The ring of Kerry

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Le texte « Ring of Kerry » constitue le 14e récit produit à la suite de notre premier voyage dans cette contrée magique, l'Irlande, à l'été 2004.

Le sud-ouest de l'Irlande se compose d'immenses péninsules qui s'étirent loin dans l'océan Atlantique, de larges baies profondes ainsi que de nombreuses îles laissées là au hasard de la nature. L'examen d'une carte topographique nous donne l'impression qu'un animal féroce a lacéré le roc à plusieurs reprises de ses immenses pattes aux ongles tranchants. Bien sûr, cette morphologie demeure le résultat incontestable de la dernière glaciation. Les lourds glaciers ont d'abord écrasé les parties plus fragiles du sol pour laisser ces dépressions profondes à leur retrait. La mer s'est aussitôt empressée de remplir l'espace. La région resterait peu invitante à la vie humaine si ce n'était de la végétation luxuriante qui pousse partout, y compris dans les interstices rocailleux.

Les Irlandais nous parlaient souvent de cette route qui contourne la péninsule de Kerry et qui s'étend le long de l'Océan Atlantique, entre l'embouchure de la rivière Kenmare et la baie de Dingle. « Do not forget to visit this beautiful part of Ireland ! » nous répétait-on régulièrement. On nous promettait des scènes de mer et de montagnes à couper le souffle. Pas question de passer outre ! J'imaginais déjà les centaines de photos que mon conjoint Denis prendrait ainsi que les esquisses ou les bouts de texte qui noirciraient mon carnet. La journée s'annonçait merveilleusement belle !

Ce chemin panoramique demeure l'un des plus prisés du pays. Les touristes y retrouvent de magnifiques paysages composés principalement de bords de mer hachurés par l'usure du temps et la dureté du climat. Également, nous profitons d'un phénomène rare dans ce pays dont le réseau routier se trouve en perpétuelle reconstruction : le chemin suffisamment large permet le passage d'autobus touristiques. Les visiteurs proviennent donc de partout dans le monde. On affirme aussi que, lors de certaines journées ensoleillées de l'été, les voitures s'accumulent tellement sur cette route qu'on n'arrive pas à compléter les 107 milles (172 kilomètres) dans la même journée. On dit que l'attente atteint parfois cinq heures avant de traverser la passe Coomakesta située au 2/3 du trajet.

En Québécois familier de nos vastes campagnes libres d'entraves et peu peuplées, nous imaginions difficilement une congestion majeure causée uniquement par le nombre de véhicules qui circulent sur la large chaussée. Bien sûr, nous comprenons les attentes interminables associées à la saison estivale alors que les millions de cônes orange nous obligent à traverser à basse vitesse des zones travaux importantes. Nous comparons ce phénomène aux embouteillages à la frontière américaine certains jours de trafic intense...

Nous avons l'habitude de prendre des précautions. Voyager durant la période des grandes vacances européennes, japonaises et chinoises aussi par ailleurs, demande une certaine planification afin d'éviter les autobus de visiteurs bruyants et désagréables. Ce jour-là, nous avons décidé de commencer ce petit périple avant eux, pour nous retrouver DEVANT les touristes plutôt que DERRIÈRE.

Nous partons à 7 h du matin. Notre petit-déjeuner avalé, des céréales et du café irlandais (imbuvable), nous entreprenons notre expédition vers la péninsule de Kerry. Le premier tronçon s'effectue très rapidement. La route étroite, bordée d'arbres et de murets de pierres, nous force à réduire notre vitesse, mais nous apprécions l'absence de trafic. De l'autre côté du village de Kilorglin, nous apercevons enfin les montagnes Iveragh dont le sommet du mont Coomacarrea est juché à 772 mètres d'altitude. Leur couleur bleutée demeure une indication de leur éloignement par rapport à nous. Nos yeux se gavent de ce panorama exceptionnel. J'adore ce mélange de dureté et de beauté incommensurable qu'apporte toujours la proximité étrange entre les montagnes à gauche et l'immense océan à droite. La route qui passe entre les deux dimensions nous donne l'impression de pénétrer profondément dans ce paysage aux couleurs saisissantes.

Deux Québécois en vadrouille en IrlandeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant