LE LAC GELÉ

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L'officier souleva le lourd pan de la tente. La bannière redoutée du prince flottait à l'entrée : un trèfle couleur or sur fond triangulaire noir. À l'intérieur, des braseros délicatement sculptés en fer forgé diffusaient lumière et chaleur. Richement décorée, la tente s'enorgueillissait de nombreuses peaux de bêtes qui tapissaient le sol. Au centre, un trône majestueux serti de pierres précieuses, dont les accoudoirs évoquaient des têtes de serpent, dominait une table massive en bois brut. L'officier s'avança avec déférence. Le prince Morgaste se tenait debout au fond, les bras croisés dans le dos. Comme à l'accoutumée, il était vêtu de noir. Plongé dans ses pensées, il semblait ne pas s'apercevoir de sa présence.

— As-tu fait selon mes instructions ? questionna durement sa voix.

L'officier sursauta, s'empressant d'acquiescer.

— Nous avons répondu au signal convenu. Notre contact au sein de la cité a confirmé le départ des messagers.

L'impitoyable chef de guerre marqua une pause avant d'ordonner :

— Envoyez les Maraudeurs ! Quatre suffiront. Qu'ils partent à l'aube. Un peu d'avance décuplera le plaisir de la chasse. Qu'ils ramènent l'enfant et tuent les deux autres !

Alceste traversait paisiblement une vaste clairière. Une brise légère, chargée d'effluves printaniers, caressait son visage. Un chevreuil, surpris par le promeneur, s'enfuit en bondissant dans les fourrés. Le soleil dardait généreusement ses rayons. Alceste baignait dans une douce plénitude. Tout à coup, une partie de l'astre solaire sembla se détacher et fondre dans sa direction. Le jeune homme eut alors l'impression de se consumer. Il aurait voulu crier, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il croisa les bras devant son visage en guise de protection dérisoire. Il se sentit happé par une force irrésistible...

— Réveille-toi ! Mais vas-tu te réveiller ? hurlait Horst.

Il secouait sans ménagement le dormeur qui s'agitait frénétiquement. Alceste ouvrit enfin les yeux. Ses deux compagnons le toisaient avec un mélange de stupeur et d'agacement.

— Qu'est-ce qui t'a pris de vociférer comme ça ? maugréa Oriana, contrariée d'avoir été réveillée en sursaut.

L'air inquiet, Horst n'ajouta aucun commentaire. Alceste s'excusa que son cauchemar les eût troublés. Il omit de préciser qu'il était coutumier de ce genre de rêves.

— Bien ! Puisque nous sommes tous debout, hâtons-nous de repartir. Le jour s'est levé, conclut laconiquement Horst.

Dehors, la neige tombait et les flocons entamaient une folle sarabande.

Les Maraudeurs s'étaient mis en marche au lever du soleil. Réputés pour leur endurance, ces hommes formaient une unité spéciale. Sous autorité directe de Morgaste, ils ne rendaient compte à nulle autre personne. Ils repérèrent aisément les traces laissées par le groupe et accélérèrent la cadence.

Dans la matinée, ils découvrirent les restes du foyer des messagers. Trois d'entre eux fouillèrent méticuleusement les alentours, tandis que celui qui avait une balafre sur la joue gauche s'accroupit près des cendres et en saisit une poignée. « Elles ne sont pas encore froides ! »

— Ils n'ont qu'une demi-journée d'avance.

Il frotta ensuite ses doigts noircis sur ses lèvres.

— Ils n'ont pas fait rôtir de viande.

Avant de ressortir de la cavité, il huma l'air plusieurs fois.

T1 - LES FRAGMENTS PERDUSLisez cette histoire GRATUITEMENT !