Chapitre 25. S'installer.

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— Vous voulez une seule chambre ? Ok ! s'écria Poppy Miller, la jeune femme de la colocation. Vous êtes ensemble ?

— Ouais, confirmai-je.

— Kathy et Elliott avaient chacun leur chambre, précisa Poppy. Après le début de leur relation, ils sont restés comme ça.

— Je pourrais connaître quelqu'un, pour la chambre restante, annonçai-je. Si ça vous dit.

— Bien sûr ! Vous allez m'expliquer ça. En attendant, je ne vous demande pas de loyer d'avance, puisque les deux tourtereaux ont payé le mois de juin. Je veux juste l'assurance que vous avez tous les deux un job. Mais si Barry et sa femme vous embauchent, ça me va. Nous nous connaissons bien. Sinon, j'ai vingt-six ans, je suis secrétaire médicale au cabinet Turner. J'aime regarder les autres s'aimer mais pas le vivre, je ne veux pas de relation, je préfère donc partager cette maison avec des colocataires. Voilà, vous savez tout. Et vous dites que vous auriez à me proposer un autre colocataire ?

— Ouais. Notre ami Milo, déclarai-je. Quelqu'un de bien, c'est promis. Gay, lui aussi.

— Vous pouvez l'appeler ? Là, maintenant ?

J'acquiesçai, sortis mon téléphone et m'éloignai. Finalement, je n'aurais même pas besoin de passer par Ashley, ou que Milo passe par Ashley. Milo décrocha aussitôt. J'expliquai la situation.

— J'arrive la semaine prochaine, dit-il en frémissant. Est-ce que ça va ?

— La semaine prochaine, ça vous va ? demandai-je à Poppy.

— Tutoie-moi, exigea-t-elle. C'est parfait.

— Super, s'écria Milo, qui avait manifestement entendu. J'ai déjà averti mon patron de mon départ, tu sais, m'apprit-il. Je peux m'en aller quand je veux. Donne-moi juste le temps de m'organiser, de dire au revoir et je suis là.

— J'ai hâte, Milo. À très vite, soufflai-je, ravi, et je raccrochai.

La maison de Poppy, de bois peint en blanc, était de taille modeste et s'intégrait parfaitement à la falaise. Elle était conviviale et me plaisait, me mettait à l'aise, comme Poppy elle-même. La jeune femme, jolie et plutôt grande, avait des cheveux d'un roux flamboyant.

— Eh bien, vous pouvez poser vos affaires dès maintenant, tous les deux, conclut-elle.

Ce fut avec un plaisir inédit que je ne me contentai pas de déposer mes affaires. Je les rangeai dans l'armoire et la commode bleu clair de notre chambre, à Jody et à moi. Notre nid, pour l'instant. Je ne pensais pas à la durée, juste au fait d'avoir un toit à nous, pour la première fois. Devant l'océan, loin de mon passé, et c'était pareil pour Jody. Il avait d'ailleurs pris soin d'installer en premier Albert et Angus entre les deux oreillers.

Le linge de lit avait été prêté par Poppy, le temps que nous achetions ce dont nous aurions besoin. Elle précisa que les brocantes de Malibu étaient intéressantes. Pour des objets particuliers qu'on ne trouverait pas, il y avait toujours internet et le site Craigslist. Ainsi, les californiens soucieux de l'environnement privilégiaient-ils à Malibu la récupération et la seconde main de qualité. Les courses se feraient par roulement. Poppy, puis Jody et moi, puis Milo, quand il serait parmi nous.

Nous allâmes voir Danica Osborne, la directrice de l'agence de services. Jody était intimidé mais pas démuni face à la belle-sœur de mon futur patron. L'élégante brune ne l'écrasait pas de sa prestance. Elle lui demanda gentiment les domaines qui lui plaisaient et il parla du ménage, du repassage. Il aimait les jardins et apprécierait de s'en occuper mais il aurait un peu peur des enfants, s'il devait en surveiller, même brièvement. Danica le rassura, lui dit qu'elle ne l'obligerait pas, qu'il le ferait quand il le sentirait. Elle ne doutait pas qu'avec le temps viendrait l'assurance qui complèterait sa douceur naturelle. Ses heures varieraient d'une semaine à l'autre, en fonction de ce que proposeraient les clients. Danica s'était déjà arrangée avec sa sœur. Jody aiderait à la supérette quand il aurait moins de choses à faire pour Danica. Les deux femmes se partageraient son temps et cette flexibilité leur plaisait. Jody aussi était ravi de cette variété, et, surtout, d'avoir un job, d'être utile.

J'ai  conduit jusqu'à toiWhere stories live. Discover now