Chapitre 6

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- Hey, Frédéric!

Je me retourne vers la voix qui m'a appelé et vois Chris à une table entouré de ses amis qui sont en partie dans ma classe. C'est l'heure du dîner. Pour être honnête, j'allais me trouver un coin tranquille dans la cafétéria où personne ne me dérangerait, comme je faisais dans les autres écoles où j'allais.

- Tu viens manger avec nous, me demande Chris avec un sourire?

J'hoche la tête et me dirige vers leur table pour m'assoir à côté de Chris et un gars de notre classe, Ryan, si je me rappelle bien.

- Les gars, je vous présente Frédéric, un nouveau, dit Chris. Il est muet alors ne soyez pas étonné s'il ne parle pas.

Chaque gars présent autour de la table me saluent en me disant leur nom, que j'oublie rapidement. Je n'ai pas une bonne mémoire pour les noms.

- Alors, tu te plaît à notre école, me demande un garçon au cheveux longs bouclés?

- Oui.

- Quoi?

Putain, ils ne comprennent même pas « oui » en langue des signes. Je fais oui de la tête.

- Ah ok, dit le gars.

- T'as ton cahier avec toi, me demande Chris.

Oui.

- Donc on va pouvoir mieux communiquer comme ça, dit-il avec un sourire, fier de son idée.

Mais je mange là. Un avantage d'être muet, on ne peut pas te reprocher de parler la bouche pleine. J'hoche la tête, même si je vais essayer de m'exclure le plus possible de la conversation. Les gars commencent à parler du dernier match de hockey des éliminatoires qui a eu lieu dimanche soir. Ils sont pour les Canadiens de Montréal. Ça tombe bien moi aussi. Mais je n'ai jamais été intéressé au hockey.

Ayant fini mon dîner et étant zéro participant à la conversation des gars, je regarde dans les alentours de la cafétéria. Il a commencé à pleuvoir dehors, alors j'imagine qu'il y a beaucoup plus de monde que d'habitude. Toutes les tables sont prises et pleines. Sauf une. Samuelle est assisse toute seule, à une table au milieu de la cafétéria, ses écouteurs vissés dans ses oreilles, mangeant une salade verte d'une main, tenant un livre de l'autre.

En faisant signe à Chris et à ses amis que je reviens, je me lève de ma place pour aller rejoindre Samuelle et lui tenir compagnie. Alors je suis à mi-chemin entre ma table et celle de la fille que je veux voir, quelqu'un me percute brusquement et je tombe par terre. Je suis pas le plus lourd des gars je dois dire. Si on me pousse, il est assuré que je tombe. Je suis très léger.

- Idiot! Regarde un peu où tu marches espèce de cinglé!

Je lèves la tête pour voir la personne qui m'a poussé. C'est une brute ce gars là! Alors que j'allais me relever, la brute me repousse par terre. La réaction de Chris et ses amis est immédiate. Ils sautent de sur leur siège pour intervenir entre moi et la brute. Je vois aussi Samuelle se tourner pour me voir par terre, et elle aussi, vient s'interposer dans la situation en s'agenouillant à côté de moi.

- Ça va, me demande-t-elle?

- Oui.

- Calme-toi Rémi, dit Chris à la brute! Il est nouveau, laisse-le un peu. C'était un accident!

- C'est lui qui m'a foncé dedans, s'exclame se fameux Rémi!

- Il ne t'avait pas vu, dit Ryan. Il s'excuse, d'accord?

- Je veux entendre des excuses sortir de sa propre bouche, dit Rémi en me regardant dans les yeux.

Sérieux? Samuelle m'aide à me remettre sur pieds et reste à mes côtés par la suite.

- Sérieux?

- On ne rigole pas avec Rémi ici, me dit Samuelle.

- Qu'est-ce qu'il se dise, demande Rémi? Ils ont un langage secret?

- Non, dit Chris. Frédéric est muet. Il parle la langue des signes.

- Alors je veux qu'il me fasse signe qu'il est désolé, dit Rémi.

Putain, il est soûlant!

- Espèce d'idiot.

- Il s'excuse, dit Samuelle.

Samuelle se tourne vers moi pour me faire des gros yeux, mais moi, je regarde Rémi qui semble satisfait d'avoir reçu des « excuses » de ma part.

- Tu étais mieux de t'excuser, sinon ça aurait bardé pour toi le muet, dit Rémi en me pointant du doigt avant de partir de la cafétéria.

- Ça va mec, me demande Chris?

Je fais un signe positif de la tête.

- Heureux pour toi qu'il ne comprenne pas la langue des signes, me dit Samuelle en signes. Il t'aurait faite ta fête.

- Il y a rien qui fait peur chez lui. Je ne vois pas pourquoi je devrais avoir peur, répondis-je.

- Pourtant, tu devrais, dit-elle avant de retourner à sa place.


Muet [TERMINÉ]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant