Chap 1 : Une rencontre innatendue

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C'était un vendredi, il était deux heures du matin et il faisait nuit. Une nuit sombre et ténébreuse. Une grande masse noire se trouvait suspendue au-dessus de ma tête. Quelques rayons de lune se faisaient percevoir à travers cet immense rideau étoilé. Une légère nappe de brouillard voilait l'horizon. Les rues étaient éclairées, cependant personne n'était de sortie. Le quartier paraissait sans vie.

Dans ce silence sordide, un seul bruit se faisait entendre : le claquement de mes talons sur le trottoir désert. Je ne pouvais m'empêcher de regarder derrière moi de temps à autre, de peur d'être suivie. La paranoïa était l'un des défauts de ma personnalité qui me dérangeait le plus. Soudain des alarmes de girophares retentirent. J'eus un bref sursaut, puis je m'arrêtai pour regarder où je me trouvais : je ne savais pas où j'étais. C'était un comble pour une lycéenne de dix-sept ans de se perdre sur le chemin en rentrant chez soi. J'aurais rester à la fête et partir avec les autres à six heures du matin. Cependant je me sentais assez mal, donc j'avais écourté la soirée. Un rire nerveux sortit de ma bouche.
"Ah ah, je ne suis vraiment pas douée..." me dis-je à moi-même en regardant autour de moi. Les rues m'étaient inconnues. L'alcool se mélangeant à mon sang dans mes veines jouait sur mon sens de l'orientation ce soir.

Je décidai enfin de m'engager dans une petite ruelle à ma droite en espérant qu'elle me conduirait près de chez moi. Le retentissement des girophares se rapprochait de plus en plus. Une odeur nauséabonde se dégageait des grandes poubelles publiques situées le long des murs, ce qui renforça mon pessimisme. Je retins ma respiration en accélérant mon allure. Mes escarpins me brûlaient la plante des pieds.
Les sirènes de la police étaient tout près. Malgré moi, je ressenti un élan de stress parcourir mon corps. J'avais peur qu'ils m'embarquent à cause de la boisson. Il était vrai que j'avais bu quelques verres au-dessus du seuil recommandé ce soir. Mais comment résister à une soirée de lycéens, où le jeu du "beer pong" et celui du "je n'ai jamais" règnent ?

Tout à coup, un individu surgit de derrière moi. Avant même que j'eus le temps de distinguer son physique, il me plaqua contre le mur et m'embrassa sauvagement, tout en maintenant une pression sur mes avant bras pour éviter que je me débatte. J'avais terriblement mal. J'essayai de me retirer de son emprise même si je savais que je n'y arriverai pas, car son gabarit ne me le permettait pas. Je frappai des pieds en gesticulant pour que l'homme me lâche. Rien n'y fit.

Le son des sirènes s'éloigna et l'inconnu modéra la pression exercée sur mes membres. Au même moment j'en profitai pour lui mettre un violent coup de genou dans l'entre jambe. Il lâcha un cri de douleur et se plia en deux, les mains placées à l'endroit blessé. Je pris alors une seconde pour voir à quoi il ressemblait : c'était un homme d'une vingtaine d'années, d'environ un mètre quatre-vingt-cinq. Il portait un sweat sombre à capuche qui lui cachait les cheveux.

-Pourquoi t'as fait ça ? me lança-t-il en me fusillant du regard. Je le regardai avec des yeux ébahis. Mon "agresseur" venait de m'interpeller pour se plaindre !

-C'est une blague ?  Tu veux un deuxième coup ? Pour qui tu te prends pour m'agresser en pleine nuit ? le questionnai-je en le regardant droit dans les yeux. La vodka avait définitivement pris le pas sur la raison.

-Je suis personne. Rentre chez toi et oublie-moi, espèce de...

-Pardon ? le coupai-je en lui jetant un regard noir. Pourquoi une telle audace envers ce vaurien ?

-Ouais excuse-toi, c'est ça. Tu ne sais pas ce que ça fait de ce recevoir un genou à cet endroit ! Tu es folle, je ne t'avais rien fait de mal !

-Quoi ? Mais je ne te connais pas tu viens et tu me plaques contre un mur pour m'embrasser, c'est tout à fait NORMAL ! m'écriai-je en levant les bras.

-Si tu veux tout savoir, je voulais échapper aux poulets, c'est tout, marmotta-t-il en se redressant.

-Ah en plus tu es un délinquant ! Qu'est-ce que tu as fait ? Tu as volé un portable, vendu de la drogue, agressé une fille dans la rue, tué un policier ?

-C'est pas tes affaires. Et crois pas que je suis dans la mafia, lança-t-il en me riant au nez. Tu sais quoi ? Je suis un trafiquant de drogue, je vends des space cakes et cette ruelle, c'est mon repère, affirma-t-il avec un visage sérieux.

J'écarquillai les yeux en me demandant sur quel genre de mec j'étais tombée. Je reculai de quelques pas lorsqu'il éclata de rire en se tapant sur la cuisse. Là je compris qu'il venait de me mener en bateau. J'avais honte... J'enlevai mes escarpins un à un pour soulager mes pieds enflés et je sortis de la ruelle en les gardant à la main, sans même jeter un coup d'oeil à l'idiot derrière moi. Je continuai mon chemin, fatiguée et à bout de nerfs.
Grâce à une chance miraculeuse, je retrouvai ma rue en quelques minutes.

Je pris les clés de la maison sous le paillasson et ouvris la porte discrètement. En espérant que le grincement de celle-ci ne m'avait pas trahie, je montai à l'étage. Une fois dans la salle de bain, je me démaquillai en repensant à la scène nocturne. Ce garcon était tout de même séduisant : il avait de grands yeux verts pétillants d'adrénaline, la mâchoire carrée et un rire assez charmant...
A cet instant je me trouvais complètement idiote : je complimentais un inconnu qui m'avait poussé contre une facade et embrassé de force.
Mais qui était-il ? Qu'avait-il fait ? Pourquoi cette diversion ? Et pourquoi était-il si fermé et méchant lors de notre rencontre (sans compter mon coup de genou) ?
Une tonne de questions trottaient dans ma tête. Je n'avais pas le temps pour ces histoires nocturnes.

Épuisée, je me dirigeai vers ma chambre, je me désabillai et enfilai une nuisette bleue foncé. Puis, je me glissai sous la couette en appréciant la fraicheur des draps sur mes pieds meurtris. Demain, c'était samedi, et une grasse matinée s'imposait. Je fermai les yeux en chassant de ma tête les pensées qui me traversaient l'esprit, puis je m'abandonnai dans les bras de Morphée.

DiversionWhere stories live. Discover now