49 - Un réveil difficile

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Lors de la fermeture à sept heures du matin, à contre cœur Gregor avait réveillé Aldo et Victor, puis il avait fermé le rideau de fer et déclaré :

— À bientôt les gars !

Maintenant, les deux amis déambulaient dans l'obscurité matinale, il faisait froid et ils étaient vaseux à cause de la consommation excessive de rosé. Chancelant, Victor s'éloigna dans un coin sombre pour soulager sa vessie. Quelle joie indescriptible de libérer ce liquide odorant de son corps et de le voir se répandre sur le sol gelé. Se sentant, coupable, il jetait des coups d'œil furtifs aux alentours, heureusement, il n'y avait pas un chat. Ayant terminé, il ferma sa braguette avec difficulté, puis il leva sa tête. Devant lui se tenait le magicien disparu, stupéfait, Victor se frotta les yeux, et en les ouvrant, il constata qu'il était seul. Effrayé, Victor courra comme un dératé pour rejoindre Aldo et l'interpeller :

— Hey, j'viens de voir Sadjo Bel !

En souriant le colosse rétorqua :

— Ça, c'est à cause du rosé qui coule dans tes veines...

— Non sérieux, je l'ai vu comme j'te vois !

— Écoute, calme-toi et respire un bon coup. Ce n'était qu'une hallucination, ça arrive parfois.

Déboussolé, Victor éclata en sanglots. Pour le réconforter Aldo l'enveloppa dans ses bras et murmura :

— C'est pas grave, tout va bien...

D'un regard protecteur, le colosse observa l'horizon et remarqua une ombre se détacher de l'obscurité. Intrigué, il la fixa plusieurs secondes avant qu'elle se volatilise. Concentré et à l'affût du moindre mouvement, il garda les yeux grands ouverts. Et sans tarder la silhouette revint pour s'approcher et s'éclipser soudainement. Mal à l'aise, Aldo lâcha Victor et déclara :

— Il y a quelque chose qui rôde ! Faut qu'on bouge de là.

Angoissés, les deux amis firent volte face et marchèrent d'un bon pas, mais ils furent stoppés net par un homme qui se matérialisa devant eux. Effrayés, ils écarquillèrent les yeux et le cœur battant à tout rompre, ils restèrent figés face à Sadjo Bel. Comment était-ce possible ? Le magicien plongea la main dans sa tunique pour en sortir deux enveloppes. Impassible, il donna la première à Victor et confia la seconde à Aldo. Après un clin d'œil et un sourire espiègle, l'illusionniste disparu sans un bruit. Persuadé d'avoir la berlue, le colosse se gifla à plusieurs reprises, quant à Victor, il resta coi.

Ayant retrouvé leur esprit, ils regardèrent chacun le contenu de leur enveloppe et surpris, ils découvrirent à l'intérieur mille euros. Victor fut ému par tant de générosité, avec cette somme, il entrevoyait déjà un avenir moins sombre. Sans hésiter, il hurla :

— Je sais pas où tu es, mais tu gères Sadjo Bel ! Merci pour tout !

Aldo était plus réservé, il ne savait pas quoi penser de ce magicien hors norme... Des souvenirs de son périple en Italie lui revenait. À Palestrina, il avait rencontré un voyageur formidable qui arrivait à faire apparaître des papillons entre ses doigts. Malgré les années écoulées, son prénom était resté gravé dans sa mémoire, il s'appelait Sadjo Bel. Aldo ne pouvait s'empêcher de penser que le magicien actuel n'était qu'un imposteur, un voleur d'identité. Il était déguisé de la tête au pied et ne ressemblait pas à l'homme qu'il avait connu. Pourquoi faisait-il ça ? Est-ce que ses intentions envers les sans-abris étaient vraiment sincères ? 

L'homme à la hache (histoire mystérieuse, drôle et effrayante)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant