Chapitre 21

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- On peut en parler si tu veux, me propose-t-il.

- J'ai pas besoin d'un psychologue, lui répondé-je.

- Peut-être pas, mais tu as sûrement besoin de parler avec une des seules personnes qui t'apprécient ici.

Il n'a pas dit ça? Il a osé.

- Bonne nuit! Lui lancé-je pour terminer la conversation en me levant.

- T'es vraiment compliquée comme fille! Me dit-il alors que je suis déjà en train de partir.

***


Une fois dans ma chambre, je me rends compte qu'en réalité c'est moi qui le repousse alors qu'il fait des efforts. Au bout de cinq minutes, je me décide à me lever de mon lit. Je vais devant sa porte et je toque doucement pour ne pas réveiller les autres. Je n'entends aucune réponse alors j'ouvre la porte discrètement. Il se retourne brutalement.

- Ah, c'est toi! Tu m'as fait peur.

Il me regarde avec un sourire amusé.

- Sympa ton pyjama.

Oh, c'est vrai que j'avais oublié que je portais mon pyjama licorne arc-en-ciel. Je lui réponds d'un simple sourire gêné.
Alors qu'il change de pull, je vois sur sa peu une large cicatrice.

- Alex... Dis-je stupéfaite. Comment... Ton épaule?

Une énorme plaque de peau rose et creusée démarre de son épaule droite et se prolonge sur toute son omoplate. Il enfile rapidement un t-shirt et pousse un gros soupir. Ses lèvres sont pincées et il garde la tête baissée.
Il s'assoit sur son lit alors je le rejoins.

- Quand c'est arrivé, je me suis demandé ce qui faisait le plus mal. Est-ce que c'était la blessure en elle même où est-ce que c'était être brûlé alors qu'on possède le don du feu.

- Quand est-ce que c'était? Lui demandé-je.

- Au lycée, juste avant qu'ils ne te prennent.

Je me rappelle maintenant. J'avais entendu son cri de douleur pendant que je courais le plus vite possible à travers les couloirs. Si seulement je n'avais pas fui, les choses se seraient passées autrement.

- Je sais à quoi tu penses Louise. Tu ne pouvais rien faire, ce n'est pas de ta faute.

Je remonte la manche de son t-shirt.

- Est-ce que ça te fait encore mal? Lui demandé-je en passant doucement mes doigts sur le relief inégal de sa peau.

- C'est une sensation bizarre. Ça pique, mais en même temps j'ai perdu beaucoup de sensibilité à cet endroit.

- Je suis désolée.

- Au lieu de t'excuser pour quelque chose dont tu n'es pas responsable, dis-moi plutôt qu'est-ce qui te dérange chez Fergus, me demande-t-il pour changer de sujet.

- Je ne sais pas. Elle fait tout bien, ça semble facile pour elle, tout le monde l'apprécie alors qu'elle n'est là seulement depuis quelques jours. Je n'ai pas besoin de la reconnaissance de tout le monde, mais est-ce que tu réalises à quel point les gens m'évitent en permanence?

- Ils ont simplement peur. Ils ont peur de toi et de ce que tu pourrais faire, me dit-il en me prenant la main.

Ses yeux sont ancrés dans les miens et je n'arrive pas à m'en détacher.

- Et toi, tu n'as pas peur de l'abominable Louise?

Il secoue la tête et approche doucement son visage du mien. Il m'embrasse enfin faisant remonter une main derrière ma nuque et laissant l'autre entremêlée avec la mienne. Le souffle chaud de sa respiration et la chaleur de son corps sont rassurants et le contact de sa peau avec la mienne est électrisant.

- Je devrais aller me coucher, dis-je en me séparant délicatement de ses lèvres.

- Sûrement, me répond-il avec un léger sourire sur le visage.

Je me lève et juste avant de refermer la porte derrière moi je glisse ma tête et lui pose une question qui me traverse l'esprit.

- Alex, est-ce que ta vie d'avant te manque parfois?

Il me regarde et prononce un "non" sans aucun regret. Bien que ce délicieux baiser me rende tout à fait heureuse, ma vie d'avant me manque énormément.
Enfin, ce n'est pas ma vie en elle même qui me manque mais ce sont mes parents. Et ce manque, rien ni personne ne pourra le combler.

Louise MayetLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant