Chapitre 14 : Le Bourreau des Coeurs

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Mikhaïl se gara devant chez Silvia, préoccupé.

C'était bien beau de jouer aux seigneurs sûrs de lui et bourreau des cœurs, mais c'était loin d'être la vérité. Hier, il avait imposé sa décision. Néanmoins, il avait cru avoir droit à un temps de préparation psychologique. Au lieu de quoi, l'elfe avait décrété que son jour de ressourcement serait aujourd'hui même. Il avait reçu un message ce matin, qui l'avait mis dans tous ses états.

Maintenant, il se demandait bien ce qui allait se passer. Il avait remarqué son manque d'enthousiasme lorsqu'il lui avait parlé de sa récompense. Elle cherchait probablement à se débarrasser de cette corvée maintenant, histoire de ne plus en entendre parler.

Il poussa un soupir en appuyant son front contre le volant. C'était déjà un désastre.

-Majesté ?

Silvia toqua à la fenêtre côté passager, avec un sourire angélique. Hum.

-Tu peux éviter de m'appeler Majesté, s'il te plaît ? Grogna-t-il.

-Maître ?

-Non plus.

-Seigneur ?

-Par tous les dieux, monte dans cette voiture !

-Olala, quel caractère, de bon matin !

Elle grimpa dans la voiture, lui donnant un aperçu de ce qu'elle portait. Un haut de maillot de bain rose, une jupe et des tongs. D'accord. La journée risquait d'être longue s'il voulait continuer à se maîtriser.

-Bon. Tu veux aller où, exactement ?

-Tu vois Sollies-Toucas ?

-Mmh... Oui.

-On va là-bas. Dans les collines. Je t'indiquerais la route.

Le trajet leur prit une trentaine de minutes. Elle l'emmena dans une forêt clairsemée, loin de la civilisation. Quand, enfin, ils sortirent de la voiture, seul le chant des oiseaux était audible. Il leva le visage vers le soleil, avec un sourire. Sous l'eau ou en ville, il entendait rarement ce son. C'était agréable.

-Mikhaïl ? Tu viens ?

Il ne se fit pas prier. En retrait, il observa son dos, la fine lanière de son maillot de bain. Des centaines de pensées traversèrent son esprit, toutes plus indécentes les unes que les autres. Non. Il devait réfléchir à autre chose qu'à la douceur de sa peau sous ses doigts, la souplesse de ses cuisses, la tendresse de ses lèvres lorsqu'il l'embrassait.

Peut-être était-il vieux jeu, mais il y avait certaines règles à respecter. Séduire une femme dans l'entreprise, hors de question. Dans une forêt ? Non plus. Il voulait un cadre plus romantique, plus...

Bon, d'accord.

Ils venaient de s'arrêter dans une clairière en haut de la colline, où une petite rivière chantait. Des fleurs tapissaient le sol, le ciel et les collines boisées étaient leurs voisines. C'était tout de même sacrément romantique, comme décors.

-C'est ici que je viens à chaque fois, fit-elle en posant son sac sur l'herbe, non loin de l'eau. L'idéal pour une elfe en manque de nature.

-Tes pouvoirs te reviennent, de cette façon ? Demanda-t-il en venant s'asseoir au milieu des pâquerettes.

-Ils sont renforcés, tout du moins. Je ne suis jamais allé jusqu'à me couper totalement de mes racines.

Une bonne chose, songea-t-il en examinant la clairière. Il avait vu trop de fois des elfes devenus fous par la perte de leurs pouvoirs. Pendant les guerres en Enfers, la nature viciée de ce plan avait accéléré le processus, les prenant au dépourvu.

Katharos, Costumes en Tous GenresLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant