Chapitre 3 - L'illusion

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Peu importe le chemin, je suis toujours là, où je dois être

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Cela fait maintenant une demi-année, que la réalité que j'ai conçue de toi se transforme. Le changement que j'observe, n'est pas uniquement de ton fait. Certes, ton image évolue, ma façon de voir également. Je m'aperçois que vivre en étant soi-même ne m'est pas chose aisée. La difficulté n'est pas de le penser, ni de l'appliquer dans le quotidien. Le plus difficile est de le partager. De faire face au jugement d'autrui. Accepter le risque du rejet, ou pire, de l'humiliation.

A bien réfléchir, je me sers de toi comme point d'appui pour m'ouvrir au monde. Quelques fois, l'idée d'être confronté à toi me fait peur. Et je doute du bien-fondé de ma démarche. Et d'autres fois, j'aspire à te parler, pour te dire que je suis très surpris du chemin que je prends. Grâce à toi, et à deux phrases, j'ai découvert des choses sur moi-même. Je n'en soupçonnais pas l'existence. Pour dire vrai, j'en avais une légère conscience, mais la nécessité et l'envie ont toujours fait que ce n'était, ni le bon moment, ni le bon endroit.

Aujourd'hui, est le bon moment, j'en ai l'envie, et la nécessité. Je vais donc te raconter mon histoire, je vais te raconter mon voyage. De tout le parcours que je fais depuis maintenant deux ans et demi, il y a cette dernière année en ta compagnie. Ce voyage m'a permis de mettre des mots sur ce que je suis. Il m'a permis de comprendre d'où venait ma souffrance. Il m'a permis de découvrir ce que c'est que d'aimer. Ce que c'est que de croire. Il m'a permis de m'accepter tel que je suis, presque intégralement. Je dis presque car il y a toujours quelque chose de plus. Un comportement, une fixation, une pensée dont je n'avais pas conscience, car noyée dans le maelstrom de mon esprit.

A chaque fois, que j'ai recommencé cette lettre, elle est devenue de plus en plus détaillée. Le nombre de feuilles a doublé. Puis, j'ai eu l'idée d'en faire un livre. Une chose aussi que je souhaite te dire, l'intérêt de cette lettre n'est pas d'être lue. Elle est de l'écrire. C'est un peu égoïste, mais écrire me fait plaisir. Et tu m'as enseigné à être le premier fan de mon travail. Tu dis même, que l'on sait être sur le bon chemin, que lorsque l'on arrive à se surprendre soi-même par ce que l'on produit. S'il y a un plaisir de lire, c'est du plus. Si tu la lis jusqu'au bout, j'en serais très heureux.

On me dit souvent que mes propos sont décousus, voire un peu simplets. Jusqu'à récemment, ça m'a toujours blessé. Plus je me heurtais à l'incompréhension, plus l'envie de faire l'effort, de me faire comprendre, m'épuisait. J'ai donc fermé peu à peu mon monde intérieur. J'ai essayé de vivre dans le monde extérieur avec une image qui est moi, mais qui ne l'est pas complètement. De ce que j'ai compris, tu appelles l'image, Ego et le monde intérieur, l'âme. Et j'avoue avoir beaucoup de mal à partager mon monde intérieur, bref, passons.

Non, ne passons pas. Je ne partage pas, ni avec ma famille, ni avec mes amis, car j'ai peur de l'humiliation, et du rejet. Et surtout, j'ai peur de ma réaction face à la colère. Pour chaque colère qui monte en moi, je me dis qu'elle ne sert à rien. Que je ne veux pas rajouter de la souffrance à autrui. Et que de toute façon elle passe toujours. L'inconvénient c'est que rien n'évolue, et la colère revient, avec un effet cumul. C'est un peu triste, mais bon, j'arrive à vivre avec cet effet de manche depuis une presque dizaine d'années, tournure d'esprit difficile à exécuter lorsque je suis fatigué.

Tout ça pour dire que je ne m'énerve jamais. Jusqu'à récemment, je n'arrivais pas à déterminer, si c'était par lâcheté, ou par courage. Enfin, pour être plus précis, je ne m'énervais quasiment jamais. Depuis deux ans, les choses ont changé. Et parfois, j'ai fait preuve d'une violence verbale disproportionnée par rapport à l'acte. Pour déclencher une colère en moi, il y a quelques ingrédients que je commence à connaître : la fatigue, le mensonge, le manque d'écoute, le jugement sur l'âme, et le souhait jamais avoué d'être seul avec moi-même. J'ai peur aussi que l'autre ne supporte pas la souffrance induite par le partage. Car je sais, ce que ça fait de recevoir de plein fouet la souffrance d'autrui. Certes, ça fait du bien à l'autre, mais la souffrance partagée est également portée par soi-même. Et vu que je ne sais pas partager moi-même, je cumule. Notre rencontre m'a donné une solution. Celle de coucher mes pensées sur papier. Pourquoi toi ? Eh bien, parce que dans la réalité que je t'ai définie, tu es à même de comprendre ce que je ressens. Si ce n'est pas le cas, ne vas pas plus loin. De toute façon j'aurais pris plaisir à écrire. Et l'apaisement induit par l'écriture est déjà un bienfait. Donc déjà merci, d'être arrivé jusqu'ici.

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