Épilogue

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Vicky

Je suis allongée dans notre lit. Dans notre chambre, dans notre maison. Je regarde Trevor, il me regarde en souriant lui aussi. Aucun de nous deux ne parle...

Je me contente de me souvenir... Me souvenir de ce jour, dans les couloirs du lycée, lorsque son beau regard gris a rencontré le mien. Je pense que c'est à ce moment que je suis tombée amoureuse de lui, tout simplement.

Après le bal de promo, je pensais pouvoir l'oublier... Aujourd'hui, je me rends compte, que jamais je n'aurais réussi. Trevor est le seul que j'ai jamais aimé, jamais je n'aurais été capable de ressentir ça pour quelqu'un d'autre, je le sais.

Je pose ma main sur sa joue, il ferme les yeux et s'y blottit. Je souris doucement... Oui, je n'ai jamais aimé que Trevor. Ça a toujours été lui, et aujourd'hui je suis même en mesure de dire que je suis la seule que Trevor ait jamais réellement aimée... Si je lui ai appris à aimer, lui, m'a appris à être aimer.

Je ferme les yeux à mon tour... Et les souvenirs du passé refont surface.

Notre mariage, qui s'est déroulé seulement quelques mois après sa demande. Ce n'était pas un mariage comme les autres... J'étais vêtue d'une simple robe blanche, toute simple et Trevor portait un jeans et un tee-shirt blanc, puisqu'il déteste toujours autant les costumes. Nous nous sommes dit « oui » dans notre jardin, devant mes parents et nos amis... Tout simplement.

Mon cinquième mois de grossesse, lorsque le médecin nous a enfin annoncé le sexe du bébé... On a décidé de l'appeler Taylor.

Le jour de l'accouchement, lorsque je lui ai assuré que tout allait bien se passer... J'ai cru qu'il n'allait jamais tenir. On a attendu plus de douze heures que notre petite « tâche » pointe le bout de son nez. Trevor appuyé sur le bouton d'urgence à chacune de mes contractions... Les infirmières ont menacées de le mettre à la porte. Il leur a simplement répondu que celui qui réussirait à l'empêcher d'assister à la naissance de son premier enfant n'était pas encore né...

Son regard, lorsqu'il a pris la petite tâche dans ses bras pour la première fois. Un mélange de peur, d'incompréhension, de tristesse et surtout d'amour s'y est affiché...Il lui a seulement murmuré : « Bienvenue parmi nous... » J'ai cru que je n'arriverai jamais à m'arrêter de pleurer... Les hormones.

Sa réaction, trois ans plus tard, lorsque je lui ai annoncé que j'étais enceinte pour la deuxième fois... Il est d'abord resté silencieux, comme la première fois... J'ai eu peur. Et d'un seul coup, il s'est mis à pleurer et à rire en même temps. Taylor l'a regardé comme si il était devenu fou. Il m'a pris dans ses bras et m'a murmuré «Merci...Ça en valait le coup »

Au septième mois de ma deuxième grossesse, lorsque Trevor a cru que j'allais accoucher au rayon céréales. J'étais partie en acheter pour Taylor. Il a roulé à toute vitesse jusqu'à l'hôpital tout en maudissant Vince d'avoir fait goûter cette « drogue » à notre enfant... Mais ce n'était qu'une fausse alerte.

Et tant d'autres... Des joyeux, comme le jour où mon père a décidé d'emmener Trevor pour un weekend de pêche, chose qu'il n'avait jamais connu avec son propre père. La première victoire de Taylor dans son équipe de Baseball... Le jour où mes deux petites « tâches » ont préparées un discours à leur père, pour son anniversaire. Trevor était en larmes, sûrement les hormones de « papa poule » ! Et il y a des souvenirs douloureux, mais qui nous permettent de nous rendre compte que nous avons réussis, ensemble... Cela, je préfère ne pas trop y penser, certains sont encore trop douloureux pour le moment.

J'ouvre les yeux, et je le regarde dormir. Je m'approche de lui et lui dis doucement

-Continues à me faire « souffrir », je t'en supplie. C'est ta façon de m'aimer... Notre façon de nous aimer. Alors je ne veux jamais que tu arrêtes...

