Chapitre 2 : Découvrir

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Au soir de sa première journée dans la peau d'une jeune héroïne amnésique, Sylvine se retrouvait dans l'embrasure de sa fenêtre, la gorge serrée par l'émotion.

Elle avait pris place dans une sorte de niche aménagée devant la fenêtre, dont elle avait été enchantée de découvrir, en se penchant pour ouvrir la vitre sur l'extérieur, que les parois, du même gris que la pierre, étaient en fait capitonnées et incitaient à une contemplation confortable de la vue.

Les jambes repliées sous elle, Sylvine ne pouvait détacher ses yeux du paysage.

Dans la lumière rosée du soir, qui virait maintenant au mauve, son pays se révélait à elle dans toute sa beauté. Les collines, qui se déployaient en face d'elle, composaient comme une série de vagues douces que l'on avait envie de caresser de la main. La brume qui nimbait l'ensemble leur donnait un air vague et mystérieux, qui émouvait la spectatrice au plus profond d'elle-même. Sur la gauche, dans le lointain, des silhouettes majestueuses s'étiraient à perte de vue, créant comme un sanctuaire inaccessible et secret – la forêt.

Ce panorama, sublime, emplissait Sylvine d'une émotion indéfinissable, comme un écho à peine audible et puissant à la fois, mêlant un intense sentiment d'amour à une responsabilité protectrice. Ce pays qui la faisait vibrer de toute son âme, déjà, dépendait d'elle pour sa survie, Gandore le lui avait dit. Mais comment pourrait-elle le sauver alors qu'elle ne reconnaissait plus rien ? Afin de réfréner l'angoisse qui venait de l'étreindre, elle s'intéressa alors à la vie qu'elle avait sentie grouiller en contrebas, mais qu'elle avait oubliée dans sa contemplation de la nature.

Sous sa fenêtre, qui était située quatre étages plus haut que le sol, la ville étalait en effet son activité.

Les gens allaient et venaient, dans un mouvement à la fois posé et fluide, sans précipitation, mais de façon réfléchie. Une femme passait à l'instant dans la rue, de cette allure décidée et sereine, une longue jupe relevée et nouée à l'avant sur des chausses de même couleur, ses pieds dans des chaussures plates à lacets. Une cape recouvrait un corsage, lui aussi lacé sur l'avant et elle avait un panier tressé à la main. Puis deux hommes entrèrent dans le champ de vision de Sylvine, dans la direction contraire à celle de la femme. Leurs chemises blanches étaient recouvertes d'un veston de cuir pour l'un, de laine pour l'autre, et leurs pantalons étaient maintenus par de lourdes ceintures auxquelles pendaient plusieurs accessoires. Ils étaient malheureusement trop éloignés pour que Sylvine puisse en voir les détails, de même que l'expression des visages.

Ils se saluèrent alors, se prenant les mains ou les avant-bras, de façon plus ou moins prolongée ; probablement, raisonna Sylvine, en fonction de leur degré de connaissance. C'était un geste chaleureux, et Sylvine eut soudain envie de se retrouver dans la rue avec eux et d'y saluer connaissances et amis.

Mais cela n'était pas possible bien sûr, et son expression se rembrunit lorsqu'elle se remémora ses péripéties de la journée.

Se reculant un peu, elle s'installa plus confortablement dans l'encoignure et, encerclant ses genoux de ses bras, le regard dirigé vers la fascinante forêt dans le lointain, laissa son esprit revenir sur les événements qui s'étaient déroulés après son réveil.

Elle pouvait se l'avouer maintenant, elle avait été soulagée que les propos fracassants de Gandore n'aient pas été immédiatement suivis d'effet. Bien au contraire, le Sage avait enchaîné sur la nécessité de bien préparer la chose et avait donc enjoint Sylvine de se reposer, tandis qu'il organiserait sa réminiscence et préviendrait le Conseil. Cela avait suscité d'autres questions chez la jeune amnésique, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de les formuler, et de protester avec vigueur qu'elle n'était pas fatiguée, sa main puissante avait alors balayé son front... et elle ne s'était réveillée que quelques heures plus tard, tout à la fois frustrée dans ses attentes, admirative des pouvoirs manifestes de Gandore et soulagée de se trouver en bien meilleure forme. Même si elle restait encore un peu faible sur ses jambes, elle se sentait fraîche et dispose, le mal de tête envolé.

Tempétueuse SylvineLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant