Smile

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Le bruit assourdissant de la sonnerie annonce le début de mon calvaire quotidien.

Midi, et qui dit midi, dit cantine, dit personnages potentiellement agaçants.

Aussi appelés mes amis, comme ils se plaisent à l'entendre.

_ "tiens, je te le rends.

_ Tu as aimé ? "

Je lui prends délicatement le livre des mains. Paraître féminine devant son copain est la première des règles de base.

Mickaël est plus intelligent que la moyenne, athlétique, d'une famille aisée sans être riche, banal dans sa perfection. Il n'y a pas à dire, je l'ai choisi avec une attention toute particulière.

_ "Oui, mais la fin est un peu... Étrange ... Non ?

_ C'est vrai, tu as raison. Tu l'as fini en deux semaines ? Tu m'impressionnes. Il m'a fallu un peu plus d'un mois."

Mensonges, mensonges.
J'ai terminé l'ouvrage en trois jours et la fin donne tout sons sens à l'écrit. Il faut flatter l'égo, le rendre plus fort. Au moins mon cher copain a-t-il pris la peine de le lire.

_ "Au fait, tu as entendu parler de cette vague de meurtre ?

_ Ce meurtrier psychopathe inconnu ? Oui, les médias ne parlent plus que de lui. Une famille entière décimée, c'est effrayant..."

Je baisse les yeux, fronce légèrement les sourcils bien que je m'en contrefiche.
Je ne vais pas me réjouir du malheur des autres mais, comme le dit si bien mon père, chacun ses problèmes.

Sourire compatissant, mon jeu d'actrice acquis depuis le plus jeune âge.

Je remarque avec horreur qu'un petit attroupement se forme autour de nous.
La bande des Guignols de service, ou les élèves avec qui je me dois de m'entendre.
Je leur offre un grand sourire. Allez Imminence, c'est juste un mauvais moment à passer...

***

_ "J'espère que vous passerez une agréable année avec nous monsieur Smile." Tonne la voix de mon professeur principal.

L'enseignant est plus sympathique que d'habitude, ce monsieur Smile doit vraiment être quelqu'un d'influent. Génial, il manquait plus que le gosse de riche fils-à-papa-gâté dans cette classe.

Je l'observe, un air niais et dégoulinant de paillettes collé à ma figure. Il porte des vêtements simples, un sweat blanc délavé avec un jean, adopte une posture décontractée sans être ridicule.
Et là, alors que j'arrive à la description de son visage, je manque de m'étouffer avec le stylo que je mordille depuis un quart d'heure.
Un masque.
Un masque ?! Noir et blanc, avec deux trous qui laissent entrevoir des yeux sombres.

L'éducation nationale doit être au plus bas pour accepter ce genre de fantaisies, ou bien incroyablement corrompue.
Rayez la mention inutile.
Pourquoi ne pas lui dérouler le tapis rouge ?
Peut-être que sa famille se montrera généreuse, qui sait ?

Je suis interrompue dans mes réflexions par une dernière réplique adressée au nouvel élève.

_ "Votre arrivée tombe bien, je dois dire." Comme pour illustrer sa phrase, il tend un bras vers ma voisine de classe.

"Milly est une élève trop bavarde et je pensais justement à la changer de place..."

La concernée me lance un regard désespérée et je mime un haussement d'épaule désespéré.
Elle ne saura jamais à quel point ce malheureux changement m'enchante.

Je jubile.

Le nouvel arrivant pose au même moment son sac sur la table. Je tourne ma tête vers lui. Un jeune homme de bonne famille pourra toujours m'être utile. Paraître sociable, gentille, accueillante. Malheureusement, le masque qu'il porte ne me laisse pas voir son expression, c'en est déplaisant. Étrange lubie que d'aimer se trimballer avec ce genre d'accessoires.

Quelle attitude dois-je adopter si je ne sais pas quel genre de personne il est ? Si je ne peux pas voir d'expressions sur ses traits ?

Je lâche un soupir de frustration imperceptible. Commençons par les bases, la suite se tissera d'elle même.

_"Salut, moi c'est Imminence. Et toi ?" Sourire à l'appui, curiosité feinte. Avec un peu d'amitié je pourrai peut-être me voir offrir des vacances dans les îles.

Il ne me répond pas. Je m'inquiète de ce comportement pour le moins étrange, ne m'aurait-il pas entendu ? Je plonge mes yeux verts dans les siens. Une angoisse profonde me tord les entrailles, lorsqu'il se met à rire discrètement.

_"Tu sais ma famille n'est pas si riche que ça."

Sa voix rauque semble étrangement résonner. Je sens monter une panique sourde tandis que je simule l'incompréhension.

Personne n'a jamais réussi à suivre le cours de mes pensées jusqu'ici.

La quatrième catégorie [Jeff the killer]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !