Burn the Witch - partie 2

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— Hazel... dit Cécilia d'une voix faible.

La lueur de terreur dans les yeux dorés de son amie achève de la sortir de sa torpeur. Hazel n'est jamais dépassée par quoi que ce soit. Cécilia se redresse avec difficulté, prend les mains de sa compagne dans les siennes en dépit des flammes et l'enjoint au calme :

— Ça va aller...

— Je...

Tout autour, les passagers tentent de se déplacer dans l'espace exigu du bus, d'éteindre le feu qui s'étend avec férocité. Le conducteur, lui, s'acharne à ouvrir les portes mais rien n'y fait : son véhicule n'obéit plus.

— Ce n'est pas moi, murmure Hazel. C'est toi qui ne te maîtrises pas. C'est toi qui provoques tout ça.

Il n'y a pas une once d'accusation dans ses propos. Juste une simple impuissance à reprendre le contrôle de la situation. Cécilia sent la panique la gagner à son tour quand des hurlements retentissent.

Impossible de sortir. Impossible de mettre la main sur les marteaux afin de casser les vitres. Impossible d'éteindre le feu qui ravage tout sur son passage.

La vraie malchance. Les malédictions que Cécilia a lancées sans discernement.

Hazel secoue la tête puis s'empare de son couteau, dont le manche en métal fera un marteau parfait. En deux coups, elle casse la vitre la plus proche.

— Par ici ! crie-t-elle à la cantonade.

Certains passagers l'entendent et se dirigent déjà vers l'arrière du bus. Les autres...

Les autres sont perdus. Avec horreur, Cécilia et Hazel voient les flammes dévorer les chairs, brûler la peau...

— On doit sortir, lâche Cécilia, ce à quoi son amie répond en l'attrapant par le bras et en l'entraînant à travers le verre brisé.

Une fois à l'air libre, elles accueillent le froid avec soulagement. Des passants se sont accumulés autour du bus, la plupart encore inconscients de l'horreur qui se déroule à l'intérieur, d'autres essayant à leur tour de libérer une issue pour les voyageurs prisonniers. Mais personne n'a suivi les deux jeunes filles. Personne ne survivra.

— On se casse, murmure Hazel.

Il ne serait que trop facile de les accuser d'avoir provoqué cet accident, ou d'avoir délibérément mis le feu. Dissimulant leurs visages sous leur capuche ou leur bonnet, elles s'éloignent à grands pas dans la nuit.

Quand elles tournent au coin de la rue, une déflagration puissante retentit dans tout le périmètre, brisant les vitres des immeubles aux alentours, déclenchant les systèmes d'alarme de quelques voitures garées dans le quartier. Le bus a explosé.

— Je crois qu'il y a un lycée abandonné, là, fait Hazel alors qu'elles parcourent la rue déserte sans un bruit.

Les sirènes des véhicules de pompiers venus par dizaines leur parviennent encore. Le ciel couvert de nuages et de fumée se teinte de bleu et de rouge par intermittence, projetant sur cette partie de la ville une atmosphère étrange et lugubre.

— Ah, c'est là.

Sans hésiter, Hazel conduit Cécilia jusqu'au bâtiment. Une fois dans la cour, Hazel sort une cigarette et l'allume de ses doigts tremblants. Sans briquet, comme toujours, mais cette fois avec bien plus de crainte quant à l'utilisation de ses propres pouvoirs. Comme si la cigarette allait lui exploser à la figure.

— Ça ne se reproduira pas, dit Cécilia. En tout cas, ma crise est passée. Tu crois vraiment que je t'ai fait perdre le contrôle ?

— Ouais.

Burn the WitchLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant