Chapitre 2 : Découvrir

Depuis le début
                                                  

Et c'est donc à nouveau debout que l'avait retrouvée Dame Élaine, Sylvine s'étant mise à la recherche de vêtements pour remplacer la grande chemise blanche qu'elle portait et qui ne pouvait être qu'un vêtement de nuit, peu propice à la découverte des lieux. Or, elle avait bien prévu d'explorer ceux-ci.

Après s'être fait gentiment mais fermement rabrouer par son infirmière et reconduire au lit, Sylvine avait tout de même eu la consolation de découvrir en quoi consistait une croquation. Servi dans un bol en grès, un mélange de céréales croquantes et de noisettes saupoudrées de sucre roux reposait sur un lit crémeux. Sylvine avait mangé le tout avec enthousiasme et plaisir, tout en écoutant Dame Élaine qui, par ses bavardages anodins, lui révélait en fait une foule d'informations intéressantes : apparemment, elle se trouvait dans la ville d'Enu, dans le logement d'un seigneur, le seigneur Rochelore. Une grande bataille venait d'avoir lieu (la fameuse "déroute des Maudits", dont elle avait entendu parler à son réveil), et si l'heure était à la victoire, pour Enu et ses habitants, il restait encore quelques motifs d'inquiétude au sud et un Conseil se tenait en ce moment même pour essayer d'anticiper les problèmes.

Mais Dame Élaine était alors passé à autre chose, et Sylvine soupçonnait Gandore d'avoir donné des instructions strictes à sa gardienne, concernant les sujets dont elle ne devait pas s'entretenir avec sa charge, afin de ne pas trop l'angoisser ou la fatiguer. Elle allait manifestement devoir attendre avant d'en savoir plus sur son "nouvel" environnement.

Et puisqu'elle pensait à ça...

— Dame Élaine, pourrais-je récupérer mes habits, s'il vous plaît ? avait-elle demandé.

— C'est que... je ne sais pas... Le Sage m'a bien demandé de veiller à ce que vous ne quittiez pas cette pièce...

— Oh, mais je n'en ai pas l'intention, avait assuré avec aplomb celle qui n'avait justement que cette hâte.

Sa chambre lui semblait désormais étouffante et restrictive face à l'appel de l'extérieur, de l'inconnu.

— Je voudrais juste me sentir davantage moi-même, avait-elle renchéri, avec un petit sourire perdu qui avait suffisamment attendri Dame Élaine pour qu'elle se dirigeât vers un mur et y ouvrît un placard ingénieusement dissimulé dans ce dernier. Sous l'œil particulièrement attentif de Sylvine, elle en avait sorti plusieurs habits, de couleur vert foncé et marron, et les avait posés sur le rebord du lit. Puis, elle avait proposé à Sylvine de la coiffer comme à son habitude. Celle-ci s'était donc assise à la table au miroir et avait apprécié cet instant où sa lourde masse de cheveux s'était vue un peu disciplinée. Le mouvement régulier de la brosse, les anecdotes de Dame Élaine, qui, décidément s'avérait une mine d'informations, la sensation de quitter son statut de malade pour retrouver une apparence plus active, tout cela lui avait procuré une sensation de quiétude bien agréable.

Lorsque Dame Élaine eut terminé avec ses cheveux, piochant des accessoires dans un tiroir lui aussi dissimulé dans un bord de la table, Sylvine avait souri devant son reflet. Non par vanité, mais parce qu'enfin, elle commençait à se sentir elle-même. Elle aimait cette natte qui lui dégageait le visage et lui conférait une plus grande liberté de mouvement. Les cheveux torsadés étaient à intervalles réguliers enserrés dans une sorte de ruban doré, en une coiffure rappelant un peu celle des dames de la Renaissance. Dans l'élan du moment, Dame Élaine avait même ôté la bande autour de son front et Sylvine avait eu l'impression – fugitive – que tout était redevenu normal dans sa vie. Mais Dame Élaine s'était alors exclamé

— Oh, vivement que le jeune seigneur revienne, il sera tellement heur-..., avant de s'arrêter net et de reprendre, rouge de confusion : Hum, souhaitez-vous que je vous aide à vous habiller ?

Tempétueuse SylvineLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant