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Le jour se levait à peine à la lisière de la forêt entourant le domaine de l'école de sorcellerie de Célina. Déjà pourtant, le bruit des foulées fatiguées de Yuna se faisaient entendre. Elle écrasait le sol tel un rhinocéros, lui avait plusieurs fois fait remarquer son instructeur. Yuna, comme la plupart des humains de cette époque, ignorait à quoi pouvait bien ressembler cet animal, mais elle se garda de poser la moindre question. Tout son esprit, toutes ses forces étaient concentrés sur l'exercice. Elle courait depuis déjà près d'une heure et ce n'était que l'échauffement. Après deux semaines de ce régime sportif, la fillette commençait à se repérer dans les exercices. Ainsi savait-elle que la première partie, aussi ardue soit-elle, était là pour que son corps se réveille. Pour le faire chauffer, tout comme son système respiratoire. La suite était donc forcément plus intense. Et plus le temps passait plus elle trouvait cet entraînement éprouvant, contrairement à tout ce que lui avait dit Crystal.

La gardienne lui faisait souffrir mille morts chaque jour et plusieurs fois par jour. La séance du matin était la plus longue, mais pas forcément la plus difficile pour autant. Le soir, avant le repas, elle avait droit à une autre séance. Renforcement musculaire, la plupart du temps. Parfois yoga ou méditation. Yuna adorait la méditation. C'était le seul type d'entraînement où son corps pouvait suivre. Son professeur s'arrangeait malgré tout pour lui trouver des lieux et des positions improbables pour réaliser sa méditation. La veille, par exemple, elle avait dû se tenir entre deux branches, le corps tendu avec les pieds sur une branche et les mains accrochées à l'autre. Il n'y avait rien de facile là-dedans, mais avec un peu d'aide magique, elle parvenait à tenir suffisamment longtemps. Pour les autres séances, la magie était proscrite et seules ses capacités physiques, bien limitées, lui permettaient de réaliser les exercices.

Pendant la course d'endurance dans la forêt, Crystal était présente. Elle courait également. Tout en encourageant ou réprimandant la petite, elle sautait, grimpait, slalomait ou se faufilait entre les obstacles naturels que la fillette se contentait de contourner. C'était ainsi qu'elle avait compris le faussé qui la séparait du niveau de la gardienne. Pour le moment, courir et parler en même temps lui était encore totalement impossible. Elle perdait immédiatement toute ressource. Crystal parvenait non seulement à parler, sans cesse, mais en plus à maintenir un rythme trois fois supérieur. Et elle n'utilisait aucune magie pour ça !

Après l'échauffement, venaient les taos. Yuna avait encore du mal à retenir les mouvements mais manquait surtout de souplesse pour certains. Elle avait compris que ces simulations de combats étaient nombreuses et que, pour l'instant du moins, Crystal ne lui en avait enseignée qu'une seule. Cela faisait huit jours qu'elle butait sur les mêmes enchaînements et Crystal lui avait annoncé qu'il en existait des centaines différents. Il y avait réellement de quoi perdre tout espoir de réussite. Pourtant, chaque matin, elle reprenait avec détermination. Elle avait à cœur de parvenir à un niveau proche de celui de Slix. Il ne s'entraînait pas, elle avait donc une chance de le rattraper. Du moins, tentait-elle de s'en convaincre.

Après que le soleil se fut définitivement levé, les deux sportives entamaient des séries de répétitions de torture. Des pompes, des abdominaux, des tractions et tout un tas d'exercices lors desquels il fallait passer d'une position ridicule à une autre en un minimum de temps. Elles réalisaient actuellement un mouvement nouveau : elles devaient faire une pompe, se remettre sur leurs pieds pour faire un saut en extension, se mettre sur le dos, relever les jambes tendues vers le ciel et toucher la pointe des pieds avec les mains, puis rouler sur le ventre pour recommencer. Elles en étaient à leur deuxième série de douze répétitions lorsque Yuna s'effondra au sol, hors d'haleine.

— Je n'en peux plus, souffla-t-elle alors que Crystal continuait.

La gardienne transpirait et semblait parfois chercher son souffle, mais jamais elle ne s'arrêtait pour autant. C'était une machine de guerre. Aucun soldat Frenniq n'était capable de suivre un tel entraînement, pensait la fillette.

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