Acte 1 - Scène 4 : Y aurait-il quelque chose de louche là-dedans ?

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Catherine Vernon et Reginald de Courcy


Catherine - « Vous êtes un phare dans le brouillard qui m'entoure. » Que ne faut-il pas entendre !

Reginald – Quelle femme éblouissante !

Catherine - C'est le moins que l'on puisse dire. Elle n'a pas l'avantage des années mais on ne peut pas lui reprocher son manque de finesse.

Reginald - Je n'avais encore jamais rien vu de tel. N'est-elle pas délicieuse ?

Catherine - Elle l'est, c'est certain.

Reginald - Je ne vous sens pas totalement convaincue ...

Catherine - Oh si, c'est une femme très ... bien.

Reginald - Vraiment ? C'est que vous pensez ?

Catherine - Bien-sûr. Je dis toujours ce que je pense.

Reginald - Non, vous mentez.

Catherine - Qu'est-ce qui vous fait dire cela ?

Reginald - Je vous connais. Je suis votre frère. Et je sais que vous ne portez pas Lady Susan dans votre cœur.

Catherine - Balivernes !

Reginald - Avouez ! Vous ne l'aimez pas. Ça se voit.

Catherine - Je dirais plutôt que j'émets quelques réserves à son sujet.

Reginald - J'en étais sûr ! Pourquoi donc ? Elle m'a parue très bien à moi.

Catherine – Justement. Elle parait un peu trop bien. C'est étrange, j'ai l'impression que quelque chose cloche.

Reginald - Ne serait-ce pas plutôt le souvenir d'une vieille querelle qui refait surface ?

Catherine - ... Non, je ne pense pas. (...) Non, je suis assez grande pour savoir faire la part des choses. Et puis Susan est veuve à présent, je suppose que cette épreuve l'a transformée. (...) Bon d'accord, ses agissements lors de mon mariage me restent en travers de la gorge.

Reginald - Je le savais ! Vous n'avez toujours pas digéré cette histoire.

Catherine - Et bien non. Moi, quand on essaie de me traîner dans la boue, ça me courrouce.

Reginald - Mais ça fait plus de dix ans.

Catherine - Et alors ? Je vous rappelle qu'à l'époque, elle a fait des pieds et des mains que pour je n'épouse pas Charles.

Reginald - Oui, mais ça fait plus de dix ans.

Catherine - Oui, mais ça me courrouce. Vous aurez aussi remarqué qu'en tout ce temps, elle n'a pas daigné nous rendre visite. Pas une seule fois. Pourquoi aujourd'hui alors ? Je me le demande bien.

Reginald - Peut-être s'est-elle rendu compte qu'elle a besoin du soutien de sa famille.

Catherine – Alors vous aussi, vous allez me sortir cette excuse ? Je vous répondrais comme à Charles qu'on ne laisse pas sa fille dans un pensionnat à Londres pour venir trouver du réconfort auprès d'une belle-sœur qu'on ne connaît même pas. C'est insensé.

Reginald - Pourtant, elle connaît bien Charles.

Catherine - Parce que vous pensez vraiment que c'est mon mari qu'elle vient voir ?

Reginald - On ne sait jamais.

Catherine - Moi je vous dis que cette histoire est louche. Il se trame quelque chose.

Reginald - Ne montez pas tout de suite sur vos grands chevaux. Laissez-lui au moins une chance.

Catherine – Une chance de quoi ? De tous nous manipuler ? Je vous trouve bien magnanime tout d'un coup. N'est-ce pas vous qui avez fait le portrait d'une femme monstrueuse tout à l'heure, sur les dires d'un de vos amis communs ?

Reginald - Oui, c'est vrai. Je me suis fait colporteur de quelques anecdotes. Mais ...

Catherine - Quelques anecdotes ? Une histoire complètement rocambolesque vous voulez dire !

Reginald - Non, mais non. Peut-être Mr. Smith a-t-il déformé la réalité et aggravé la situation. Ce n'est pas une source très fiable. Vous l'avez entendu comme moi : Susan confesse entretenir une très bonne relation avec Lady Manwaring.

Catherine - Entre ce qu'on dit et ce qui est vrai ... il y a parfois un monde !

Reginald - Vous voyez le mal partout. Je serais partisan de lui laisser le bénéfice du doute.

Catherine - Bien. Nous verrons alors. Mais je vous préviens : à la moindre incartade, à la moindre attitude désobligeante, je la fourre dans une voiture et elle retourne à Londres aussi vite qu'elle est arrivée !

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