7 - Braquart et Chapuis

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Dans le bureau du seigneur de Luz abandonné pour la nuit par les fils et filles de la Maison, deux membres de la Garde bloquaient les portes et commençaient leur fouille à la recherche d'un certain Nathanaël de Luz.

Angeline le sylphe se sentait négligé. Une telle négligence confinait au criminel. Ce qu'il allait bien sûr porter à l'attention des forces de l'ordre.

Bonsoir !

Il sentit Nathanaël se retenir de gémir, tandis que les deux gardes précipitèrent un peu de souffle dans leur bouche en sursautant. Maintenant qu'il se concentrait dessus, ces petites balles d'air chaud que les humains généraient lui étaient faciles à reconnaître. Bon à retenir pour la suite.

— Bonsoir ? répondit l'un, la voix tremblante.

— Qui êtes-vous ? ajouta l'autre, le ton suspicieux.

Oh, moi ? La question n'est pas qui je suis, mais ce que je suis.

Le méfiant porta la main à sa matraque. Le terrifié se frotta les pouces et index, psalmodiant Dame Blanche, Dame Blanche, épargne-nous. Son collègue soupira.

Je suis ce que vous appelez... un sylphe.

L'ambiance changea du tout au tout : jusque là au bord de la crise de nerfs, le garde laissa un sourire en barque lui déchirer le visage.

— Ha ha, mais c'est génial ! Ce trèfle me réussit, je prends mon service pour mettre la main sur un fugitif, et je trouve un esprit bienveillant qui offre des pièces d'or.

— Celles qui se changent en pierres le lendemain ? répliqua l'autre.

— Bah, on s'en fiche, il suffit de les fourguer avant. Mais tu as lu le livre que je t'ai prêté !

— Moui. Pas très convaincant. S'il existait un tel réseau de fausse monnaie, il aurait laissé des traces.

— Le scepticisme n'a jamais mené personne nulle part.

— Au moins, quand on ne va nulle part, on ne va pas dans le mur.

— Alors, primo c'était juste une fois, deuxio mon chapeau était bien trop grand, troizio l'erreur venait des maçons.

Je proteste.

— Et qu'est-ce que vous en savez, vous n'étiez même pas là !

Peut-être, mais on dit « tertio. » Et pour l'or, oubliez.

— Oui, je comprends, vous ne l'avez pas sur vous. Donnez-moi l'emplacement de votre planque, je me débrouillerai.

— Ça suffit, oui ?

Le plus autoritaire des deux voulait apparemment remettre de l'ordre dans ce n'importe quoi conversationnel qui les détournait de leur but premier. Peut-être voyait-il dans l'intervention d'Angeline une manœuvre de diversion ; celui-ci pouvait lui confirmer que Nathanaël avait brillamment mis à profit ce temps gagné pour rester sur place sans bouger.

"Sylphe", je suis le lieutenant Braquart de la Garde Touraine et voici mon adjoint le major Chapuis. Nous sommes à la recherche d'un individu évadé cette nuit des geôles de la Tour éternelle : Nathanaël de Luz, un mètre soixante-huit, blond, de carrure maigre, caché dans cette pièce et dont vous êtes de toute évidence complice je ne sais même pas pourquoi je m'ennuie à vous la faire à la régulière.

Angeline chercha une différence physique entre les deux gardes pour les distinguer plus facilement. Hum. Ah, si, la barbe ! Chapuis portait le menton nu quand celle de Braquart se chargeait d'humidité à chacune de ses expirations. Braquart, donc, reprit son discours :

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