Chapitre 7 - L'adversaire

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Si nous pouvions, nous considérer réciproquement en matière d'espèce, plutôt que de sexe et de morale, nous aurions tout gagné.

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Nous y sommes. L'émotion de la colère. Au contraire du chapitre précédent, je sais exactement quel est le fond de ma colère. J'aimerais que ce chapitre ne t'affecte pas. Par contre, il m'est nécessaire de l'écrire. C'est la dernière émotion que je traite, car je me rends compte que je maîtrise très bien cette émotion. La seule condition est d'en avoir l'énergie. Ce que je veux dire, c'est que si je suis fatigué, il y a le risque d'exploser sur quelqu'un. Et ça, je ne le souhaite pas. Ce chapitre ne va pas être un amalgame de toutes mes rancœurs, loin de là. Il ne parle pas non plus de comment j'exprime ma colère. Je pars juste du constat, que je suis un homme en colère. Elle est le reflet de toutes ces humiliations, ces blessures auxquelles je n'ai jamais réagi par l'extériorisation.

Je commence par cette sensation de ne pas être à ma place. Non pas, par mes propres pensées, plus par les réactions que mes propos génèrent. Tu ne penses pas comme tout le monde, tu es bizarre, tu rates ta vie, tu es fou, ... Ce n'est pas que je sois malheureux, mais ça devient juste insupportable de n'être jamais compris, ou alors de travers. C'est comme si on était sûr de ce que l'on pense, puis on doute, et enfin on se considère dans l'erreur. Non pas, juste de se tromper, mais d'être tout le temps dans l'erreur, de ne pas pouvoir faire comme tout le monde. Et pourtant j'en ai envie. Moi aussi, je veux être capable, de pouvoir dire à quelqu'un, qu'il raconte n'importe quoi. Pour l'unique raison, qu'il ne pense pas comme moi.

A force d'écrire ce livre, j'ai fini par être ce que je pense. De mon point de vue, c'est loin d'être parfait. Imparfait, car souvent, je prends des remarques gratuites qui me blessent, et moi je me retiens. Je joue l'indifférence, celui que rien ne touche. Je ne dis rien, car je ne veux pas blesser. Je me dis aussi que chaque parole, chaque émotion doit être extériorisée, ainsi elle s'évacue. Si je réagis, il n'y a pas de purge, car par mes mots je réalimente l'émotion. Tu pourrais me dire que ça marche dans les deux sens, oui, certes. Quand on me montre une émotion, je ressens l'émotion de l'autre, et la mienne. Donc, je me dis que tout le monde doit faire ainsi. En me retenant, je permets d'interrompre l'effet rebond. J'avoue que je morfle un peu tous les jours, mais bon ça finit par s'apaiser. Heureusement, il y a toi, il y a ce livre.

En matière d'image, j'ai envie de baffer la moitié des gens que je connais, l'autre moitié m'indiffère. Les propos haineux, me font vomir. J'entends par là, tout ce qui touche au jugement négatif sur autrui, quoiqu'il soit, quoiqu'il ait fait. La plupart des gens préfèrent voir ce qui leur fait mal, plutôt que de retenir ce qui leur font du bien. Je ne suis pas mieux que les autres. Je suis même pire, car j'arrive à justifier tous les actes qu'ils soient bienveillants, ou malveillants, et ça, pour tout ce que je vois de l'humanité. Donc du coup, j'ai envie de me baffer moi-même.

Et puis un jour, j'ai fait le constat que la vie a fait en sorte que je sois tout le temps solitaire. Du moins, dans mes pensées. C'est la source de ma colère, ne jamais réussir à me faire comprendre. Dès que je m'exprime pour montrer le côté positif de chaque chose, on me dit que je suis naïf. A notre époque, c'est être naïf de croire qu'en chaque événement, il y a du positif. Je vais reformuler, je considère que pour chaque blessure, qu'elle soit physique ou morale, il y a quelque chose à apprendre, il y a une force à prendre. Et cela n'est possible que si l'on prend conscience que tant qu'il nous reste un souffle, que nous sommes vivants, nous pouvons transformer cette blessure, en espoir, en vengeance, en terreur, en n'importe quoi qui prouve que nous sommes vivants. Mon plus grand dilemme est que je comprends ceux qui ne voient que la blessure, qui ne voient que le fait que la vie est absurde, violente, et j'en passe, car j'en fais partie.

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