Chapitre 11 : Humeur et Météo

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Dans le bureau du directeur, chaque chose était à sa place : les dossiers dans les armoires, l'ordinateur portable soigneusement posé sur la table en chêne massif, les fauteuils Chesterfield disposés de façon à favoriser la conversation les clients. Une baie vitrée donnait sur la mer. C'était parfait.

Mais je m'en tapais le coquillard avec une plume d'oie.

-Pourquoi ne m'avoir rien dit !? explosai-je, une fois seule avec Maec.

Rhabillé après sa petite séance de strip-tease, il était indéniablement d'une classe folle dans son costume noire. Mais comme tout le reste, je n'en avais strictement rien à faire, là, maintenant, tout de suite !

-Comment aurais-je pu l'introduire dans la conversation ?

-Je ne sais pas, moi ! En disant, par exemple : « ha, au fait, je m'appelle Maec Katharos, et je suis ton boss » !

Les mains posées sur le dossier d'un des fauteuils, il poussa un profond soupir. Il avait l'air épuisé. Moi, j'étais survoltée. Comment avait-il osé me cacher une chose si importante !? Et en plus, me le révéler devant toute l'entreprise !? Cette espèce de rustre, ce sale petit, maudit...

-Écoute, Kanna, je te connaissais avant de te voir dans ce bar, c'est indéniable. Tu travailles ici depuis deux ans, comment diable aurais-je pu ne pas te remarquer ?

Le rouge me monta aux joues face à son regard bleu pale, mais je chassais aussitôt ce compliment à peine déguisé.

-Ce n'est pas la question ! Je ne te cache rien, moi ! Alors pourquoi ne pas avoir pris la peine de me parler ?

-Parce que j'avais peur de te perdre ! Je commence à bien te connaître, Kanna, et te dire ma fonction risquait bien de t'éloigner de moi !

-Comment oses-tu dire une chose pareille !?

-C'est exactement ce qui est en train de se passer !

Cette fois-ci, je sentis une flambée monter dans mes pieds. Le tapis prenait feu. Furieuse, je piétinais en tentant d'enrayer le brasier, ce qui n'eut pour effet de l'aggraver. Évidemment, Maec intervint. Il me souleva pour me mettre sur le carrelage froid, avant de verser une bouteille d'eau sur les flammes. Tout cela de façon imperturbable. Comme si il avait toujours géré mes moments de combustion spontanée. Raah, il m'énervait !

-Le problème est que tu m'as menti, Maec ! Notre relation n'est qu'un vulgaire mensonge, et je passe maintenant pour la catin de service qui s'envoie en l'air sur son bureau avec le patron !

-Je voulais t'éviter d'être renvoyée !

-C'est réussis ! Je démissionne !

Sur quoi je tournais les talons, furieuse.

-Kanna ! S'exclama-t-il en m'attrapant par le poignet.

-Non ! Laisse-moi tranquille !

M'arrachant à sa poigne, je sortis du bureau telle une furie. Évidemment, il donnait directement sur mon service. Ma chef chercha à me parler, mais mon regard meurtrier suffit à la faire reculer. Nul ne tenta de plus de me retenir.

A l'extérieur, je rencontrais une pluie battante. Pourtant, il faisait beau à mon arrivée.

Maec, songeai-je en jetant un coup d'œil belliqueux à la façade de Katharos, Costumes en Tous Genres. Pourquoi diable fallait-il que son humeur se reflète dans le temps, hein ?

*

Les éclairs déchirèrent le ciel, faisant sursauter les membres de l'atelier. Mikhaïl se dirigea vers les grandes fenêtres, à l'instar de ses collègues. Oh bon sang... Le temps c'était dégradé en un clin d'œil, signe manifeste d'un Sylphe démoralisé ou en colère. Il ne savait pas de quel versant il s'agissait, mais mieux valait appeler tout de suite.

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