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Prologue

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J'ai lu toutes tes lettres de guerre, Célestin, et je trouve que tu écrivais bien.

On m'avait demandé d'écrire un article sur « ma vie sur facebook » et je n'y arrivais pas. Je n'avais rien à dire. Alors j'ai lu et relu toutes les lettres que tu a écrites à ta femme et à ta fille avant de mourir en février 1916 devant Douaumont.

Tu écrivais bien parce que tu savais dire ce qui te tracassait, ce dont tu avais besoin et exprimer tes sentiments ; même si ton orthographe et ta syntaxe laissaient à désirer, mais pas plus que beaucoup de messages sur facebook.

Tu parlais beaucoup de sous et de ton envie de  manger et de te coucher en ayant bu un bon coup. Mais comme tu n'avais pas d'argent, le vin, la gniole, le schnaps, ce n'était pas pour toi, alors que tu en aurais eu tant besoin.

Et je te comprends Célestin, comment vivre ce que tu as vécu sans boire un coup pour oublier un peu ! On pourrait presque croire que tu étais un pochtron, ce qui était peut-être le cas, mais sans doute pas.

Tu étais la parfaite chair à canon de cette « grande » guerre et les états majors t'ont baladé en première ligne tout au long du front. Des Vosges, ils t'ont envoyé dans la Somme pour creuser des tranchées puis les occuper. C'était presque grotesque au début d'avoir les boches en face et de se terrer sans bouger. Vous avez même bu un coup ensemble à Noël, mais tu rêvais déjà de passer l'hiver 14 au chaud à l'hôpital et tu as réussi à te faire porter pâle (avec de sérieux motifs tout de même, pieds gelés et thyphoïde) et à rester loin du front jusqu'en mars 1915.

Mais il a fallu repartir là-bas où tu savais par tes copains que ça bardait. En Champagne dans les tranchées en avril-mai 1915 avant de te faire monter vers le Nord en mai -juin.

Là, tu as vu la mer dans le Pas de Calais, mais il fallait que tu t'entraînes. Ah on ne te laissait pas en repos avec des virons de 200km par jour. Sale pays, bien pauvre avec juste de la bière à boire que tu n'as pas aimé.

Mais juste après l'entrainement forcené, on t'a remis à l'ouvrage, au combat, au corps à corps à Vimy et à Lorette et puis on t'a redescendu dans les tranchées de Champagne. Comme tu n'étais pas encore mort, on t'a encore fait bouger, puis encore, tout au long des tranchées, dans les villages nègres de l'arrière et les tranchées de premières lignes – 6 jours en première ligne, 6 jours en deuxième ligne, 6 jours à l'arrière-puis 16 jours en première ligne sans rien à manger que du pain et des conserves.

Tu as réussi une fois de plus à t'échapper et à être envoyé au dépôt des éclopés de Vitry le François où tu as passé 15 jours en octobre avant de repartir pour les tranchées de la forêt de Parroy de novembre à janvier 1916. C'est de là que tu a eu ton unique permission de 6 jours, 1200 km aller-retour, 6 jours aller, 6 jours retour.

Au retour, ils t'ont envoyé à Verdun ...pour ton dernier voyage.

Tu étais bien sain d'esprit et pour sauver ta peau tu as raisonnablement essayé tout ce qui était en ton pouvoir, la maladie, la fatigue, l'examen du génie cycliste pour ne travailler que de nuit de 8 heures à trois heures du matin pour creuser, mettre des fils de fer, couper ceux des autres. « nous ne serons pas mal, à part le risque » comme tu disais.

Tu as espéré les dardanelles, la reconnaissance de tes six années de militaire, l'épuisement.

Tu es resté confiné aux tranchées, aux déplacements épuisants, à la faim, au trop froid, au trop chaud, à la mort des copains, au bruit, aux odeurs, à la crasse et à la vermine.

Et puis tu es mort, disparu, introuvable sans doute déchiqueté par un obus. Tu laissais une femme et une petite fille d' un an tout juste qui ne t'avait vu que deux fois.

En souvenir de votre amour, j'ai inventé les lettres que tu as reçues de Joséphine à partir des rares exemples qui restent (quand tu écrivais au dos de ses lettres par manque de papier).


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