5. Ligue clandestine

Depuis le début

— Et Nox... ajouta Atsuki, comme frappé par la foudre, le sait-il ?

— Disons qu'il s'en doute fortement, mais il n'a aucune preuve et n'en cherche pas vraiment.

— S'il en avait on serait tous morts, précisa Harold avant de se lever, mais je ne savais pas qu'il avait accès au livre noir des missions.

— Cela suffit, le coupa brusquement le patron de la Chimère, il ne l'a pas, elle a donné un ordre direct.

Harold tourna des yeux ronds vers l'adolescente qui ne savait pas trop sur quel pied danser.

— Tu as donné un ordre direct ? A Nox ! A un mage-guerrier ? A Nox ! Un ordre d'assassinat ? A Nox !

Il en perdrait presque la raison. Harold hésitait entre une admiration sans borne et une frayeur tout aussi grande. Elle était complètement folle.

— Va-t'en Harold ! ordonna Rufus, et tiens un peu ta langue ! Je n'ai que faire de fourmis bavardes !

Ce fou en dirait trop à la mauvaise personne un jour. Il baroudait depuis bien longtemps avec Rufus mais ce-dernier n'hésiterait pas à se passer de ses services s'il devenait trop bavard. Harold obéit et prit la poudre d'escampette, laissant le barman avec son employée.

Aitsuki passa une main dans ses cheveux afin de déplacer une mèche qui la gênait puis reporta son attention sur Rufus. Il nettoyait la place laissée vacante par sa « fourmi » tout en grommelant dans sa barbe.

— J'ai appris que tu avais été mage-guerrier, commença l'adolescente curieuse mais assez maligne pour ne pas directement entrer dans le vif du sujet.

Entre Nox et son instabilité mentale d'un côté, Rufus et ses activités hors la loi de l'autre elle marchait sur des œufs. L'idée d'aller les dénoncer tous les deux lui traversa l'esprit, malgré le peu qu'elle savait elle était quasiment sûre de pouvoir les envoyer dans le puit pour un bon moment. Le conseil serait pour sûr intéressé, peut-être même lui pardonnerait-il d'avoir sans le vouloir ordonné la mort des mages-guerriers. Aitsuki avait encore du mal à réaliser qu'elle avait fait une chose pareille. Tuer n'était pas dans sa nature, faire tuer non plus. Elle respectait la vie, même celle des deux monstres qui l'avaient torturée. Non le conseil ne serait pas clément, elle finirait aussi dans le puit. Et puis Rufus, si louche soit-il, l'avait aidée dès le premier jour. Ils formaient une bonne équipe à la Chimère, Aistuki était persuadée de mériter son salaire et la confiance du vieil homme. Ainsi, l'idée de trahison s'en fut aussi vite qu'elle était venue. Et puis ce n'était pas son genre.

— J'ai servi loyalement Théa pendant des années, déclara Rufus, je le fais même toujours, autrement.

— En étant hors la loi ?

— Je ne fais rien qui nuise à la sécurité de la cité, c'est même l'inverse gamine, sans moi Théa serait déjà tombée.

Aitsuki était assez sceptique, l'armée possédait de très bons éléments, ne serait-ce que Nox. Mais devant l'air déterminé de l'homme elle eut foi.

— Pourquoi as-tu quitté l'armée ?

— Afin de ne pas me faire bouffer par des loups prêts à tout comme Nox, et pour quelques désaccords d'ordre politique. J'aurais pu devenir le seigneur de Théa tu sais ? J'étais en lice.

La jeune femme comprit qu'il ne s'étalerait pas plus sur cette période de sa vie, du moins pas ce matin. Elle l'aida à nettoyer la place salie par Harold et soupira de fatigue, il leur fallait vraiment du personnel supplémentaire. Rufus, aussi harassé qu'elle acquiesça, il ajouta qu'il avait eu de la main d'œuvre avant, mais qu'il ne l'avait pas renouvelée.

— Il est en prison non ? demanda Aitsuki en se remémorant une conversation précédente.

— Oui, il y en a un en prison, l'autre a fui Théa avec sa tête mise à prix par le conseil.

— Quelle horreur ! s'exclama l'adolescente, ils l'ont retrouvé ?

— Le frère de Nox a touché la prime.

Aitsuki déglutit, le pauvre serveur avait probablement eu une fin de vie tout sauf agréable. Néanmoins elle insista sur le fait qu'ils avaient besoin d'employés pour gérer les clients la journée. Rufus rétorqua qu'il le savait bien, mais que le choix ne serait pas aisé, les hommes de confiance étaient rares.

— Promets-moi d'y songer Rufus.

— Fort bien gamine, on cherchera du renfort, mais avant cela il faut que l'on s'occupe de ton cas et de tes vingt-mille pièces.

— Tant que cela ?! Mais je n'aurai jamais une telle somme !

Rufus sourit, il lui annonça tranquillement que l'argent ne serait pas un problème, il lui avancerait sans souci. La jeune femme fut inondée par la reconnaissance, elle enlaça le vieil homme, ne sachant pas vraiment comment exprimer sa joie.

— Mais, dit-elle en se détachant de lui, je ne pourrai jamais te rembourser.

— Il va en effet falloir que tu fasses quelques extras, je ne parle pas de prostitution, ajouta-t-il précipitamment en voyant l'air outré de l'adolescente.

— Quoi alors ?

— Je vais t'apprendre la magie... Entre autres.

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