Chapitre 23. Zuma beach.

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Dès que nous nous couchâmes, Jody se blottit entre mes bras, recroquevillé contre mon torse. J'avais le menton et la bouche dans ses cheveux teints, qui sentaient le soleil. Il faisait chaud, il me donnait trop chaud, mais je ne dis rien. Jody finit par s'endormir, ce dont je m'aperçus à cause de son souffle, devenu régulier. Sa main était posée sur ma hanche, comme pour signifier : « C'est à moi. »

Je finis par sombrer moi aussi mais je me réveillai tôt. Jody dormait toujours profondément. Je me dégageai de son étreinte en douceur, en prenant bien garde à ne pas le déranger. Je ne m'étais pas bien reposé. En dépit de sa présence. De son attitude possessive. De ce que j'éprouvais. De ce qu'il éprouvait. Parce que Jody avait encore un long chemin à faire. Il était né à la vie, la vraie, à dix-neuf ans. Il lui fallait grandir, goûter, expérimenter. Je doutais qu'un psy ou Ashley l'aident à ça. Il devait se débrouiller seul là-dessus, avec ma présence rassurante à ses côtés et mes encouragements.

Une fois ma douche prise, je descendis à l'accueil du motel pour fureter dans les revues, les plans, les prospectus et internet. Les plages n'étaient pas ce qui manquait en Californie. Elles avaient contribué à faire connaître universellement cet État, en plus de l'industrie du cinéma. C'était le culte du corps, du soleil, mais aussi du sport. Le roller était né ici, comme le surf, qui était une religion.

J'éliminai d'emblée les plages trop fréquentées qui auraient déplu à Jody. Le front de mer de Venice Beach, avec ses bimbos, ses bodybuilders et ses créatures excentriques en mal de célébrité l'aurait horrifié. La jetée bondée de Santa Monica aussi. Hermosa Beach me parut plus conviviale mais peut-être un peu trop bourgeoise.

Soudain, je vis des photos qui me montrèrent une petite ville côtière plus simple que je l'aurais supposé : Malibu. Je parcourus ses plages. El Matador, Surfride Beach. Je m'arrêtai sur Zuma Beach, son étendue de sable blanc, le bleu éclatant du Pacifique, son spot de surf. C'était là que nous irions. Lorsque je remontai, je vis que Jody finissait de s'habiller. Il rejeta en arrière ses mèches mouillées et me sourit.

— J'ai trouvé, annonçai-je, triomphant. On va à Zuma Beach, à une heure d'ici. À Malibu.

— C'est cool, approuva-t-il. Merci, Len. Tu es vraiment un héros. Le mien.

— Et ton héros t'emmène à la mer, comme promis.

— Ouais.

Nous prîmes le petit-déjeuner puis je réglai la note. J'enfournai nos affaires dans la Dodge Charger et nous partîmes. C'était comme si le voyage reprenait, se poursuivait, et je me sentais mieux. Jody aussi, puisqu'il fredonnait avec la radio.

Son idée d'aller à la plage était excellente. Elle nous apaisait, nous donnerait l'illusion que nous n'avions pas encore atteint notre but. D'ailleurs, si nous le voulions, nous pouvions continuer notre périple. Quelques heures. Une journée. Une semaine. Nous deux et personne d'autre. 40 miles pour l'instant. Peut-être plus.

Je devais cependant faire intégrer à Jody le fait qu'Ashley n'était pas un danger, parce que nous aurions besoin de lui à un moment ou à un autre. Ashley était un inconnu pour lui, pas pour moi. Jody devait l'assimiler et lui faire confiance, ce qui était différent d'un psy ou d'un substitut de père. Ni lui ni moi n'en avions eu et cette figure paternelle ne nous parlait pas. Est-ce qu'il y avait un manque ? Sûrement. Un autre homme qu'un père, quelqu'un de bien, aurait pu faire l'affaire. Mais je n'avais eu en exemple que les connards que ma mère accueillait dans son lit et Jody, lui, n'avait eu que l'image d'un routier toujours absent. Maintenant, il était trop tard. Mais Ashley pouvait nous aider à bâtir une vie, quand nous déciderions que le voyage s'achevait.

J'ai  conduit jusqu'à toiWhere stories live. Discover now