La terrasse.

19K 1.2K 567

— Donc t'es en fac maintenant ? demanda le plus vieux avec un sourire amusé.
— Ouais, siffla l'autre en regardant distraitement les passants qui se promenaient.
 —En art, c'est ça ?
— Non, en langues.

Lucas, le plus âgé des deux, le fixa d'un air interrogateur.

- Je veux partir à l'étranger dès la fin de mes études, répondit Raphaël à la question muette de Lucas.

Raphaël soupira d'agacement. Toute cette comédie l'épuisait. Et dire qu'il avait posé un lapin à son meilleur plan cul pour accepter l'invitation d'un vieil ami à son frère. Quelle connerie il avait fait.

 —Ah, toujours en guerre avec tes parents ?

Raphaël osa enfin tourner la tête et rencontrer les yeux bruns de son vis-à-vis. Il inspira pour se donner du courage.

— Est-ce que tu m'as fait venir ici pour me parler de trucs dont on s'en fout carrément, ou ? lâcha-t-i, pas très enclin à la bonne humeur.

Lucas perdit son air joyeux et se figea.

 —Ton sale caractère n'a pas changé, à ce que je vois.
 —Fallait pas t'attendre à ce que je change en l'espace d'un an, dit-il mauvais, la voix remplie de colère et de rancune.

Un silence s'installa et Raphaël se remit à contempler les gens, tandis que Lucas sirotait sa boisson.

Raphaël sentait son regard pesant sur lui, Lucas ne l'avait pas lâché une seule fois du regard depuis qu'ils s'étaient dit bonjour. L'un fixait, l'autre fuyait.

 —Tu m'en veux ? demanda le plus vieux, brisant le silence entre eux.

L'étudiant leva les yeux au ciel, question plus conne n'existait pas.

— Très content que tu te souviennes de moi après un an d'absence, lança-t-il ironique, faisant de grands gestes théâtrales pour accentuer l'ironie dans ses paroles.
— Arrêtes Raph, tu sais que je ne t'oublierai jamais.
—Pourquoi ?
— Tu sais pourquoi.
— Non.
—Je t'aime.

Raphaël frissonna imperceptiblement. Il détestait Lucas de lui faire encore ressentir ces sentiments pour lui. Il se redressa correctement, appuya ses coudes sur la table et rapprocha son visage de l'ami de son frère.

—T'es encore avec Julie ? questionna Raphaël.

Lucas détourna le regard, semblant réfléchir à sa situation amoureuse, comme s'il doutait du fait qu'il soit en couple ou non. Puis, il replongea ses yeux dans ceux de la même couleur que Raphaël avant de répondre :

—Oui, répondit-il accompagné d'un sourire en coin.

Raphaël fut d'abord surpris, avant de sentir de la haine s'emparer de lui.

— Et tu l'aimes ? demanda-t-il mi craintif, mi furieux.
— Bien sûr, dit joyeusement Lucas.

Le plus jeune reçut un deuxième coup de couteau en plein cœur. Lucas allait finir par lui briser, si ce n'était pas déjà le cas.

— Pourquoi ?

Cette fois, la voix de Raphaël était plus dure et assuré. Il zieuta le couteau à beurre sur la table à côté, mourant d'envie de l'attraper et de l'enfoncer dans un organe vital du bourreau de son cœur.

Pourquoi avait-il demandé à le voir si c'était pour lui dire qu'il aimait encore cette salope de Julie ? 

De toute manière, toutes les filles sont des monstres qui ont fait croire que l'homme était hétérosexuel avec pour preuve qu'ensemble ils pouvaient donner la vie, mais en réalité, tous les hommes sont gays et éprouvent plus de plaisir entre eux. Comme lui avait dit Maxime, la meilleure fellation qu'il avait reçu, était d'un autre homme, et sûrement pas d'une femme.

Raphaël haïssait les femmes. Elles lui avaient volé son frère, son premier baiser, ses premiers rencards, sa première fois mais surtout, elles lui avaient volé le seul homme qu'il n'avait jamais aimé, son seul amour, le seul homme qu'il jugeait assez bon pour mériter sa fidélité. Parce que oui, Raphaël n'avait jamais su être fidèle, il avait toujours trompé ses copains et ses copines.

Les femmes sont cruelles et impitoyables.

—Bah, parce que je l'aime ? répondit Lucas, fronçant les sourcils.
— Non, pourquoi tu l'aimes ?
— Elle est gentille, toujours souriante, joyeuse. Elle est intelligente aussi, tu sais qu'elle a repris ses études en histoires ? Elle progresse tellement vite, c'est incroyable, cette femme est incroyable ! s'exclama Lucas avec enthousiasme.

Raphaël grimaça. La description était tout ce qu'il n'était pas. Lui ne souriait jamais, avait un caractère très difficile, il était un je-m'en-foutiste en puissance et était loin d'être intelligent. D'ailleurs, il se demandait comment il avait fait pour avoir son bac, lui qui avait séché la moitié de son année scolaire.

— Elle est bonne au lit, j'espère ? lâcha Raphaël avec un sourire carnassier.

Ce fut au tour de Lucas de s'approcher de Raphaël, prenant la même position que lui. La table étant petite, leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et Raphaël sentit son cœur s'accélérer, louchant sur ses délicieuses lèvres qui symbolisaient le fruit défendu.

— Elle fait de très bonne fellation.
— Je suis un pro de la fellation, susurra Raphaël d'une voix charmeuse.

Lucas réagit instantanément en souriant de toutes ses dents, parfaitement blanches.

— Vraiment ?
— Dommage que tu n'y goûteras jamais, rétorqua-t-il, acerbe.

Il se rassit de façon nonchalante sur sa chaise et reporta son attention sur les personnes qui passaient à côté d'eux.

Un long silence s'installa, où aucun des deux ne fit d'effort pour le rompre. Après dix bonnes minutes, Raphaël se plaignit.

— J'ai envie d'une pomme.
— Il y a un marchant de fruits pas loin, on a qu'à y aller.

Raphaël tourna son regard vers lui, observant les expressions de son visage attentivement.

— Et si je te dis que j'ai envie de baiser, tu vas le faire ? lança-t-il d'un ton neutre.

Le couple sur la table d'à côté tournèrent leur visage en direction de l'étudiant. Il avait envie de leur balancer un " quoi ? Vous avez envie de faire un plan à quatre peut-être ? " mais il s'en abstint, il était avec Lucas et il ne souhaitait pas le mette dans une sale position.

- Raph, arrête, supplia Lucas, las.

Raphaël se releva calmement, sous les yeux ébahis de Lucas. Il prit sa veste et l'enfila, avant de fouiller ses poches et de jeter quelques pièces sur la table.

— Qu'est-ce que tu fais ? s'inquiéta Lucas.
— Je perds mon temps et j'ai quelqu'un qui m'attend.

Puis il s'en alla, laissant un Lucas perdu.


        Il soupira de bien-être lorsqu'il fut sûr d'être bien loin de ce bourreau. Il prit alors la direction de chez Maxime, il devait se soulager. Parler avec Lucas n'avait qu'aggraver son envie sexuel.

À peine son ami lui ouvrit, qu'il se jeta dessus, peu importe si ses parents étaient là, il avait envie de quelque chose de sauvage et passionné.

        Il était au alentour de minuit lorsqu'il rentra chez lui. Il marchait doucement, pour ne pas réveiller ses parents et son frère. Il déposa sa veste dans l'entrée et enleva ses chaussures, qu'il rangea dans l'armoire spécifique à ça.

— T'étais où ? demanda sévèrement une voix.

Arrête. [BxB]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !