Prologue : Fuir

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Courir.

Courir de toutes ses forces, courir à perdre haleine.

Et se cacher.

Mais où se cacher ?

Dans une brume trop légère pour pouvoir s'y dissimuler, la ruelle dévidait ses trop petits recoins, ses portes verrouillées, tandis qu'elle courait, qu'elle courait toujours. Les battements affolés de son cœur rythmaient sa course et résonnaient à ses oreilles ; tout son corps n'était plus que fuite en avant.

Courir.
Courircourircourir...


Elle scannait du regard chaque lieu traversé, mais il n'y avait rien, aucun abri, aucune échappatoire.

Puis, la ruelle s'agrandit, laissant percevoir, haut dans le ciel, une lune parfaitement arrondie, lumineuse. Indifférente.

Celle qui courait pour sa vie s'engouffra dans une ruelle avoisinante. C'est alors qu'elle vit la chance tourner : elle connaissait cet endroit. Sans plus réfléchir davantage, courant toujours, elle agrippa la barrière de fortune qui camouflait l'éboulis qui s'était formé là quelques jours plus tôt, la déplaça juste assez pour se glisser derrière elle, et la remit en place. Cela n'avait pris que quelques secondes et heureusement, car déjà, elle entendait les pas de ses poursuivants, qui débouchèrent à leur tour dans la rue et la dévalèrent, sans se douter que leur proie, retenant son souffle, s'était soustraite à leur poursuite.

Dans le calme revenu – on entendait seulement, s'éloignant, le martèlement de leurs chaussures sur le pavé – elle se glissa silencieusement hors de sa cachette et repartit en sens inverse, le cœur battant toujours à vive allure, dans le paysage fantasmagorique.

Elle n'avait pas fait dix pas que l'instinct la fit s'arrêter, puis faire volte-face.

Trop tard.

Une lourde masse sombre s'était abattue sur sa tête.

Et tandis que son corps ployait sous l'impact, tandis que son regard déjà vitreux fixait la belle lune ronde, lui vint alors une dernière pensée pour ce monde qu'elle chérissait tant, pour Citara.

Impassible, l'astre lumineux projetait sa lumière froide sur la jeune fille étendue sans connaissance tandis que les brumes tourbillonnaient autour de celle-ci, en une danse lente et silencieuse.


Tempétueuse SylvineLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant