LA FORET D'ESLHONGIR

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Alquin de Tolgui se recueillait dans la salle des Initiés. Malgré la profondeur de l'abri souterrain, il entendait les bruits de bataille. Les assaillants ne laissaient aucun répit aux défenseurs de la citadelle. Alquin invoquait le Dieu Suprême, mais les populations des Terres d'Eschizath croyaient en majorité à des dieux païens. Ils idolâtraient les signes et les caprices de la Nature : un arbre aux formes étranges, un rocher à l'apparence humaine... Pour eux, le ciel se déchaînant, les fleuves inondant leurs cultures manifestaient une volonté divine. « Il est vrai que la plupart sont des paysans, attachés à leur lopin de terre », soupira Alquin.

Ces humbles créatures ne pouvaient comprendre qu'un Dieu supérieur régnât sur toute chose. Ce Dieu que l'on n'osait pas nommer, l'Ordre le représentait par un disque solaire dardant ses rayons de vie. En ces temps d'ignorance, peu de gens savaient que cette divinité avait été adorée jadis par le roi d'un pays lointain. Alquin admirait ce souverain, qui avait imposé un Dieu unique à une époque où le polythéisme était de rigueur. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas entendu le jeune novice entrer, une missive à la main.

Pénétrant dans la salle du conseil, Alquin remarqua la mine courroucée du premier conseiller.

— Je suis venu dès que j'ai reçu votre convocation, se justifia-t-il.

— Vous mentez mal, Grand Maître, répondit brutalement Othe Monclart, qui siégeait face à lui. Je vous attends depuis midi !

Conscientes de la tension palpable, les deux sentinelles s'interrogèrent du regard.

— Voilà trois jours qu'ils sont partis et nous n'avons toujours aucune nouvelle. C'était bien votre idée, cette mission ! rugit Othe.

— Si j'ai bonne mémoire, vous l'avez imposée aux conseillers, protesta calmement Alquin.

Othe n'apprécia pas l'allusion, mais n'en laissa rien paraître. Sur un ton quelque peu radouci, il demanda :

— Comment savoir s'ils sont encore vivants ?

Alquin comprit pourquoi celui-ci avait exigé sa présence.

— Ils le sont... Du moins, le jeune homme !

La réponse ne satisfaisait pas le premier conseiller, dont les antécédents d'homme d'action transparaissaient. Jadis margrave de la Marche du Sud, il avait passé une grande partie de sa vie à guerroyer. L'art de la politique, ses finesses l'exaspéraient.

— Comment pouvez-vous en être aussi sûr ?

Alquin hésita avant de répondre.

— J'ai une sorte de... connexion avec Alceste.

Visiblement peu convaincu, Othe s'agita sur son siège. Poussant le Grand Maître dans ses derniers retranchements, il réitéra sa question :

— Quel genre de connexion ?

Alquin se figea un long moment, soupesant les différents arguments. Finalement, il déclara d'un ton sec :

— Seuls certains hauts dignitaires de l'Ordre sont habilités à être dans la confidence : vous le savez parfaitement !

Le trio atteignit l'orée de la forêt d'Eslhongir tandis que la lumière du jour déclinait. Horst semblait hésiter. Il jetait des regards en arrière, vers le sud, puis vers l'ouest. Les deux adolescents en conclurent qu'il craignait de voir réapparaître les Maraudeurs.

— Ma mère me racontait d'étranges histoires au sujet de cet endroit..., hasarda Oriana.

— Poursuis donc ! l'encouragea Alceste.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !