Chapitre 3 : Aimer

26 3 6
                                                  

Très vite, elle put distinguer un cavalier qui galopait à bride abattue vers la ville. Une attaque ? s'angoissa Sylvine. L'intrus avait-il des intentions menaçantes ? L'assurance qu'il manifestait à chevaucher ainsi ardemment vers Enu ne parlait pas toutefois pas en faveur d'une agression. Les "maudits" semblaient être du genre à aimer les embuscades sournoises et les approches furtives plutôt qu'à chevaucher en solitaire vers la place à conquérir.

Ce devait donc être un allié qui s'approchait des portes de la ville. Quoique encore dubitative sur les desseins du nouveau venu, Sylvine ne put s'empêcher d'en admirer la silhouette athlétique, en parfaite harmonie avec la grâce du cheval alezan avec qui il faisait corps. Le cavalier et sa monture formaient en effet un tableau magnifique, de puissance et de beauté mêlées, dans la lumière du soleil couchant. Un instant, elle les perdit de vue, entre la porte d'entrée et la rue principale. Puis elle les revit qui montaient vers la demeure dont elle était l'hôte, avant que les bâtisses alentour ne les lui cachent à nouveau et ne les lui restituent que lors des croisements de rues. S'ils avaient quelque peu ralenti l'allure, du fait de leur arrivée dans le bourg, ils allaient malgré tout très vite encore. L'homme lançait de temps en temps un bref "Place, faites place" et les gens, prévenus par le martèlement des sabots sur les pierres, s'écartaient de son chemin en anticipation.

Elle put, un bref instant, apercevoir une partie du visage de l'homme lancé dans sa course en direction de la demeure du seigneur Rochelaure. Elle en saisit surtout l'intensité du regard, dirigé vers l'avant, déterminé. Puis cavalier et monture disparurent complètement derrière les murs des maisons qui s'agglutinaient sous ses fenêtres.

Sylvine réalisa que son cœur, une fois de plus, battait la chamade, comme si un événement majeur s'était produit ; elle était à moitié penchée vers l'extérieur, une main posée sur sa poitrine. Rougissant un peu de cette fascination pour ce qui n'était probablement qu'un simple messager apportant des nouvelles, elle se reprit et décida d'arrêter là ses contemplations. Si nouvelles il y avait, elle aurait bien aimé en prendre connaissance, mais ses pieds nus ne lui simplifiaient pas la tâche... Tant pis, elle essaierait d'écouter les conversations du palier...

D'en bas, des voix s'élevaient, et elle devinait une effervescence due à l'arrivée du nouveau venu. Elle sortit de l'embrasure de la fenêtre, rejetant machinalement sa lourde tresse vers l'arrière, et se dirigea vers la sortie. Un vertige la saisit, probablement dû au fait qu'elle s'était redressée trop vite, et elle vint un instant poser sa main sur le mur, pour y reprendre appui et équilibre. Il lui sembla alors entendre des pas précipités dans l'escalier qui menait à sa chambre.

Oui, elle en était sûre, quelqu'un montait les marches deux à deux, en une précipitation inquiétante. Allons bon, que se passait-il encore ? Inquiète, le cœur battant à nouveau plus vite, elle attendait, les yeux rivés sur la porte.

Et soudain il est là. Dans l'encadrement de la porte se dresse une silhouette athlétique. C'est le mystérieux cavalier entraperçu tout à l'heure.

Le monde de Sylvine, déjà instable, bascule alors complètement.

Deux regards qui se croisent et le temps se fige. Tout a disparu autour d'eux, il n'y a que l'Autre qui importe.

Incapable de bouger, Sylvine regarde, éperdue, l'homme qui s'élance vers elle. Ses yeux l'ont retenue captive avant même que ses bras ne se referment sur elle. Les mains posées sur cette poitrine chaude, elle n'a que le temps d'une fugitive pensée sur la dualité de ce moment : une découverte tout autant qu'une évidence.

Tempétueuse SylvineLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant