Chapitre 18. Dernière virée à Vegas.

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Cette nuit-là, nous étions trop fatigués pour faire autre chose que dormir. J'avais mal aux pieds, j'avais vu trop de choses, mais qu'est-ce que j'étais bien, contre Jody. Je sentais sa chaleur, l'odeur de sa peau et celle du soleil, qui ne quittait jamais Vegas, même lors des heures nocturnes.

— Len ?

— Ouais ?

— Maintenant qu'on dort dans le même lit, tu vas être gêné si je pisse, souffla-t-il.

— Jody, ne flippe pas. Tu as passé une bonne journée, non ? Milo a eu de chouettes paroles, alors il n'y a pas de raisons que ça arrive, le rassurai-je.

— Et si j'ai quand même un accident ? Si je rêve de... des clients ? Tu feras quoi ? insista-t-il.

— Ça ne me tuera pas. Je t'interdis de t'angoisser pour ça, ok ? On lavera et c'est tout. C'est tout, Jody. On l'a déjà fait. Ce n'est pas grand-chose par rapport à ce qui nous lie, ajoutai-je en lui frottant le dos. Ça finira par effacer toute cette merde...

— Ok, fit-il, sur un ton plus serein. Merci, Len...

La suite fut happée par le sommeil. Je me réveillai dans la même position, avec la sensation de m'être reposé profondément. La chambre était baignée par la lumière qui passait sous le rideau. J'étais toujours contre Jody, qui ronflait doucement. Je restai ainsi, à savourer cette proximité, sans réfléchir, jusqu'à ce qu'il s'éveille à son tour.

Il se retourna vers moi et ses traits encore brouillés par le sommeil, sous les mèches teintes, me parurent irrésistibles. Il me sourit et je passai un doigt le long de son nez un peu fort, mais qui allait si bien avec le reste de son visage, ses lèvres, ses joues, ses yeux si bleus et si mobiles.

— À la douche, pour qu'on rejoigne ensuite Milo et qu'on profite de ce dernier jour ici ! exigeai-je.

En plein jour, Las Vegas était une ville complètement différente. Et pas seulement parce que les lumières ne pouvaient pas briller comme le soleil. Il y avait beaucoup moins de monde sur le strip et la chaleur étouffante faisait trembloter l'air au-dessus des trottoirs.

Nous avions pris un solide petit-déjeuner avant de nous mettre en route et nous attendions comme prévu Milo devant le Caesar's palace.

Un jeune homme, fin et longiligne, s'avança et se planta devant nous. Il portait des Ray Ban sous des cheveux bruns courts, avec une mèche savamment relevée. Son t-shirt vert pâle proclamait qu'il était merveilleux mais que le monde ne le savait pas encore. Il avait un jean slim blanc et des baskets turquoise plutôt voyantes.

Jody ne bronchait pas plus que moi. L'autre éclata de rire et ôta ses lunettes de soleil. Les traits délicats et les yeux noisette ne m'étaient pas inconnus. Je tressaillis quand ça fit « tilt » dans ma tête.

— Hey ! s'exclama-t-il. Len, Jody, c'est moi, Milo !

— Milo, merde alors, lâcha Jody, stupéfait.

— Je viens de percuter que c'était toi, ajoutai-je.

— C'est mon moi du jour ! s'écria Milo en écartant les bras avec un geste théâtral.

— Sans perruque, sans robe et sans maquillage, tu n'es plus du tout la même personne. On te reconnaît difficilement, constata Jody.

— Chéri, je ne sors jamais sans un peu de maquillage, répliqua Milo avec un sourire. Mais il est plus discret en journée. Gloss transparent, un soupçon de mascara, énonça-t-il. Une mise en valeur toute simple.

J'ai  conduit jusqu'à toiWhere stories live. Discover now