Acte 1 - Scène 6 : Avez-vous pensé à vous marier ?

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Lady Susan et Reginald de Courcy


Reginald - Je suis terriblement désolé de ce qui vous arrive, Lady Susan. Quelle tragédie !

Susan - C'est une situation très inconfortable oui.

Reginald - Je n'ose pas imaginer l'effroi que vous devez ressentir en tant que mère en apprenant la disparition de votre fille.

Susan - Malheureusement, ce n'est pas la première frasque de Frederica.

Reginald - Vraiment ? Votre fille serait-elle du genre ... difficile ?

Susan - Je le crains fort. J'ai tout tenté avec elle mais rien ne semble dompter son caractère. Depuis le décès tragique de son père, elle est intenable. Je l'ai même prise avec moi chez les Manwaring alors que mes nerfs avaient tant besoin de calme et de repos. J'ai sacrifié ma santé pour lui apporter réconfort et soutien dans cette épreuve terrible. Croyez-vous qu'elle aurait eu une once de gratitude envers moi ? Que nenni. J'ai dû me résoudre à la placer dans ce pensionnat à Londres. Je me suis dit qu'un peu de rigidité lui ferait le plus grand bien.

Reginald - Vous avez certainement eu raison. Je n'ai pas d'enfant mais je suppose que quand on ne peut plus agir soi-même, faire appel à un tiers est une bonne solution.

Susan - Regardez le résultat ! Elle s'est envolée. Enfuie ! Elle va jeter le déshonneur sur notre famille et plus personne ne voudra l'épouser !

Reginald - Allons, allons, je suis certain que Charles va nous la ramener.

Susan - Je l'espère de tout cœur. Ma fille. Ma propre fille. Me poignarder dans le dos de la sorte !

Reginald - C'est sûrement une bêtise de jeunesse. Je suis sûr qu'elle ne pense pas à mal.

Susan - Savez-vous qu'elle a refusé de la demande en mariage que l'un des plus beaux partis d'Angleterre lui a faite ?

Reginald - Ah oui ?

Susan - C'est un homme délicieux. Il est très amoureux d'elle, et riche qui plus est. Mais elle l'a rejeté violemment, prétextant ne jamais vouloir se marier de sa vie. C'est honteux d'agir ainsi, surtout après tous les efforts que j'ai dû faire pour les rapprocher l'un de l'autre.

Reginald - Peut-être est-elle trop jeune ?

Susan - A 16 ans, on est tout à fait en âge de comprendre qu'un beau mariage peut mettre sa famille à l'abri du besoin, surtout quand sa mère est veuve et sans le sous. Que vais-je devenir si ma fille ne trouve point d'époux ?

Reginald - Vous pourrez toujours venir vous installer ici. Charles sera ravi de vous accueillir.

Susan - Je n'en doute pas. Toutefois, j'aimerais quand même voir ma fille au bras d'un homme.

Reginald - Il me vient une idée. Dites-moi si je me trompe mais un remariage ne serait-il pas la solution à tous vos problèmes ? Qu'en pensez-vous ?

Susan - Mais enfin Reginald, nous nous connaissons depuis 10 minutes seulement !

Reginald - Plait-il ?

Susan - Personne ne vous a dit qu'avant de demander une dame en mariage, il est de bon ton de la courtiser, au moins pendant quelques semaines ?

Reginald - Si bien-sûr. Je sais bien tout cela. Pourquoi me le rappelez-vous ?

Susan - Mais parce que vous venez de me demander en mariage !

Reginald - Grand dieu non ! Me suis-je si mal exprimé ?

Susan - On aurait bien dit une demande oui. Maladroite, certes, mais demande quand même.

Reginald - Non, non. Ce n'était pas une demande.

Susan - Êtes-vous sûr ?

Reginald - Ma foi.

Susan - Vous n'y reviendrez pas ?

Reginald - Je ne pense pas ...

Susan - Dommage ...

Reginald - Pardonnez-moi pour cette confusion. Je reformule mon propos : je souhaiterais savoir si le fait de vous remarier, avec un homme, mais pas forcément moi en particulier, vous serait bénéfique.

Susan - Me remarier ? Moi ? Je n'y avais encore jamais songé ...

Reginald - Ah oui ?

Susan - À mon âge tout de même !

Reginald - Vous avez encore beaucoup de charme.

Susan - Vous me flattez. Mais je ne suis plus de la première fraîcheur, il faut se l'avouer.

Reginald - Personnellement, je vous trouve resplendissante.

Susan - Ce sont vos yeux de jeune premier qui parlent. Je vous assure qu'aucun homme ne voudrait de moi.

Reginald - Et je vous soutiens le contraire. Vous êtes tellement modeste, et d'un caractère si dévoué. Comment un homme pourrait-il refuser de vous épouser ?

Susan - Non je vous assure. L'idée me met mal à l'aise. Le décès de mon époux est encore tellement présent dans mon esprit ...

Reginald - C'est vrai que je précipite un peu les choses. Vous devez d'abord vous reposer avant de penser à tout cela.

Susan - Mais ça ne nous empêche pas de discuter de votre situation à vous. Avez-vous pensé à vous marier, mon cher Reginald ?

Reginald - Moi ? Diable, comment en sommes-nous venus à parler de cela ?

Susan - C'est vous qui avez lancé le sujet !

Reginald - Je ne me doutais pas que j'allais me faire prendre à mon propre jeu.

Susan - Peut-être avez-vous une jeune femme en tête ?

Reginald - Hélas non, au grand dam de mes parents. Ils souhaitent tellement me voir installé. Mais la perspective de m'enfermer dans les conventions du mariage ne m'a jamais tenté. Je préfère le jeu et les parties de chasse. Toutefois, j'ai comme l'impression qu'il en faudrait peu pour faire basculer mon cœur.

Susan - Je suis certaine que les prétendantes se bousculent à votre porte.

Reginald - Les jeunes filles de bonnes familles qu'on me présente ne m'intéressent pas.

Susan - Vraiment ? Que recherchez-vous alors ?

Reginald - J'aimerais une femme plus exotique. Dévouée mais avec du caractère.

Susan - Et bien, je vous souhaite de trouver cette perle rare un jour !

Reginald - Peut-être l'ai-je déjà trouvée, qui sait ? Le destin nous réserve parfois de drôles de surprises ...

Susan - A qui le dites-vous ?!

Reginald - Pardonnez-moi mais je vais devoir me retirer. Il faut que je prévienne les hommes de Charles que la partie de chasse de cet après-midi est annulée.

Susan - Je m'en veux de vous imposer cela. Je me sens coupable de vous priver de cette activité que vous appréciez tant.

Reginald - Ne vous inquiétez pas. La vie de votre fille est bien plus importante qu'une simple balade à cheval.

Susan - Je vous remercie de faire preuve de tant de compassion à mon égard.

Reginald - C'est tout à fait normal. Nous nous retrouvons au déjeuner, madame.

Susan - Je n'y manquerai pas.


Reginald sort.

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