Chapitre 16

62 11 18
                                                  

Je me réveille en un sursaut et me cogne l'arrière de la tête sur le tronc rêche de l'arbre. Il fait encore nuit et j'ai l'étrange sensation que le temps s'est arrêté pendant que je dormais. Les rayons lumineux de la Lune percent les branchages et viennent m'apporter une faible luminosité.
Je n'ai pas la patience de rester là plus longtemps alors je me lève. Je ressens des picotements dans les deux jambes mais je me mets tout de même en marche. Les feuilles crissent sous chacun de mes pas et me poussent à avancer plus vite. J'ai l'impression d'être la seule réveillée au milieu de la nature endormie, qui ne se réveillera qu'avec le soleil.

J'arrive à l'avant-dernier village de mon trajet lorsque le soleil commence à se lever. Je m'assieds sur le bord d'un muret clôturant un jardin et j'observe le ciel se modifier avec l'arrivée du jour.
Une ligne orange se créer à l'horizon puis un point jaune monte et se dévoile petit à petit en entier.

Une fois qu'il est totalement rond et au-dessus de la ligne d'horizon, je ne peux plus le regarder, alors je me remets en route sur un chemin de terre sinueux. J'ai tellement hâte d'arriver devant l'académie. Je ne préfère pas imaginer l'état du bâtiment mais j'espère tellement y retrouver tout le monde sans exception. Je suis si seule. Je n'ai pas adressé la parole à un ami depuis trop longtemps et j'ai l'impression d'avoir ris il y a une éternité.

J'arrive à un croisement avec une route. Je ne sais de quel côté aller, lorsque je m'aperçois que je suis en face du magasin où j'étais allée une fois. Je connais le chemin pour aller jusqu'à l'académie. Je presse le pas, je suis si contente de trouver enfin quelque chose qui m'ait familier. J'accélère du plus qu'il m'ait possible mais je me sens limitée par la fatigue.
J'imagine retrouver tous les visages des élèves et enfin pouvoir serrer dans mes bras toutes ces personnes qui m'ont tant manquées. J'imagine aussi le train quotidien que la vie a dû reprendre rapidement dans les sous-sols du lycée une fois les locaux réaménagés et nettoyés.

J'arrive enfin devant le lycée.

La façade est carbonisée et une fine couche de cendre est posée délicatement sur l'herbe grise. Une bande de plastique, qui est reliée de piquet à piquet, entourant tout le bâtiment noir de suie, interdit l'entrée à toutes personnes exceptée celle de la police et des pompiers, cependant le terrain est désert.

Je passe sous la bande de plastique et je m'approche de l'entrée principale. Elle est grande ouverte puisque la porte à battant est couchée au sol en morceaux.

Alors que je pénètre dans l'enceinte du bâtiment, une odeur de grillé envahit mes narines et je suffoque comme si la fumée d'un feu m'empêchait de respirer. Des morceaux de murs sont étalés sur le sol encombrant les couloirs sombres et ceux encore debout sont noirs de cendres. Les yeux grands ouverts, je parcours les couloirs à la recherche du moindre signe de vie.

Personne.

Je me décide à aller chercher quelque chose à manger au réfectoire. Les portes sont défoncées, les murs dégradés et les tables et les chaises sont renversées ou cassées. Je trouve de l'eau et quelques boites de conserves dans une mini glacière miraculeusement épargnée.

Une fois que j'ai mangé quelques bouchées, je repars vagabonder dans l'école. Je reconnais le couloir où j'ai vu pour la dernière fois Alex couché sur le sol à m'ordonner de courir pour échapper à mes ravisseurs. Je le traverse en me forçant à imaginer comment c'était avant. J'essaie d'entendre le bruit des douches, des rires et des disputes mais rien. Un lourd silence. Seul le bruit des débris qui craquent sous mes pieds brise le calme.

Puis soudain, je sens une consistance différente sous ma semelle. Je baisse les yeux sur du sang séché. Il est rouge foncé, épais et dur. Il y en a partout.
Sur les murs, sur le sol des grandes traces de sang sont étalées. Une odeur affreuse me donne la nausée et je me précipite à l'extérieure du bâtiment.

Louise MayetLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant