Acte 1 - Scène 3 : La coquette la plus achevée d'Angleterre

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Les époux Vernon, Reginald de Courcy et Lady Susan


Susan entre.

Catherine (Bas pour elle-même) - Dieu nous protège ...

Charles - Ma chère, vous voilà enfin. Comme je suis heureux de vous revoir. J'attendais avec tant d'impatience votre visite. Je sens que l'émotion me transporte.

Susan - Je suis également enchantée de pouvoir enfin répondre à votre invitation.

Charles – Laissez-moi vous présenter mon épouse, Lady Catherine Vernon.

Catherine - Susan, c'est un plaisir de vous rencontrer enfin.

Susan - Pour moi également, chère belle-sœur. Je vous remercie chaleureusement de bien vouloir m'offrir l'hospitalité en ces temps si difficiles.

Catherine - Et bien ... Je vous dois avouer que mon mari m'a annoncé seulement tout à l'heure que vous veniez nous voir.

Susan - Vraiment ? Comme c'est étonnant de sa part. Lui qui est toujours prompt à annoncer les bonnes nouvelles.

Catherine - Enfin... Vous êtes là à présent, c'est ce qui compte. Voici mon frère cadet Réginald. Il sera avec nous quelques jours, pour la chasse.

Susan - Votre frère ... (À Réginald) Charles m'a tant parlé de vous. C'est un réel plaisir de mettre enfin un visage sur votre nom. Il paraît que vous êtes un excellent chasseur.

Réginald - Je fais de mon mieux pour me montrer digne de la tradition.

Charles - Bien je vois que tout le monde s'entend à merveille. C'est magnifique. Nous formerons une si belle table au déjeuner.

Catherine (À Susan) - Comment s'est passé votre voyage ?

Susan - Fort bien je dois dire. La route est magnifique pour venir ici.

Charles - Nous avons cette chance oui. Et à cette saison les couleurs de l'automne ne se sont pas encore effacées. C'est un resplendissement.

Susan - La région est bien différente de celle où je me trouvais encore il y a quelques jours.

Catherine - Ah oui ? J'ai cru comprendre que vous résidiez depuis quelques semaines chez quelques-uns de vos bons amis. Votre départ ne les a pas trop attristés ?

Susan - C'était un déchirement de quitter Lady Manwaring. Nous sommes si proches ...

Charles - Votre séjour à Langfort ne se passait pas bien ?

Susan – Oh si bien-sûr. Je me suis d'ailleurs très bien entendue avec Maria, la sœur de Mr. Manwaring et j'ai eu l'occasion de côtoyer une société variée et très active. Malheureusement, j'ai bien senti que ma présence poussait sans cesse mes hôtes à rivaliser d'ingéniosité pour me distraire, tout particulièrement quand la tristesse refaisait surface. Voyez-vous, mon veuvage ne date que de quelques mois ... Or, je ne souhaite pas m'imposer de la sorte auprès de mes chers amis. Je ne suis pas d'une très bonne compagnie. Je sentais bien qu'il était temps de m'effacer.

Charles - Votre séjour parmi nous sera très certainement l'occasion de vous ressourcer un peu. Rien ne vaut la famille !

Reginald - Je suis certain que le grand air va vous faire du bien.

Susan - Je l'espère. Tout le monde m'a vanté les mérites du Churchill. Je me suis dit qu'il était temps de venir le constater par moi-même.

Charles - Vous avez eu parfaitement raison, vous êtes ici chez vous. Vous pouvez rester autant que vous le souhaitez.

Susan (À Catherine) – Ce sera l'occasion pour nous de nous rapprocher un peu. Ca fait des années que j'attends ce moment.

Catherine - Certes, nous allons avoir du temps à passer ensemble.

Susan - J'ai tellement hâte de rencontrer vos enfants. Ils doivent être tout à fait charmants. Et pleins d'éducation.

Catherine - Oui, en effet. Nous accordons une grande attention à leur avenir. Nous avons fait venir les meilleurs précepteurs de Londres tout spécialement.

Susan - Je comprends. L'enseignement est si important de nos jours. Une jeune fille ne peut plus seulement compter sur ses atouts naturels pour trouver un bon mari ...

Reginald - Qu'entendez-vous par là ?

Susan - Disons qu'il fut un temps où la grâce était la seule qualité qu'une femme se devait avoir pour espérer faire un mariage convenable. Aujourd'hui, ce n'est plus pareil.

Catherine - Ah bon ? Que préconisez-vous alors ?

Susan - Pour parfaire une jolie femme, il lui faut apprendre le piano et le chant, pratiquer le dessin et les langues étrangères, lire plus que de raison et savoir placer quelques traits d'humour dans une conversation.

Charles - Je suis sûr que vous regroupez toutes ces qualités, Susan.

Susan - Moi ? Certainement pas. Je n'ai pas eu la chance de pouvoir être instruite. Et j'ai bien peur d'avoir trop négligé l'éducation de ma fille, Frederica. Cela m'a fendu le cœur de devoir la placer dans un pensionnat pour jeunes filles. Je m'en veux tellement de l'abandonner ainsi. C'est indigne d'une bonne mère.

Reginald - Au contraire, c'est extrêmement courageux de votre part d'admettre vos lacunes et celles de votre fille. Vous avez pris les choses en mains. C'est tout à votre honneur.

Susan - Je vous remercie de tant de gentillesse mais ça n'efface pas ma peine.

Reginald - Vous avez laissé votre fille à des inconnus pour lui offrir ce qu'il lui manque. Consolez-vous en vous disant que c'est un acte d'amour, malgré ce qu'il vous en coûte.

Susan - Cela me coûte oui. Et pas seulement affectivement.

Charles - Vous avez fait le bon choix. Cela me rappelle d'ailleurs la fameuse histoire de ma tante Alicia. Elle aussi avait été placée dans un pensionnat par ma grand-mère. Quelle femme était-elle devenue ! Une figure emblématique de la société mondaine londonienne !

Catherine - Elle a malheureusement fini étranglée par l'un de ses amants. La pauvre ...

Susan - Je ne supporterais pas qu'il arrive quoi que ce soit à mon unique fille. C'est mon bien le plus précieux ...

Charles - N'écoutez pas Catherine. Je suis sûr que Frederica est entre de bonnes mains.

Susan - Je l'espère aussi. Au prix de ce séjour en pensionnat, il ferait beau voir qu'elle en ressorte incapable de faire un beau mariage !

Charles - Ne vous tracassez pas pour l'argent. Nous vous aiderons bien volontiers. Après tout, nous sommes votre seule famille.

Susan - Ma seule famille oui. Je vous remercie pour tout ce que vous faites pour moi. Vous êtes un phare dans le brouillard qui m'entoure. Je ne sais pas comment vous remercier.

Catherine - Charles, je suis certaine que Lady Susan est lasse de son voyage depuis Langford. Que diriez-vous d'aller l'installer dans ses appartements ? Vous pourriez faire monter ses bagages par la même occasion.

Charles - Certes, c'est une idée judicieuse. Je vais aussi en profiter pour vous faire faire un rapide tour du propriétaire, Susan. Qu'en dites-vous ?

Susan - Je pense plutôt m'allonger un peu avant le déjeuner. Le voyage m'a épuisée.

Charles - Très bien. Montons alors ...

Susan et Charles sortent.

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