***

Trevor

Je me réveille. Je la regarde dormir, un petit sourire sur son visage. Je souris rien qu'en la regardant, c'est ce qui se produit tout le temps de toutes façons. Je m'approche un peu plus d'elle, et du bout des doigts, je lui caresse le visage. J'ai envie de voir ses beaux yeux verts, mais je patiente, j'aurai tout le temps de les contempler dans la journée.

Je me souviens du jour où j'ai fait exprès de me cogner contre elle dans le couloir du lycée... Je crois que c'est à ce moment-là que je me suis aperçu que Vicky ne serait jamais une fille comme les autres pour moi... J'étais juste trop con... Ou j'avais trop peur pour le reconnaitre. Oui, peur de compter pour quelqu'un et que quelqu'un compte pour moi.

Si j'avais su... Non, en réalité si tout était à refaire, je le referai exactement pareil... Juste pour être certain de l'avoir à mes côtés, en cet instant... Et pour longtemps encore.

Je dépose un petit baisé sur ses lèvres, je ne peux pas me retenir, et je me souviens de tout ce qu'elle m'a offert...

Taylor... Notre petite « tâche » numéro un. Ce que j'ai ressenti lorsque j'ai enfin découvert son visage... J'ai eu peur. Peur pour elle, peur de ce qui pourrait lui arriver dans sa vie futur. Tellement, que j'ai fait un « baby blues ».... Et que j'ai décidé que ce serait moi qui resterais à la maison pour m'en occuper ! La même chose s'est produit, lorsque Vicky a donné naissance à la petite « tâche » numéro deux, Victor... Mais je me contrefous qu'on me prenne pour un « papa poule », puisque c'est ce que je suis !

Le jour où Vicky a voulu qu'on parte en weekend et qu'on laisse Taylor et son frère chez Will et Rebecca... J'ai refusé, catégoriquement. Je ne voulais pas que mes petites « tâches » croient qu'on les abandonnait. Mais Vicky a toujours le dernier mot, elle sait comment s'y prendre avec moi, et j'ai cédé. On est parti une journée au lieu de deux... Mais on a quand même profité.

Notre lune de miel... Qu'on a décidé de faire il y a seulement trois ans. Les enfants ont grandis, ils sont en mesure de comprendre que « papa et maman » ont besoin d'être un peu « seul » des fois. On est partis tous les deux, pendant deux semaines dans un endroit complétement désert et éloigné de tout... On s'est retrouvé, une nouvelle fois.

Et pleins d'autres encore... Tous ceux qui prouvent que j'ai enfin une famille bien à moi. Des beaux souvenirs, comme le mariage de Jamie et Katie où aucune table n'a été cassée à cause de Will et moi, la naissance de sa fille aussi... Qu'il a eu avec Rebecca. La crise de panique de Vince, lorsque Bev lui a demandé de partir avec elle, dans un road trip censé durer plus d'un an avec seulement un sac à dos... Ça ne l'a pas fait changer pour autant !

La première victoire de Vicky, en tant qu'avocate et membre à part entière du cabinet Breghman... Et puis il y en a eu des plus durs, que je ne veux pas oublier non plus. La mort du père de Vicky, il y a un an et demi. Le retour de mes parents, Vicky a cru bien faire en les laissant entrer chez nous alors que j'étais sorti... Parce que ce sont les bons, comme les mauvais moments qui me prouvent que j'ai réussi, qu'on a réussi.

Mais ceux que je préfère, mes meilleurs moments, c'est lorsque je pose les yeux sur Vicky, Taylor ou Victor. Jamais je n'aurais cru que j'aurais le droit à tout ça. Jamais je n'aurais cru que j'aurais le droit à un futur, à une famille, une vraie. Jamais je n'aurai cru pouvoir ressentir tout ça un jour... Je pensais que ce bonheur était réservé aux gens qui le méritaient. Vicky a réussi ce que je pensais impossible depuis si longtemps... Et elle m'a appris tout ça, en me faisant « souffrir » encore, et encore.

Je m'approche d'elle et avant qu'elle n'ouvre un œil, et que je lui offre le plus magnifique des réveils, je lui dis doucement

-Merci de me faire « souffrir »... Et merci d'aimer ça. C'est comme ça qu'on s'est toujours aimé, et je veux que ça continue, jusqu'à la fin... Et plus encore.

***

Vicky/Trevor

« Aimer, c'est donner le droit à quelqu'un, sinon le devoir, de nous faire souffrir »

Georges Perros.



Mai 2016

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