Elle relève lentement la tête vers moi, essuyant les larmes sur ses joues du revers de ses manches. Mais bientôt, de nouvelles viennent les remplacer, roulant tout le long de son visage, glissant jusqu'à son cou. Elle a les yeux rouges et enflés, et de grosses cernes creusent sous ses yeux. Elle doit sûrement pleurer depuis longtemps. Et beaucoup aussi. Toute la nuit si ça se trouve. Elle a l'air extrèmement fatiguée, et on dirait qu'elle a pris un coup de dix ans en à peine 24h. Ses cheveux détachés tombent négligemment sur ses épaules affaissées. Elle porte des vêtements sombres et trop grands pour elle qui sortent de je ne sais où. Je ne l'ai jamais vu dans cet état. Même pas quand papa est partis. Mais qu'est-ce qui a bien pu arriver?
Une larme s'échappe de ma paupière et tombe sur ma joue, glissant jusqu'à mon menton. Une boule se forme dans ma gorge et ma respiration devient plus lourde, difficile. J'ai de la misère à prononcer les quelques mots qui me brûlent la langue.
"Maman... J'avale ma salive...qu'est-ce qui s'passe?"
Mon angoisse et mon inquiétude ne font que grandir à mesure que les secondes s'écoulent. J'ai l'impression que tout est au ralenti, que le temps s'est arrêté. Je sens que quelque chose est arrivé. Quelque chose de grave. Toute l'atmosphère de la maison s'en ressent. Elle est lourde et triste. Comme un jour gris de pluie. Et pourtant, là, maintenant, ce n'est ni la chaleur extérieur ni le soleil éclatant qui cause toute cette tristesse. Cette belle journée, une des dernières de ce genre avant l'hiver, vient de perdre toute sa joie et sa légèreté.
Ma mère entr'ouvre ses lèvres déssèchées et peine à prononcer quelques paroles.
"Approche ici mon loup" me dit-elle d'une voix presqu'imperceptible et pleine de sanglots retenus.
Je m'éxecute, d'un pas lent, trainant les pieds jusqu'à elle. Elle ouvre ses bras et les enroule autour de ma taille, ses mains agrippant le dos de mon chandail. Elle m'approche d'elle encore plus et vient resserrer son étreinte autour de moi. Je passe mes bras sur ses épaules et lui caresse le dos avec mains, les larmes continuant d'emplir mes yeux.
Après quelques instants, ma mère s'écarte légèrement de moi, juste assez pour pouvoir me regarder dans les yeux. Je fixe les siens, à la recherche d'un quelconque indice pouvant m'aider à découvrir la raison de son état, la raison de sa peine. Mais les larmes sont toujours là, emplissant ses yeux à mesure qu'elles déferlent sur ses joues.
Elle les ferme un instant, faisant ainsi couler de grosses goûttes sur son visage ravagé par la fatigue, et prend une grande et profonde respiration. Je sens qu'elle va enfin me révéler qu'est-ce qui se passe. Je retiens mon souffle, même si je ne sais absolument pas pourquoi. J'ai peur de ce dont elle pourrait me dire. Oui c'est ça, j'ai peur. Tout me porte à croire que ce qui arrive est grave et me fera de la peine aussi. Comme tout être humain, je n'aime pas être triste. Je n'aime pas me sentir mal, autant physiquement que mentalement. Et parfois, la douleur mentale est pire que celle physique...
Elle ouvre lentement les yeux et me regarde tendrement, le regard remplis de tristesse. Elle ouvre la bouche, et articule difficilement les mots qui lui font si mal, ceux qu'elle voudrait bien faire disparaître.
"Tu te souviens des tests et examens qu'on avait fait passer à Gabriel il y a quelques semaines?"
Je hôche la tête affirmativement, une autre larme commançant à couler sur mon visage et mes mains commençant à trembler. Je réalise et comprend bien malgré moi la suite de ce que cela veut dire.
"Les tests... Elle s'arrête un instant, prenant un grand respire ....les tests sont positifs... Ton frère a un... un... un cancer... Une vague de sanglots la traverse, la faisant frissonner contre moi. Mais elle se reprend et continue. Ils ont vu des taches sur les poumons de Gabriel, et...... et ces taches se sont avérées être cancéreuses."
Tout mon intérieur s'écroule. Le temps s'est arrêté, complètement. Je suis là, figé, dans les bras de ma mère. Je suis incapable d'encaisser le choc. Incapable d'absorber la peine. Toute la joie, le bien-être et le bonheur que j'ai pu ressentir ces deux derniers jours s'envolent, remplacés par un lourd sentiment de peine et de douleur. Mon frère est l'une des personnes les plus précieuses que j'ai. C'est mon petit frère. Il est tellement important pour moi. Je l'aime à un tel point qu'il est difficile de l'expliquer. Toute la fierté que j'ai pour lui en le regardant, tout l'amour que je lui porte. Je ne peux pas m'imaginer une seule seconde ce que serait ma vie s'il n'était pas là. On a toujours pu compter l'un sur l'autre, peu importe la situation. Tous les fous rires qu'on partage, tout le temps qu'on passe ensemble. Tout ça ne peut pas tout simplement disparaître. Ça ne peut pas. En ce moment, je me sens totalement désarmé. Confronté à quelque chose de plus grand et de plus fort que moi. Je suis son grand frère. Je suis supposé le protéger, le défendre, prendre soin de lui. Mais contre cette putain de maladie, je me sens hors de contrôle. Totalement inutile. Et ce sentiment d'impuissance me détruit. Je ne veux pas perdre mon frère. Je ne PEUX pas perdre mon frère. C'est impossible. Impensable. J'ai besoin de lui.
Malgré les larmes qui s'échappent de mes yeux et qui coulent le long de mes joues, je retiens mes sanglots et ma peine, je retiens mes cris et ma colère.
Ma mère se détache de moi et ses pleurs s'emplifient. Elle pose les coudes sur la table devant elle et pose son visage entre ses mains. Je reste là, sans bouger, le regard perdu, blessé. Je sens un vide. Je me sens vide. J'ai besoin de me sentir en sécurité, en confiance, d'être rassuré. J'ai besoin de ses bras. De ses bras à lui. J'ai besoin de les sentir autour de moi, ses mains me caressant le dos. J'ai besoin d'entendre sa voix chaude me rassurer. J'ai juste besoin de sa présence, d'être avec lui. Je viens de le quitter, de partir de chez lui, et pourtant, j'en ai énormément besoin présentement. Seuls ses bras et sa présence peuvent m'aider, peuvent m'apaiser. Je le sens. C'est plus fort que moi.
Sans même réfléchir, sans même penser, je fais quelques pas en arrière, me retourne et me dirige vers la porte en accélèrant le pas. Je sors à l'extérieur et me mets à courir. C'est le vide en même temps d'être le bordel dans ma tête. Mes pieds dévalent le trottoir, chaque pas plus rapide que le précédent. J'entends ma mère crier mon nom, mais je ne me retourne pas, je ne m'arrête pas. Je ne réfléchis plus. Je ne suis plus capable de penser. Je ne fait que courir, les larmes commençant à couler sur mon visage. Ma rage et ma peine forment une boule de sanglot dans ma gorge. J'ai envie de crier, de pleurer, de frapper, de me défouler. J'ai l'impression que je vais m'éffondrer. Je sens mon coeur battre contre mes tempes et ma respiration se sacader. Mais je continus. J'ai besoin de lui.
J'ai besoin de lui.
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***Voilà... Dîtes moi en commentaire comment vous, vous le trouvez...
En média, un de mes montages, avec les paroles de Heaven de Troye Sivan.***
(PS. Merci énormément pour les 169★ et les plus de 2,25k de vues. C'est incroyable ✨ Merci 💙)
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Confusion Ou Libération? [BxB]
RomanceJe savais qu'il y avait quelque chose qui se passait avec moi. Mais quoi, ça je ne savais pas. Ou du moins, je n'en étais pas certain. Jusqu'à ce jour où il est apparu. Qu'il est entré dans ma vie sans avertissement. Alors là, je ne sais plus du tou...
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