Chapitre 19. Encore une étape.

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Le moment du départ avait sonné, comme on dit. 226 miles, soit un peu plus de trois heures de route, nous séparaient de la prochaine étape, San Bernardino, en Californie.

Sam, le mec sympathique de l'accueil, nous apprit qu'il allait régulièrement à LA avec des potes. Il connaissait le chemin et il nous prévint que les magasins étaient espacés. Nous prîmes donc de l'eau et d'autres boissons rafraichissantes en quantité suffisante au distributeur.

Il nous conseilla aussi de faire le plein dès que nous le pouvions, parce qu'on ne savait jamais quand nous trouverions une station-essence. Je le remerciai et nous quittâmes son établissement. La Dodge Charger démarra, fila le long des cactus.

Même si le panorama sur le désert était époustouflant, mon cœur se serrait à chaque mile parcouru. Mais je ne dis rien, pour ne pas inquiéter Jody, qui fredonnait avec la radio, tout en tapotant sur sa cuisse.

Près de la frontière avec la Californie, à Primm, je vis que la police était très présente pour effectuer des contrôles. Mon stress se mua en peur, alors que je ne dépassais pas la vitesse autorisée. C'était plus fort que moi, il demeurait des vestiges de mon conditionnement, une méfiance à l'égard de tout ce qui avait un rapport avec la justice. Je pensais que je garderais ça à vie, avec plus ou moins d'angoisse, selon les situations.

J'entrai en Californie et les panneaux de l'autoroute indiquant la direction de Los Angeles me prirent aux tripes. Je ne pouvais plus nier que j'étais désormais très proche d'Ashley, de mon but, de la vérité à son propos, à notre propos. Merde. Je n'avais jamais été aussi mal depuis le début de mon voyage.

À San Bernardino, je me retrouvai sur l'ancienne et mythique route 66. J'avisai le premier motel venu et le sort me désigna un Motel 5, un de plus, bleu et blanc comme tous les autres. Il y avait des palmiers sur le parking et tout autour de la piscine. Je pris un lit double, King size, et l'employé ne sourcilla pas plus que les précédents.

Nous montâmes nos sacs jusqu'à la chambre, où Jody constata que la fenêtre donnait sur la piscine. Il hocha la tête d'un air satisfait et entreprit d'installer Albert et Angus entre les oreillers.

— Ça te dit, qu'on profite de la piscine jusqu'à ce soir ? proposai-je.

— Ouais ! Cette fois, tu vas pouvoir te baigner ?

— Je pense. Je vais enlever les pansements, aller acheter une crème solaire à la supérette d'en face pour protéger les cicatrices et ce sera bon.

Mes plaies étaient belles et nettes. Aucune rougeur, donc aucun signe d'infection. Je badigeonnai les blessures avec l'écran anti UV et je suivis Jody dans l'eau. Évidemment, il appréciait davantage quand j'en profitais avec lui. Moi, ça m'évitait de réfléchir à certaines choses trop vite, trop tôt. Il y avait le rire de Jody, l'apprentissage de la natation, l'odeur du chlore et du soleil infiniment pur. Une pause, une parenthèse.

Le soir, nous allâmes avec la Dodge passer en revue les restaurants dans un rayon de deux ou trois miles. Il y avait beaucoup d'établissements qui servaient des plats mexicains. Alors nous en choisîmes un. C'était parti pour les tacos et les burritos.

Quand nous revînmes à la chambre, je sus que le moment était arrivé et qu'un homme digne de ce nom ne pouvait pas se défiler. Je fis asseoir Jody et je m'installai contre lui en le regardant droit dans les yeux.

— C'est la dernière étape avant LA, Jody, commençai-je. C'est important de faire face à ce constat.

— C'est la dernière étape avant Ashley, précisa mon compagnon de route avec une expression sérieuse.

J'ai  conduit jusqu'à toiLisez cette histoire GRATUITEMENT !