Le 15 Avril 2016

Depuis le début

« Mes camarades, la séance est levée » s'adressant au reste de la communauté.

L'aurore arriva bien trop vite. Ses lueurs tintèrent le ciel dégagé d'orange et de rouge. Ces couleurs s'étendaient à l'horizon comme une tâche de sang sur un linge blanc. Les étoiles s'effaçaient petit à petit et l'air frais pénétrait mes poumons. La Caravane se réveillait doucement elle aussi et déjà les premiers travailleurs préparaient leurs outils. Ce petit monde s'agitait discrètement pour respecter ceux qui dormaient encore. Des gardes frais vinrent relever les rondes nocturnes et nous chargions le tout-terrain silencieusement. Une mine fatiguée remplaçait le sourire éclatant de Seth et Kube promenait des cernes aussi lourds que le sommeil qui lui manquait. Il m'avait confié une fois ne pas être un matinal. Il ne mentait pas, ses bâillements provoquaient chez moi des répliques à m'en décrocher la mâchoire.

Bob, quant à lui, ressemblait à Bob. Ni fatigué, ni enthousiaste, ni fâché, ni rien, il supervisait la préparation.

« Kube, tu prends le calibre 50. Vincent tu montes à l'arrière avec lui. »

Mon plus gros effort de la journée consista à hisser Kube dans la benne. Les suspensions fléchirent sous son seul poids. Il se retourna alors vers moi, amusé :

« Ouais, il y a un peu de viande sur le bonhomme. »

Il s'assit ensuite dos à la cabine du pick-up parcouru de rouille et dont on devinait la peinture bleue. Le gaillard tira une cigarette de sa poche et m'en proposa une. Je refusai et m'installai ensuite à ses côtés. Je compris alors pourquoi ils ne voulaient pas de lui en cabine. Entre ses flatulences et son odeur de transpiration, je bénissais l'air libre ! Après quelques minutes de route, je brisai le silence. Mon compagnon de voyage avait toujours fait preuve de sympathie à mon égard, cela facilitait la discussion.

« Dis, c'est quoi cette histoire de donation pour la bagnole ? »

Il me regarda après avoir pris le temps d'allumer son second mégot. Il attrapa une fiole cachée dans la poche intérieure de sa veste. Il me tendit la bouteille que je refusai poliment. Il était un peu tôt et l'odeur me donnait déjà des nausées.

« T'es pas marrant toi le matin. Une bonne rasade te nettoie les idées... et le reste. »

Restant silencieux à sa remarque, il poursuivit :

« En entrant chez nous, tu fais le choix de te débarrasser et de tout nous donner. Nous partageons ensuite, tu sais, le bien commun tout ça. »

Je considérai le propos quelques instant avant de répondre que cela me semblait être un dépouillage dans les règles de l'art. Je ne sais d'ailleurs même pas si je suis prêt à ce sacrifice. Et puis, je leur ai déjà cédé une bonne partie de mon arsenal.

« Dépouillage, donation... Ce ne sont que des mots pour parler de la même chose. Nous préférons croire et dire que les nôtres ont choisi le partage. »

Il tira longuement sur sa cigarette et recracha une fumée grise rapidement dispersée par le vent.

« - Et pis, même si tu refuses notre choix de vie, il y a en a une qui ne pourra pas.

- Sarah...

- Ouais.

- Pourquoi ?

- C'est pas bon quand le toubib veut la voir autant. Au moins trois ou quatre fois déjà depuis votre arrivée.

- Il m'a dit qu'il n'y avait rien de grave.

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