Chapitre 7. La grande ville.

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Les panneaux verts de l'autoroute défilaient, je doublais les nombreux camions, je me rabattais le long des bas-côtés bien verts. Je voyais les sapins au loin. Le ciel était dégagé, presque pur, si l'on exceptait les traînes laissées par quelques nuages blancs.

— Dommage qu'il n'y ait que la radio, fit remarquer Jody, en appuyant sur le bouton permettant de passer d'une station à l'autre. Tu n'as pas des CD quelque part ?

— Non, je n'ai plus rien, ce sont les mecs de ma mère qui ont dû tout piquer, répondis-je. Ils n'ont pas touché à l'installation, vu qu'elle n'est pas récente, qu'elle n'a pas de lecteur USB ni rien, heureusement. Tu veux qu'on achète des albums ou des compilations ?

— Garde ton blé et ne t'en fais pas. Finalement, la radio, c'est marrant, on voit ce qui passe comme chansons ou comme émissions d'un état à l'autre. Et puis, je suis bien, dans cette bagnole, avec toi. C'est ce qui compte, non ? s'écria Jody.

— Ouais, approuvai-je, tandis qu'une douce chaleur se répandait dans mon ventre.

Nous traversâmes l'Indiana et il fallut que je fasse attention, à un moment donné, de ne pas quitter l' I 80. Pour cela, je dus me mettre à gauche. Puis nous entrâmes en Illinois.

— Chicago n'est pas si loin, constatai-je. Ça nous ferait un petit détour, c'est tout. On a bien avancé. Ça te dit, une petite virée dans la grande ville ?

— Et comment ! s'exclama Jody. Génial !

Nous découvrîmes donc les gratte-ciels, les grands magasins et les parcs. Les yeux et les expressions de Jody valaient leur pesant d'or. J'avais la preuve que je lui faisais plaisir. Mais après la campagne et l'autoroute, le contraste était rude, et je devais rester vigilant, face à toutes les voitures qui m'entouraient sur les larges avenues.

Je dénichai un petit hôtel pas cher, le Best Inn, près du front de mer. Le lac Michigan était d'un bleu profond sidérant. Je déposai la voiture sur le parking et nous allâmes déguster les hot dogs d'un vendeur ambulant de Oak Street Beach. Le contraste entre les vagues, devant nous, et les grands immeubles élégants, derrière nous, était juste incroyable. Chicago avait réussi à associer des éléments qui m'apparaissaient inconciliables. J'étais aussi ébloui que perdu par cette immensité.

— C'est chouette, déclara Jody entre deux bouchées, alors que nous venions de nous asseoir sur un banc.

— C'était une bonne décision, renchéris-je.

— Les héros prennent toujours les bonnes décisions, continua Jody. Et tu es mon héros. Tu m'as sauvé de Sean et Davis et tu m'emmènes vers une vie sûrement meilleure. En plus, tu me fais profiter de tout ça, dit-il en écartant le bras pour désigner ce qui nous entourait.

— J'aime bien l'idée d'être ton héros, dévoilai-je, extrêmement troublé, parce qu'il avait eu la même image que moi.

— Grâce à toi, je n'ai pas peur de me retrouver dans cette ville immense et inconnue, poursuivit Jody, l'air rêveur. Je n'avais jamais quitté la Pennsylvanie. Maintenant, j'arrive même à en profiter et à croire à un avenir. Merci, Len.

— Merci d'être là, Jody, murmurai-je et il m'observa, sourit, avec une expression pleine de tendresse.

Soudain, une voiture de police passa à toute allure derrière nous, sirènes hurlantes. Jody me contempla avec plus d'intensité encore et son sourire s'épanouit davantage.

— Tu as entendu ? me demanda-t-il. Et là, pour le coup, tu ne peux pas intervenir. Alors ne culpabilise plus, mon héros.

Le possessif me troubla au point que la douce chaleur désormais familière envahit de nouveau mon ventre. Je lançai une petite bourrade à Jody, qui me la rendit. Et nous continuâmes à regarder ce qui nous entourait.

J'ai  conduit jusqu'à toiWhere stories live. Discover now