Prologue

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Le véhicule ralentit en passant sous la porte médiévale du village et éteignit ses feux.

Dans l'habitacle obscur, l'homme assis à l'arrière sentit à nouveau le doute l'envahir.

En apparence, la règle majeure de la confrérie était simple : assurer par tous les moyens une discrétion absolue pour tout ce qui concernait ses activités et ses membres. En clair, la confrérie n'avait pas d'existence officielle et ne devrait jamais en avoir.

Mais tout peut paraître simple dès lors que l'on n'est pas impliqué.

Et c'était bien là le problème.

— Arrêtez-vous ici, ordonna l'homme au conducteur.

La voiture coupa le moteur sur une petite place déserte.

L'homme descendit. Pendant un instant, il respira profondément l'air frais parfumé de l'odeur des foins.

Puis, il observa les alentours.

En face, se dressait la silhouette massive de l'église dont la tour clocher se découpait sur le ciel nocturne, traversé de nuages fantomatiques.

L'homme chercha les étoiles mais la plupart étaient éclipsées par le lustre de la lune.

Il interpréta cela comme un mauvais signe et tourna le dos au bâtiment.

Un peu plus loin, à l'opposé, il repéra enfin ce qu'il cherchait.

Il retourna alors dans la voiture et en ressortit aussitôt, chargé d'un volumineux paquet qu'il tenait avec précaution dans ses bras.

Tout en guettant les alentours, malgré les rues désertes à cette heure avancée de la nuit, il marcha au devant d'une imposante demeure de pure style mauresque : façade en pierre sur trois étages ornée d'armoiries et reposant sur un porche soutenu par cinq grandes arches.

L'homme avança devant la porte en bois massif et cogna à trois reprises à l'aide du marteau en bronze représentant une main de justice.

Puis il recula de plusieurs mètres dans l'obscurité du porche.

L'attente fut brève. Une femme apparut bientôt sur le seuil. Son visage était dissimulé dans l'ombre mais d'après sa silhouette, elle paraissait plutôt jeune.

Ce n'est qu'après avoir jeté plusieurs regards à la ronde qu'elle remarqua le paquet à ses pieds. Alors, de nouveau, elle tenta de fouiller du regard l'obscurité environnante, sans toutefois s'aventurer plus avant. Finalement, après un temps d'hésitation, la jeune femme ramassa le paquet et l'emporta avec elle à l'intérieur.

L'homme attendit un temps qu'il jugea raisonnable avant de rejoindre la voiture, partagé entre le soulagement et le remords.

Une fois le village distant de plusieurs kilomètres, il signifia son intention de s'arrêter pour fumer une cigarette.

La voiture immobile, il sortit rapidement l'arme cachée sous le siège avant, un Beretta

9 mm équipé de silencieux et tira sans hésiter une balle dans la nuque du conducteur.

— Désolé Franck. Je n'avais pas le choix.

Le prénommé Franck glissa sur le côté sans émettre un son.

L'homme passa à l'avant et repoussa péniblement le conducteur sur le siège passager.

Le souffle court et trempé de sueur, il fut tenté un instant par une authentique cigarette. Il était néanmoins urgent d'achever ce qui avait été entrepris. À commencer par se débarrasser du corps.

Il reprit alors le volant, conscient d'avoir peut-être commis la pire erreur de sa vie.


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