Chapitre 11. Le parc national.

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Nous laissâmes Denver pour Grand Junction. Nous ne quittions pas le Colorado mais le paysage se modifia à mesure que nous avancions le long des parcs de l'état. La pierre grise des Rocheuses laissa la place à quelque chose de plus aride et de plus ocre.

À l'issue des cinq heures de route, coupées par une pause le midi dans un diner, je pris la bretelle de sortie. Je demandai à Jody de me désigner le motel qui lui plairait le plus. Il me montra du doigt le Palomino Lodge, qui proposait des chambres à moins de cinquante dollars.

L'endroit était pittoresque. Une arche rouge menait à une piscine turquoise et les températures de ce début juin allaient nous permettre d'en profiter. Je demandai bien sûr une chambre donnant sur le bassin.

La petite boutique du motel proposait des maillots de bain. Nous optâmes pour deux boxers en lycra les plus simples possibles et je raflai au passage des prospectus.

Nous montâmes dans la chambre, élégante et propre, fraîche avec ses couleurs, le blanc des murs, le vert et le bleu des dessus de lit. Alors que Jody se déshabillait pour enfiler son boxer de bain, je jetai un œil sur les pubs prises sur le présentoir. Ça me permettait aussi de ne pas trop reluquer Jody à poil. Je voulais profiter de l'eau sans être assailli par des pensées un peu trop précises.

— Jody ?

— Ouais ?

— Ça te dirait qu'on reste ici aussi pendant deux jours ? Il y a des trucs à voir, énonçai-je en agitant mes documents.

— Quoi ? s'enquit-il, l'air vivement intéressé.

— Le motel est à moins de vingt miles du Colorado Monument National, expliquai-je. Apparemment, c'est un parc peu fréquenté, moins connu que le Grand Canyon, et qui nous promet les mêmes merveilles, mais sans la foule. D'après les photos, ça a l'air aussi chouette que Yellowstone. Qu'est-ce que tu en dis ?

— J'en dis que c'est une super idée, approuva Jody avec un grand sourire.

— Alors demain, on visite le Colorado Monument National !

Jody poussa un cri de cowboy et à présent qu'il avait son maillot, je m'autorisai à le contempler. Ça lui allait bien, avec son corps fin, longiligne, et sa peau pâle.

— Len ? fit-il, l'air soudain embarrassé.

— Ouais ?

— Tu vas vraiment penser que je suis nul pour plein de choses. Je... J'ai eu une scolarité un peu problématique... Je ne sais pas nager, dévoila-t-il.

— Et tu crois qu'il sert à quoi, ton héros, hein ? m'exclamai-je. Je t'apprendrai des bases, un de ces jours. En attendant, on va y aller pour se détendre, c'est tout. Ok ?

— Ok. Mais je réalise que c'est bizarre, ajouta-t-il avec un petit rire nerveux. Je sais faire des pipes spéciales et tout un tas de trucs sexuels pas ordinaires, mais je ne sais pas nager.

— Jody, tu as le chic pour sortir de ces remarques ! C'est toi, qui es spécial, déclarai-je doucement. Pas ce que tu as appris ou pas encore appris. Allez, viens.

Je l'entraînai en lui prenant le poignet, que je lâchai une fois dehors. L'eau chauffée était très agréable. Je nageai dans la partie peu profonde de la piscine et Jody imita mes mouvements. Il était plutôt souple et ne se débrouillait pas trop mal. Surtout, il n'avait pas peur de l'eau. Il n'y avait personne d'autre que nous, alors nous nous délassâmes sans contrainte. L'eau miroitait sur nos peaux.

Cette petite séance me permit de plonger dans un profond sommeil, d'où les cris de Jody me tirèrent, alors que le jour était déjà levé. Je me redressai sur un coude, hagard. J'avais du mal à appréhender ce qui se passait. J'avais trop dormi, je fonctionnais au ralenti. Jody se jeta à bas de son lit et se mit à genoux devant le mien. Il tremblait, une expression dévastée peinte sur ses beaux traits.

J'ai  conduit jusqu'à toiWhere stories live. Discover now