La chimère

Depuis le début

— Pour combien de temps ? grommela l'homme crasseux en guise de réponse.

— Je ne sais pas encore, confia-t-elle en passant sa main sur le morceau de comptoir devant elle afin d'en retirer la saleté.

Le patron de « La chimère » ne dit rien, il s'écarta et s'en fut un peu plus loin récupérer une clef accrochée parmi d'autres sur un tableau. Il lui tendit l'objet et annonça le numéro de la chambre avant de lui indiquer les escaliers sur la droite. Aitsuki le remercia puis monta à l'étage. Elle n'eut aucun mal à trouver la bonne porte, toutes étant numérotées, et entra dans sa chambre. Il y faisait très sombre si bien qu'elle crut que la fenêtre était occultée. Elle eut en partie raison puisqu'elle constata qu'une couche de crasse conséquente recouvrait les vitres. Ecœurée par si peu de propreté, elle jeta un regard circulaire au reste de la pièce et constata que tout était aussi peu rutilant. L'adolescente n'aimait pas faire le ménage mais là cela dépassait son entendement. Elle ne sut dire ce qui fut le pire : croiser un rat en allant dans la salle de bains attenante ou les draps jaunes gris dans lesquels elle était censée dormir.

C'en fut trop, certes l'auberge était très peu chère mais Aitsuki voulait un minimum de décence, pas de confort non, de la salubrité. Elle ôta les draps du lit et les descendit au barman en lui demandant s'il en avait d'autres.

— J'ai l'air d'avoir des draps propres ? Tu as vu où tu es gamine ?

Il n'avait pas tort, tout n'était que poussière et saleté, à se demander comment il était possible que l'endroit ait des clients.

— Est-ce que je pourrais au moins aller dans la buanderie m'en occuper ?

— Si tu veux, mais je n'ai pas de savon, c'est derrière à droite après la cuisine, indiqua le vieil homme alors qu'il désignait une petite porte derrière le comptoir qu'il ouvrit pour la laisser passer.

Aitsuki le remercia et elle s'y dirigea. Elle ferma les yeux en traversant la cuisine et se promit de ne rien manger qui proviendrait de cet endroit. La buanderie était un petit local étonnamment propre, il n'y avait que de la poussière, pas de crasse. C'était dire si elle servait souvent. L'adolescente secoua un baquet, y plaça ses draps puis y versa un peu d'eau avant de remonter dans sa chambre chercher du savon. C'était un produit corporel, mais ce serait mieux que rien. Elle frotta pendant plus de deux heures son linge avant de le rincer. L'eau était une denrée rare à Théa, mais Aitsuki ne pouvait pas être chiche, l'eau de lavage était tellement noire... Elle étendit le tout sur les fils qui traversaient la pièce de part en part puis observa le résultat d'un air satisfait. Ils étaient à nouveau blancs et bientôt ils seraient secs. Elle ne pouvait pas ouvrir la fenêtre à cause de la tempête, mais il faisait assez chaud dans la petite pièce. Par conséquent, Aitsuki espérait bien avoir des draps à peine humides, voire secs, dans quelques heures.

Elle revint dans la salle principale et constata qu'il y avait à présent des clients éparpillés dans tout le bar. Elle déglutit, ils semblaient tous plus louches les uns que les autres. Peu rassurée, elle voulut remonter dans sa chambre, mais pour cela il lui fallut passer devant le comptoir et un homme qui y était accoudé l'intercepta. Il lui saisit le bras tout en apostrophant le barman qui s'affairait discrètement avec un autre client.

— Hey Rufus ! Tu t'es enfin décidé à nous fournir de la compagnie ? T'es mignonne toi, ajouta-t-il à l'attention d'Aitsuki qui essayait de se dégager. Tu prends combien ?

— Lâche-la ! aboya le dénommé Rufus en boitillant jusqu'à eux. Je ne fais pas dans la prostitution, c'est illégal !

Il avait crié ces derniers mots pour être certain que tout le monde l'entende, la prostitution était vivement réprimée à Théa, le proxénétisme encore plus. Le conseil de la cité, exclusivement composé de femmes, était très ferme à ce sujet. Il valait donc mieux clamer haut et fort son attachement aux bonnes mœurs. Le client ricana, mais lâcha Aitsuki qui s'écarta vivement et courut s'enfermer dans sa chambre. Une fois la clef tournée deux fois dans la serrure, l'adolescente glissa à terre et sanglota. Elle resta prostrée de longues heures et ne quitta les lieux que lorsque le soir fut tombé. Elle sortit doucement, aux aguets, et descendit chercher ses draps. Elle croisa un homme qui empestait la fumée et souriait largement, nageant dans une douce euphorie. Il la salua bien bas et embrassa une marche avant de reprendre sa montée, toujours aussi heureux. La surprise se mêla au dégoût dans l'esprit de la jeune femme qui ne sut quoi penser de cette rencontre. Le bar était à présent plein, Aitsuki hésita à remonter, mais le barman lui fit signe et elle se fraya un chemin jusqu'au comptoir qu'il ouvrit pour elle.

NoxLisez cette histoire GRATUITEMENT !