Jeu.

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L'embuscade. Je ne savais pas à quel moment j'allais mourir, tout ce que je savais, c'est que je pouvais mourir à tout moment. J'étais un soldat américain, et dans la tourmente, il m'arrivait de me demander pourquoi je faisais la guerre.

Les politiques devaient considérer cela comme un jeu, un jeu dans lequel il ne faut pas avoir la balle dans son camp. Et les batailles fusaient, si bien que j'avais totalement perdu la notion du temps. J'étais en train de suivre mon régiment lorsque le commandant s'exprima :

« Faites attention, cet endroit est très dangereux ! »

Son fusil était comme figé contre sa poitrine, comme le mien d'ailleurs, sans doute un geste machinal dans la peur. Pourtant, j'avais fait beaucoup de guerres... Je me souvenais de ma première guerre, j'avais été l'un des héros. J'avais combattu durant de longues et pénibles heures, je m'étais aventuré dans des contrées profondes avec un régiment moindre, j'avais survécu à des créatures tout droit sorties de l'enfer. J'avais bravé tous les dangers. Je commençais à perdre de mon éclat... Cependant, ici, la peur atteignait son paroxysme. En relevant la tête, je vis que je me trouvais dans une zone marécageuse ; un immense rocher trônait. Tout autour se trouvait une multitude d'arbres. Ils me paraissaient bien verts, comme irréels, ils ne semblaient pas naturels, les feuilles rigides, sans doute à cause de la radioactivité omniprésente, me dis-je Je montai dans la barque que m'indiquai le commandant. C'était une immense barque noire cirée... Après des heures de traversée, du moins ce qui me semblait, j'arrivai sur une plateforme en bois, peut être pour ne pas glisser. Le chef commença :

« Nous allons traverser la plateforme et engager le combat ! »

J'avais très peur. Je courais donc, courais encore, courais durant un temps impossible à déterminer. Je sautai au-dessus d'un crocodile immobile, accélérai puis ralentis, j'arrivai enfin au bout. Il n'y avait pour le moment aucune armée, car on ne peut organiser, faire avancer et combattre deux armées en même temps... J'étais tellement désorienté que je ne remarquai qu'après un long moment que l'énorme rocher se trouvait de l'autre côté, pourtant j'avais couru dans l'autre sens. Je restai bouche bée, c'était bel et bien le même rocher... Une odeur pestilentielle se dégagea alors du ruisseau, une odeur de poisson. Quelqu'un avait dû marcher dans l'eau gorgée de poissons. Soudain, je compris : C'était une embuscade, je comprenais enfin... L'armée adverse s'avança en même temps que le rocher, sans doute une illusion d'optique... Peu importe, j'allais mourir. La porte s'ouvrit à la volée, et le père entra dans la chambre :

« Franck, as-tu vu ma chaussure ?

-Oui Papa, je l'ai trouvée ici en revenant.

-Ah, d'accord, mais tu n'as pas enlevé le cirage j'espère, car il est neuf !

-Non Papa.

-Tu as encore sorti l'armée ? Tu n'oublieras pas de ranger les soldats et de vider l'eau de ta plateforme de jeu !

- Oui Papa.

- Et ne joue pas à genou sur le parquet, tu t'abîmes la rotule ! Viens manger, le poisson est prêt. »

Et il sortit. Soudain, un coup violent décima les troupes... 

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