Chapitre 6. L'altercation.

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La nuit fut étrange. J'avais le sentiment d'avoir plongé dans un sommeil aussi profond que perturbé par diverses émotions. Elles me traversaient et se succédaient, m'imprégnaient, sans que je sache à quelle situation précise elles correspondaient. Affection, exaltation, peur. Celle que Jody avait eue ?

Au matin, il dut m'entendre me lever car il arriva dans la kitchenette en baillant, au moment même où je m'y versais un verre d'eau.

— On n'a rien ici, constatai-je. Rien pour un petit-déjeuner décent et digne de ce nom. On va passer par un coffee shop avant de reprendre la route.

— Ouais, acquiesça Jody en fourrageant dans sa tignasse teinte qui partait dans tous les sens, mais qui ne le rendait pas moins sexy.

— Tu as bien dormi ? m'enquis-je.

— Ouais, répéta-t-il, sans revenir sur la longue scène d'affection solidaire que nous avions eu la veille.

— Génial. Je me douche, tu y vas après moi pendant que je range, ok ?

— Ok, approuva-t-il. Je vais ranger mes propres affaires.

— N'oublie pas ta licorne, prévins-je.

— Pas de danger, affirma-t-il avec un petit rire un peu rauque, typique des voix éraillées du matin, ce qui le rendit encore plus séduisant.

— Tu lui as déjà donné un nom ? voulus-je savoir, pour changer le cours de mes pensées.

— Hé ! Je ne suis pas un gamin ! protesta-t-il.

— Jody, le morigénai-je, tu as déjà oublié ce que je t'ai dit hier ? Si tu veux de la tendresse, prends de la tendresse, et celle de ta licorne sera plus forte si tu la personnalises, à mon avis.

— Albert ? suggéra-t-il.

— Elle a une tête à s'appeler Albert ? C'est un mâle ?

— Ouais, n'en démordit pas Jody. Elle a une tête à s'appeler Albert et à être de sexe masculin.

— Ok ! Eh bien, ça me va ! m'écriai-je en rigolant, avant de me diriger vers la minuscule salle de bain.

J'en sortis en boxer, pour m'habiller dans ma chambre, plus grande que le réduit où je venais de me laver. Jody, lui, entra après moi, nu comme au premier jour, ou comme la veille. Je pus à nouveau poser les yeux sur sa queue lourde et ses testicules soyeux, avant qu'il ne monte dans la cabine. Heureusement que je ne voyais pas son érection matinale ! Elle devait être passée. Comment aurais-je réagi ?

Alors que nous étions tous les deux lavés, et que nous faisions une dernière inspection des lieux pour vérifier que nous n'avions rien oublié, nous entendîmes des éclats de voix tout proches. Jody s'immobilisa, pâlit.

— Essaie de ne pas t'angoisser, lui conseillai-je. Je vais voir.

J'ouvris la porte et j'aperçus notre voisin aux prises avec un homme plutôt costaud et plutôt énervé, qui essayait d'attraper le col de sa chemise. L'autre tentait de le repousser mais sans frapper. Personne ne cognait encore. Cependant...

— Tu pensais que je n'allais pas te retrouver ? gueula le type en colère. Je savais que tu te planquerais tout près de ta femme et de tes gosses. Rends-moi mon fric ! Tu entends ? Tu vas me le rendre !

Et là, il balança un coup de poing dans le visage de notre voisin, qui recula en se tenant le nez. Un goût de bile remonta dans ma gorge puis ma bouche, le liquide me brûla au passage, et mon cœur rata un battement. Je sentis une sueur froide couler dans mon dos et le dégoût m'envahir. Le dégoût de moi-même. Je dus m'appuyer sur la rambarde.

J'ai  conduit jusqu'à toiWhere stories live. Discover now