poils hérissés, la gueule ouverte, puis recula ; réitérant l'effrayant manège à plusieurs reprises. Alceste se fit la réflexion absurde qu'elle hésitait.

Brusquement, la créature se ramassa pour bondir. Plus rien ne paraissait endiguer sa fureur. Au même moment, une multitude de loups surgissant de toutes parts se précipitèrent sur leur invraisemblable congénère. Un combat d'une rare intensité s'engagea. Le monstre attrapa successivement dans son énorme gueule plusieurs loups, les projetant violemment contre des arbres. Mais la meute attaquait de manière coordonnée, faisant preuve de ténacité. Chacun des canidés mordait rapidement et se dérobait aussitôt. Bientôt, ces multiples morsures affaiblirent la détermination de la bête, qui recula, puis s'enfuit, une partie de la meute à ses trousses.

Telle une garde prétorienne, les loups restants entourèrent le trio. Stupéfaits, les deux jeunes gens se dévisagèrent, n'osant bouger par peur de la réaction des prédateurs. La première stupeur passée, Oriana posa sa main sur le front de Horst.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !