Acte 1 - Scène 2 : Des bruits de couloirs peu ragoutants

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Les époux Vernon et Reginald de Courcy


Reginald entre.


Catherine - Vous voilà enfin ! (Bas à Reginald) Je ne le supporte plus.

Reginald (Bas à Catherine) - C'est normal, votre mari est un bouc.

Charles - Reginald, quel plaisir de vous revoir.

Reginald - De même, cher beau-frère, de même. Mais dites-moi, quelles sont les nouvelles ?

Catherine - On vient de m'annoncer à l'instant que Susan Vernon arrive ce soir chez nous. Vous ne serez donc pas notre seul visiteur.

Réginald - Vraiment ! Je vous félicite d'accepter de recevoir la coquette la plus achevée d'Angleterre.

Catherine - J'y suis obligée, mon mari a jugé qu'elle avait besoin d'un certain « réconfort familial ». Si cela ne tenait qu'à moi, son attelage aurait déjà fait demi-tour. Sa réputation est si mauvaise ... Le voisinage va jaser.

Reginald - Il y a des bruits de salons qui courent. Il parait qu'elle prend un délicat plaisir de ronger les familles chez qui elle séjourne.

Catherine - Qu'est-ce que je disais ?! Qu'a-t-elle fait encore ?

Reginald - Je tiens l'histoire de M. Smith qui arrive directement de Langford. Susan aurait à la fois détourné M. Manwaring de sa femme et privé sa sœur Maria de son prétendant. En un mois à peine ! C'est invraisemblable.

Catherine - Quelle abomination ! Si cette histoire est vraie, cette femme est terrible. (À Charles) Admettez-le !

Charles (D'un air perplexe) - J'ai beau avoir une extrême confiance en la sincérité de votre frère, j'ai tout de même beaucoup de mal à croire à ses histoires.

Catherine - Que vous êtes crédule ! Ouvrez donc les yeux !

Reginald - Tout de même, quelle femme se doit être. Réussir à séduire deux hommes déjà amoureux en même temps et sous le même toit. Tout cela sans posséder le charme de la jeunesse. C'est du surnaturel !

Catherine - Ce n'est pas tout. Lady Susan vient sans sa fille ! Elle abandonne Frederica au pensionnat. Ce n'est pas normal. Je me demande bien ce qui peut se passer dans la tête de cette femme.

Reginald - Après tout, c'est peut-être mieux pour sa fille de ne pas être trop exposée au caractère de Susan. On la dit extrêmement manipulatrice. Lorsqu'on est seul, on peut agir plus librement.

Charles - Que voulez-vous dire ?

Reginald - Avoir à s'occuper d'un enfant impose des contraintes. Or Susan se débarrasse de sa fille, elle a donc une plus grande marge de manœuvre pour accomplir ses desseins ...

Catherine - Je suis sûre qu'elle veut nous faire du mal !

Charles - Je ne vois ici que les affres de vos esprits malsains. Comment songer un seul instant à couvrir d'infamies cette pauvre femme ?

Catherine - Décidément, vous n'êtes bon qu'à utiliser des mots pompeux ! Il est évident que Lady Susan est fourbe. Mais je n'ai pas l'intention de me laisser marcher dessus. Dès lors que son pied foulera la terre de Churchill, elle verra que c'est ici chez moi !

Reginald - Prenez garde. On ne sait ce qui peut se passer dans un esprit aussi tordu.

Catherine - J'ouvrirai l'œil, ne vous inquiétez pas.

Reginald - Je suis tout de même impatient de pouvoir observer cette diablesse.

Catherine - Méfiez-vous donc. Vous êtes encore célibataire. Et elle est veuve. Il se pourrait bien qu'elle use de quelques stratagèmes pour votre mettre dans son lit !

Reginald - Aucun risque. Je ne suis pas du genre à me laisser avoir par ce genre de sorcière.

Charles – Vos désirs de la rencontrer seront vite exaucés. La voilà qui arrive.

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