Chapitre 1 : Être

30 6 3
                                                  


Les oiseaux chantaient.

C'était toujours de bon augure quand les oiseaux chantaient.
Cela signifiait que la journée était belle, et d'ailleurs, elle pouvait sentir sur sa peau la douce chaleur d'un rayon de soleil qui caressait son visage aux yeux clos.

Quand les oiseaux chantaient, l'auditeur attentif pouvait ressentir comme une joie communicative, l'ivresse de la liberté éprouvée à voleter sans crainte, sans le moindre danger à l'horizon.
Danger.

Immédiatement, la notion l'envahit toute entière, son corps se raidit, tandis qu'elle rouvrait brusquement les yeux.
Une douleur fulgurante la saisit alors. Elle se recroquevilla sur elle-même instinctivement, ses mains venant presser des tempes semblant prêtes à exploser. Un long gémissement s'échappa de ses lèvres.

À travers la douleur, elle perçut une porte s'ouvrir et des pas s'approcher rapidement de l'endroit où elle était étendue.

— Que la Créatrice soit bénie, vous êtes réveillée ! Nous avons eu tellement peur. Ma pauvre enfant, dans quel état êtes-vous !

La voix n'avait rien de menaçant, elle était même réconfortante. La blessée sentit un linge humide tamponner doucement son front et une main apaisante se poser sur ses cheveux.
Désireuse de voir le visage de son interlocutrice, elle essaya de soulever ses paupières, mais à nouveau la douleur la transperça dès que la lumière toucha sa rétine.

— Doucement, l'exhorta la voix amicale, doucement, vous avez été rudement mise à mal, pauvrette.

— Ah, ces maudits, si je les tenais, reprit la voix sur un ton qui avait durci considérablement, ils ne s'en tireraient pas si facilement !

Sur son lit, la jeune fille luttait pour ne pas s'évanouir. Ses pensées semblaient ne pas vouloir s'associer entre elles, des images de fuite éperdue y revenaient régulièrement, mais pour être chassées par de plus grandes angoisses encore.

— Qui...?, lâcha-t-elle enfin, dans un souffle à peine audible.

— Ah, ça ! Seule la Créatrice le sait !, s'indigna la voix. Encore des maudits à la solde de Rohé, je présume. Faut croire qu'il en reste encore, malgré tout !

— Non, je veux dire... qui...?

— Qui vous a sauvée ? Le Sage bien sûr ! Il est arrivé juste à temps, alors qu'une brute épaisse s'apprêtait à vous emmener.

Aucun de ces propos ne faisait sens pour la jeune fille. Elle ne comprenait pas ce qui l'avait conduite jusqu'ici, ne connaissait aucun Lesage. Mais surtout, plus que tout, une question chassait toutes les autres, une question terrifiante.
Elle ouvrit lentement les yeux, luttant contre la nausée et la douleur, s'efforçant de les garder suffisamment baissés pour ne pas être aveuglée par la luminosité de la pièce.
Elle pouvait discerner un sol en bois et deux souliers marron dépassant d'une large jupe de toile.
S'appuyant sur un coude, le souffle court à cause de l'effort occasionné, elle releva la tête et vit enfin le visage de son interlocutrice. Il était fin et franc, le regard pour l'instant plutôt anxieux, mais que l'on devinait prompt au sourire, grâce aux multiples ridules qui entouraient le coin de l'œil. Une auréole de cheveux blancs enserrés dans un chignon lâche, une carrure plutôt menue, mais bien plantée au sol complétaient le portrait. Le portrait d'une dame qu'elle n'avait jamais vue auparavant.

— Eh bien, ma petiote, comment vous sentez-vous ?

— Qui êtes-vous ? murmura la jeune femme, la voix rauque.

Tempétueuse SylvineLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant