Corentin

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Mardi 8 Mars 2014

Je m'appelle Arthur. Je ne suis pas très grand, à peine un mètre soixante dix. Je ne suis pas très fort non plus. Je suis brun aux yeux verts. J'ai quatorze ans. J'étais le garçon assis au fond de la salle qui ne participait pas très souvent. Jamais en fait, quand j'y réfléchis. J'avais quelques amis grâce au football. J'étais très gentil et calme avant qu'elle n'arrive.

Pendant que les élèves de ma classe rangeaient leurs affaires pour sortir de la salle, je m'interrogeais sur la manière la plus longue de rentrer chez moi tout en allant chercher mon frère. Mes idées furent coupées par mon téléphone. L'administration de l'école primaire me prévenait que Corentin avait perdu connaissance. Encore. Ce qui ne m'étonnait pas. Ce n'était pas la première fois qu'il m'appelait pour raison X ou Y. Je suis ensuite allé le chercher. Et nous sommes rentrés.

Mercredi 9 Mars 2014

Corentin est châtain avec de jolies bouclettes anglaises mi-longues, il a de grands et magnifiques yeux marrons et n'est pas plus grand que trois pommes. Il a huit ans, est en CE2 dans la primaire Henri Barbusse. C'est un ange de petit garçon. C'est mon ange de petit frère. Ma seule famille et le seul qui compte réellement à mes yeux.

J'ai accompagné Coco à l'école, malgré l'incident de la veille. Puis je suis allé au collège. Ma classe et moi étions dans les vestiaires car nous avions sport. On se déshabillait quand Ronaldo, un camarade, m'interpelle en me demandant qu'est ce que j'avais sur la cuisse. En effet, je ne l'avais pas remarqué mais j'avais un énorme bleu. Qui n'était plus vraiment bleu, il a un peu viré au jaune vert, une couleur assez bizarre et écoeurante. Après son intervention, tout mes autres camarades commencèrent, eux aussi, à s'inquiéter. Ronaldo finit par me demander si ça m'empêcherait d'assurer le match, car oui on joue notre place en finale donc je comprend leur inquiétude. Je lui répond que non, qu'il n'y a aucun problème. Comme tous les soirs je suis allé chercher Coco à l'école et nous sommes rentrés.

Arrivés à la maison, Coco s'est laissé embrasser par notre belle-mère et notre père, alors que moi je suis directement monté dans ma chambre.

J'ai regardé les devoirs que j'avais à faire. Parce que oui, je travaille quand même un petit peu. Je veux partir le plus vite d'ici, et avec mon frère bien entendu. C'est pour cela que j'attends mes seize ans avec très grande impatience. Pour pouvoir partir. Non, trouver un travail d'abord et ensuite partir. Trouver un appartement, et tout le bla bla habituel. J'ai entendu crier en bas alors je suis descendu voir. Et comme toujours ce sont les deux bourreaux qui se disputaient, à la limite de la bagarre. Alors j'ai emmené Coco avec moi dans la chambre, en espérant être tranquille.

Jeudi 10 Mars 2014

Ma belle-mère était le genre de femme qui vous faisait froid dans le dos. En réalité, qu'elle soit de face ou de dos vous auriez eu beaucoup de mal à savoir que c'est une femme. Elle a une morphologie en V, ses épaules sont trois fois plus large que ces hanches. Un visage dur, repoussant et agressif avec une forme indescriptible. Ses yeux étaient d'un marron ignoble. Un nez de porc et un bec en guise de lèvres. Ses dents, enfin celles qui lui restaient, étaient dévorées par le tabac, la caféine et l'alcool. Des bras de chimpanzés, des jambes de cheval et une tête d'arche de Noé. A elle seule, c'était : "Le règne animal". Et cette... chose a rien trouvé de mieux à faire que de se marier avec mon père. Qui étant jeune était plutôt beau. Mais ça, c'était avant. A présent, il est alcoolique, au chômage et le peu d'argent qu'il gagne, c'était soit pour ces cigarettes, soit pour son rhum.

Coco et moi dormions quand, elle, est arrivée dans notre chambre en furie. Elle a ouvert la porte si violemment, qu'elle frappa le mur et revint en plein dans sa figure. Ce qui est positif c'est que la porte a essayé de nous protéger, mais en vain. Elle entra d'un pas d'ogre malodorant et prit Coco par les cheveux et l'envoya dans le mur. Quand je vit cela. J'eus cru que mon coeur allait exploser tellement il battait fort. Je prit une batte de base-ball et partit à la chasse. Je la frappa de toute mes forces dans le dos et l'agrippa. Mais de son point de vue je n'était qu'une misérable vermine de 45 kg qu'il faut faire souffrir à tout prix. Et son seul moyen, car elle ne me connaissait pas, c'était par le biais de Coco. Et mon père l'aidait sans broncher. Après ma chasse ratée, elle me prit par le cou et me plaqua contre le mur de façon à ce que je vois bien Coco en train de prendre des coups de coudes, de poings, de genoux, de pieds par mon père. Il le frappa partout. Aucun centimètre carré de son corps n'a été épargné. J'étais en larme. Obligé hein, parce que sinon ils ne se seraient pas arrêtés là. Ils partirent comme si de rien n'était, en veillant bien à refermer la porte derrière eux.

Je couru voir Coco qui était allongé sur le dos qui ne bougeait plus. L'heure de partir pour aller en cours approchait, mais je ne savais pas s'ils comptaient nous ouvrir. Je n'avais pas de téléphone. Il n'y avait pas de fenêtre pour s'enfuir. Je crois qu'il était dans les alentour de midi quand l'ogresse décide de nous ouvrir. Elle était encore plus ivre que ce matin. Elle nous jeta du pain par terre. Et reparti. Mais en oubliant de fermer la porte.

Je pris Coco sur mon dos et couru de toutes les forces qu'il me restait à l'hôpital. Une fois arrivé, je n'avais plus de souffles. L'infirmière me dit de m'asseoir. Je me suis assis à côté de Coco, sur son lit d'hôpital. J'étais étonné de la rapidité de sa prise en charge, parce que tout le monde connaît les urgences évidemment. Je me suis allongé auprès de lui. Juste comme ça. Paisiblement. On était au calme. Le vrai calme pour une fois. Quand la police débarque et me demande de les suivre. Je m'y attendais et l'espérais fortement.

Je les ai suivi jusqu'à un bureau. Je me suis assis. Encore. Je n'aime pas m'asseoir, me reposer en sachant que Coco souffre, ça me déchire le coeur. Le commissaire me demanda ce qu'il s'est passé. J'étais sous le choc. Donc je ne pouvais pas parler et il le voyait bien. Donc ils m'ont tendu une feuille. Et je devais donc écrire ce qu'il s'est passé. C'est ce que j'ai fait. Et je leur ai écrit l'adresse à la fin, au cas où qu'ils veuillent passer faire un tour.

Un peu après, étant à nouveau capable de parler, je demandais pardon et commissaire qui est resté avec moi, de ne pas leur avoir adressé la parole. Il me répondit qu'il comprenait et me demanda dans quelle condition on vivait. Je lui répondit que nous vivions dans le grenier qui a soigneusement été insonorisé par nos aimables responsables légaux. A l'intérieur aucune fenêtre, juste une petite lampe. Qu'ils ont tout de même eu la gentillesse de nous obtenir un matelas chacun. Que le sol était une sorte de bois avec la surface externe imbibée d'un liquide qui je crois est notre sang... Il nota tout ce que je lui disais. Et finit par me dire que les autres hommes qui était là tout à l'heure sont allés arrêter mes "aimables responsables légaux". Je ris. C'est vrai que c'était drôle la manière dont il m'a imité en train de dire ça.

Nous étions en train de discuter de choses plus sympathiques que cette longue histoire, quand une infirmière vient nous voir avec un air grave. Et là je compris. Je compris que désormais je devrais parler de lui au passé. Je compris que je ne reverrait plus jamais ces magnifiques yeux marrons. Je compris que je ne le serrerait plus jamais dans mes bras. Je compris. Je compris que c'était la fin, et que j'ai failli à mon rôle de grand frère. Je compris tout cela avant qu'elle ne prononce un seul mot. Et je couru le voir une dernière fois. Je l'ai serré tellement fort que heureusement qu'il n'était plus là, car je crois que je l'aurais tuer à le serrer comme ça. Ce fut la mort de mon ange de petit frère. C'est dure, très dure. Car maintenant, évidemment je culpabilise. Je me dit que j'aurais dû aller chercher de l'aide dès que tout cela avait commencé.

Mercredi 23 Mars 2015

J'ai enterré Coco peut être trois jours après sa mort. Et j'ai remarqué que c'était beaucoup plus facile de se confier en écrivant. J'ai donc écrit un livre sur notre "magnifique" histoire pour encourager les enfants étant dans la situation que nous étions, à aller témoigner et à se libérer de cette emprise malsaine, le plus vite possible. Quant à moi, j'ai maintenant quinze ans et je suis dans un orphelinat. Et je rejette toutes les familles qu'ils me proposent, car je ne crois plus en la "famille". Pour moi ce mot n'a plus aucun sens. Donc j'attends toujours mes seize ans pour travailler et économiser. Et mes dix huit ans pour pouvoir partir.

FIN.

CorentinWhere stories live. Discover now