Chapitre 2, Ars

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A l'âge de 3 ans, Arsène savait parler. Il ne s'agissait pas de ces balbutiements hésitants et grammaticalement infâmes auxquels les jeunes enfants s'essayent. Son langage était construit, évolué, précis, comme celui d'un adulte. Il ne l'employait pas pour poser inlassablement les mêmes questions jusqu'à ce que la réponse convienne ou imprègne enfin son jeune esprit. Il ne posait jamais de question. Comme si cela était inutile. Il conversait pour relater ses expériences, ses sensations. Il se plaignait de son corps trop petit et maladroit, de sa force trop limitée et de ses rêves.

A l'âge de 6 ans, Arsène maniait avec dextérité toute sorte d'armes. Il se demandait pourquoi Dorian n'aimait pas cela. Le mentor ne laissait jamais paraître la moindre émotion. Dorian était le seul sujet d'intérêt pour Arsène. Le seul être qui représentât une énigme pour lui. Arsène appréciait ne rien savoir de lui, éternellement insatisfait par cette situation et désireux qu'elle ne cesse jamais. Tout ce qui concernait Dorian était question à laquelle il n'avait aucune réponse. La seule chose que cet homme avait bien voulu lui dire tenait en peu de mot : "cherche à savoir mais soit conscient que tu ne sauras jamais".

A l'âge de 12 ans, Arsène surpassait les maîtres d'armes de Sampésia. La réputation d'iceux n'était plus à faire. Personne ne pouvait les vaincre sur Athésia. Personne sauf Arsène. Naturellement, ces choses-là se savaient. Dorian désapprouvait. Il désapprouvait tout. Arsène se vantait, s'enorgueillissait de ses dons. Le monde lui portait bien trop d'attention. Comment aurait-on pu l'ignorer ? Arsène détestait son prénom. Il se fit rapidement appeler Ars. Quand le Roi Cellégaric VII le reçut, Dorian resta à l'écart. Dès ce moment, il cessa d'être le mentor et c'est à peine s'il était encore considéré comme le père.

A l'âge de 18 ans, Ars était né depuis 2 mois. Qui n'aurait pas été impressionné par sa nature, ses pouvoirs et sa volonté de détruire l'ennemi ? Personne... à part Dorian.

— Oh, Père, il est si mignon ! s'exclama Séréna en évoquant le beau jeune homme.

— Je t'interdis de te mettre dans la tête quoi que ce soit à son égard, la rabroua Cellégaric. Ce parvenu n'est pas noble. Ce n'est qu'un garçon des rues très doués et qui pourrait devenir le champion de Sampésia, rien de plus !

Le roi n'avait pas tari d'éloge au sujet d'Ars pour lui offrir une place de choix dans son armée. Convaincre les vieux généraux ancrés dans leurs titres depuis des décennies n'était pas une mince affaire. Ces hommes de valeurs, ayant fait leurs preuves au bout d'années d'entraînement, de sacrifice et de souffrance, n'accordaient de crédit qu'au travail et au mérite. Peu de sampésiens croyaient possible qu'Ars ne fût véritablement âgé que de deux mois. Cela n'empêchaient pas les chefs de guerre d'invoquer son trop jeune âge comme contre-argument. Pourtant, nul ne pouvait tergiverser : On ne désobéit pas au roi.

— Mais Père, vous pourriez l'anoblir ?

— Pourquoi faire, je te prie ?

Séréna émit un petit ricanement bête. A 14 ans, la jeunette était travaillée par ses hormones. Le moindre mâle un tant soi peu séduisant lui provoquait un certain émoi. Élevée selon l'étiquette qui sied à une princesse, la logique de sa question n'échappait à personne. Cellégaric voulait juste voir jusqu'où elle pousserait l'honnêteté.

— Mon époux, il est indécent de faire avouer ainsi les intimes secrets d'une jeune fille, la défendit Daliha.

— Ma reine, il me sied de clarifier les choses. Puisque vous vous liguez à me cacher les évidences, nous allons couper court à tes intentions, fillette. Le jeune Ars n'est pas homme pour toi. Gare à toi si je te surprends à comploter dans mon dos à son sujet.

Séréna se renfrogna. Sa mère laissa entrevoir un sourire gêné que le roi ignora vertement. Se déroulant exceptionnellement dans le plus stricte cadre familial, ce dîner agaçait Cellégaric. Le nom du célèbre bretteur était sur toutes les lèvres depuis deux semaines, tant et si bien que le monarque avait vainement espéré ne plus l'entendre ce soir. Il n'était pas autrement surpris de l'intérêt que la princesse lui portait mais il était hors de question qu'elle touchât ce monstre. L'opinion du Roi sur Ars comptait moins que ce que la menace alkarne lui imposait de faire. Tous les moyens étaient bon pour mettre un terme à l'invasion. Pactiser avec les erreurs de la nature en était un.

Khuméra (titre provisoire)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !