Des lettres encore et la guerre qui n'en finit pas

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20 juillet 1915

Mon cher mari bien aimé,

Je comprends que lorsque tu me parles de vélos, de képis ou de fusils de reste, c'est que tes camarades sont morts. Comment peut-on rester couvert de sang et puant le macchabée sans pouvoir se laver. J'attends tes lettres mais quand je les ouvre j'arrive à peine à les lire de peur qu'elles ne me laissent des images horribles dans la tête ou même le pressentiment que tu es déjà blessé ou pire encore.

Les moissons sont rentrées, moins belles que celles dont tu me parles pillées et détruites par la faute des allemands. Il a fait trop chaud et beaucoup de grains sont échaudés.

Je n'ai plus beaucoup de lait et ma mère pense qu'il faudra acheter une vache pour que Jeanne ne risque pas de manquer. Mes sœurs et mon frère nous aideront pouir l'argent.

Elisabeth est allée avec ses patrons au bord de la mer à Wimereux et à Boulogne pour voir la procession. Elle a entendu sauté un bateau norvégien mais à part ça elle nous raconte un peu la vie qui continue comme s'il n'y avait pas la guerre, même si elle entendait le canon au loin et a vu des zeppelin.

Je n'ai pas beaucoup de courage pour écrire. Ta femme Joséphine qui t'embrasse tendrement.

20 aout 1915

On a appris le décès d'Henri François Guméry dans la somme, il venait juste d'être appelé et il est mort. Sa mère avait déjà perdu son époux l'année dernière, c'était son petit dernier, il avait 20 ans de moins que son aîné. Pour La Bathie, cela fait déjà plus de 20 morts en un an de guerre.

Mon grand oncle Pierre, celui qui est notre tuteur depuis la mort de mon père, a mal supporté l'été ; il va sur ses 76 ans et avec son fils et son petit fils à la guerre et un autre petit fils qui sera appelé l'an prochain, il est bien triste et bien inquiet. Comme il dit, heureusement que leur mère n'est plus là pour voir cette désolation. Il y a bien Eugène, son aîné avec lui, mais comme tu le sais, il n'a pas toute sa tête.

On a maintenant acheté une vache et ma mère la fait paître le long des chemins ou au char de la raclaz où on possède des broussailles. Parfois, c'est mon tour et je lui laisse Jeanne. J'aime bien ces promenades et voir d'en haut les toits du village et les champs comme une mosaïque. Tout est si calme, on entend les bruits du bourg comme s'ils venaient de très loin.

1er octobre 1915

Mon cher Mari. Deux mots seulement car il est tard pour le train, je viens de vendanger et j'ai les mains gelés. Je suis sans nouvelles depuis une 8aine seul hier ta lettre du 21 tu mes dit de ne pas me faire de bile je fais mon possible mais les jour son long et je ne voie plus clair est il est tare je te quite fait comme tu pouras pour lire je t'embrasse de tout cœur Joséphine.

20 octobre 1915

Mon cher mari,

Il y aura un mariage à La Bâthie ce samedi, le premier cette année, celui d'Alexandre Busillet avec Franceline Mercier Coutaz. Il a cinquante deux ans et elle en a vingt-huit mais ils ont déjà un enfant né en 1913. J'ai appris que les soldats du front pouvaient se marier par procuration aussi, sans être présent. Cette guerre change tout.

C'est tout juste si j'ai eu le temps de me réjouir de ton évacuation et de ton séjour au dépôt des éclopés de Vitry-le- François, cela t'a fait dix jours de repos même si tu as trouvé les conditions bien mauvaises.

Tu es de nouveau en route pour rejoindre ton groupe dans les Vosges, j'espère que ma lettre te parviendra avec pas trop de retard.

J'aimerais te faire des lettres plus longues comme les tiennes mais ici la vie est bien misérable et je n'arrive pas à parler de victoire.

Je te laisse pour ne pas râter le train et je t'embrasse de tout coeur.

20 novembre 1915

Mon cher mari,

Tu me demandes mon avis pour le choix de ton bataillon d'affectation après la dissolution de votre groupe de chasseurs cyclistes. Je ne sais que te dire car il me semble encore plus dangereux d'être chasseur à pied dont l'armée a besoin. Si seulement ton entrée dans ta sixième année de service depuis tes années d'engagé volontaire pouvait être prise en compte pour que tu sois libéré, ou bien si tu pouvais rester dans un poste plus calme comme celui où tu étais ces derniers temps à retaper des maisons pour loger les troupes à l'arrière.

Tout le monde ici te souhaite de demeurer en bonne santé et espère ta permission qui devrait venir bientôt.

Ta femme Joséphine qui t'embrasse tendrement

  le 22 décembre 2015. Mon cher Mari bien aimé. J'ai ta lettre du 17 qui me fait plaisir de savoir que tu as mon colis car j'espère que tu recevra bien les lettres après car je n'est guère manqué de tecrire depuis, mais javais écrie aussi auparavent c'est donc quelles ont été égarée surtout que ladresse nétait pas bien compléte, hier nous avons un vrai soleil d'été est ce matin grande surprise le pays tout couvert de neige est sa tombe toujours , hier j'avait justement lintention en allan au bois de raporté un petit sapin pour larbre de noél de Jeanne mais avec la neige. Je te quitte jusqua demain reçois de nous tous nau meilleur affecitons. Joséphine »

Célestin n'a pas passé les fêtes à La Bâthie mais il y est venu en janvier 1916. Sa dernière lettre date du 8 février 1916 alors qu'il était reparti pour le front.

8 février 1916 : au repos pour 48 heures. Bien chère petite femme et fillette aimées. Je vous écrit ce matin nous avons fait une bonne nuit de repos je me sui levé a 8 heures et aprésent je vient de mangé la soupe, mais cet après midi nous allons encore passé a l'aiguille a tricoté, c'est-à-dire a la vaccination c'est malheureux, j'ai demandé une perme et je suis obligé avec la perme dans la poche de resté couché et malade comme une vache. Ils ne savent plus comment faire pour esceinté les hommes sa fait passablement souffrir et on ne peut pas ce servir du bras pendant 2 jours et une fièvre terrible. Moi qui voulais allé voir mon conscrit au plateau de Masceville près de Nancy ; me voila encore empêché et quante je serais guérie il faudra retourné faire leurs putins de tranchées. Enfin ce soir a la place dallé en promenade je vais me payé un bon litre de vin et je coucherais dessus sa me feras passé la nuit un peu plus en paix car c'est une douleur qui tu ne peu pas croire. A part sa tout vat pour le mieux et j'espère que vous êtent toutes de même je ne sais pas si Marie a recue ma carte ainsi que Dosité et Théodore je n'est pas de réponse j'attends de finir ma lettre que le vagmestre soit passé. Je n'aurrais pas besoin de mon caleçon car je viens dans touché un ainsi qu'une paire de bande. Je n'est pas de tes nouvelles encore aujourdhuis mais sa ne fait que 2 jours sans nouvelles jai une lettre de Dosité qui me dit que sa vat mieux et qu'il na pas vut personne de la Bathie depuis mon départ. Je te quitte espérant avoir de tes nouvelles demain. Reçois de ton mari ces meilleurs baisers et carresse C. Maréchal A demain

Il n'y aura plus de lettre après ce "à demain".


De Joséphine à CélestinLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant