Chapitre 24. Se poser.

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— Len, réfléchis bien, tu ne peux pas te décider comme ça, si vite, dit Ashley à l'autre bout du fil.

— Je marche au coup de cœur, avec ce que je ressens, Ash, expliquai-je. C'est ce que j'ai fait pour le voyage.

— C'était une décision sensée. Logique, même, je dirais, rétorqua calmement Ashley. Celle que j'attendais de toi.

— Qu'est-ce que je risque, Ash ? le coupai-je. Si Malibu est un échec, je peux recommencer à dix miles d'ici, vingt, trente, cent ! Tout le long de la côte. Jusqu'à Frisco. Ou revenir à LA.

— Tu ne risques rien, c'est vrai, admit-il au bout de quelques secondes.

— Rien, à part m'épanouir ou repartir.

— Ouais. J'attendais juste que vous rentriez ce soir, Jody et toi. Que vous vous installiez un moment avec moi, dit-il avec une pointe de regret perceptible.

— Je comprends, Ash. Mais tout s'est précipité, je rencontre dès demain matin une fille pour la location de la maison, expliquai-je. Je ne vais pas faire l'aller-retour LA/ Malibu. Nick propose de nous héberger pour la nuit.

— Tu ne peux pas être sûr de lui, pas si rapidement.

— Dans cette situation précise, je le suis, répliquai-je. Il loge au-dessus du bar de Barry, celui qui nous a filé des tuyaux pour bosser. S'il se passait quoi que ce soit, je pourrais lui en parler.

— Et il te croirait, toi ? s'enquit Ashley, sur un ton dubitatif.

— Et pourquoi pas ? Parce que j'ai fait de la prison ? Il s'en fout. Je lui ai dit et il a bien compris à quoi correspondaient les deux ans que j'ai faits. Tu voudrais que je sois stigmatisé pour ça jusqu'à la fin de mes jours ? accusai-je. Tu me fais chier, Ash.

— Len, calme-toi, je ne pensais pas du tout à ça. Je suis juste trop protecteur, tenta de m'apaiser mon meilleur ami.

Je soufflai dans mon téléphone, me remémorai tout ce qui m'était arrivé de bien dans l'après-midi, afin que ma colère n'éclate pas. Jody avait dit oui. Oui à la vie, oui à une vie près de l'océan. Cela seul comptait en priorité. Absolue.

Nick Bowden, le surfeur qui nous avait conseillés sur le logement, nous avait aussi accompagnés jusqu'à la boutique de surf pour voir les annonces. Une fille dont les colocataires se mariaient recherchait deux autres personnes. J'avais appelé et elle nous recevait le lendemain matin.

Ensuite, nous étions allés jusqu'au bar où Nick bossait. Un endroit sympa, avec du bois partout. Le patron, Barry, recherchait un autre gars pour son équipe et il avait trouvé qu'avec mon look et mes tatouages, je ferais l'affaire. J'avais été flatté mais j'avais joué la carte de l'honnêteté sur mon passé et, bien sûr, mon âge. Je voulais de bonnes bases.

Barry avait vite pigé que je m'étais fait avoir, pour la prison. Mes vingt ans ne l'avaient pas découragé non plus, il me voulait. Comme je prenais mes vingt-et-un ans en juillet, je pouvais travailler un petit mois à la supérette de sa femme, Brenda. Moi qui m'attendais à bien des difficultés, j'étais surpris et ravi. Voilà pourquoi j'avais si mal pris la réflexion d'Ashley. Il me mettait plus de bâtons dans les roues que des étrangers.

Le cas de Jody avait été réglé rapidement. Il n'avait que dix-neuf ans, ce qui excluait toute embauche au bar. De toute façon, aux yeux de Barry, il était trop réservé. Je me gardai bien de lui dire qu'au vu de ses troubles, il n'était pas du tout indiqué qu'il bosse face à la clientèle. Barry avait deux idées sous le coude. Sa belle-sœur possédait une société de services à la personne (ménage, garde d'enfants, repassage, entretien du jardin), et recherchait justement quelqu'un. Pour moi, c'était parfait, vu que Jody avait peur quand il y avait trop de gens. Ce type de job familial pouvait lui convenir. Et s'il n'était pas pris, il pourrait aider Brenda à la réserve.

J'ai  conduit jusqu'à toiWhere stories live. Discover now