Achill Island : Là où le temps s'arrête

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Quand on prépare un long voyage, comme celui-ci qui dure huit semaines et nous amène à traverser quatre régions distinctes (Irlande, Écosse, Angleterre et le Pays de Galle), il est important de bien intégrer des périodes de repos dans l'horaire. Ainsi, lorsque nous avons vu la photo d'Achill Island, avec son terrain de camping sur le bord de la plage dorée, nous avons été conquis. C'est à cet endroit, qui semblerait inhospitalier à d'autres, que nous avons choisi d'y faire notre première pause.

Nous sommes émerveillés dès que nous traversons le minuscule pont qui relie la petite île avec le reste du pays. Achill Island se situe tout au bout d'une péninsule qui s'avance dans l'océan Atlantique, au sud-ouest du Mayo. À partir de la route régionale la plus proche, nous venions de mettre deux heures pour parcourir 75 km sur un chemin tortueux et fort étroit. Seul chemin d'accès à ce petit paradis, la chaussée est bordée de murets de pierre ou, de champs de tourbière. Elle était encombrée de véhicules en tous genres, allant des bicyclettes aux tracteurs de fermes en passant par des autobus de touristes et des camions routiers. Adrénaline et sueur froide garantie !

Par contre, l'ambiance de liberté que nous apporte l'air salin et qui nous accueille à notre arrivée aide à éliminer la fatigue et le stress des dernières semaines. Ça valait le déplacement. Achill est une petite île couverte à 75 % d'épaisses tourbières ; ailleurs, quelques montagnes, dont la plus haute dépasse à peine 700 mètres, se terminent en falaise dans la mer. Il y a peu de maisons, même dans les villages. Les anciens crofts, avec leur plancher en terre battue et leur toit de chaume, subsistent encore ici et là, éparpillés dans les vallées peu profondes. On les remarque, coincés entre les tourbières et les nombreux ruisseaux.

Notre terrain de camping, le Keel Sandibank Caravan Park porte très bien son nom. Lors de notre séjour, nous avons marché de nombreuses heures sur la plage sabloneuse, longue de deux kilomètres. Nous arrêtions un instant pour admirer les vagues que la marée faisait rouler jusqu'à nos pieds ou pour observer un oiseau monter haut dans le ciel avant de plonger comme une torpille pour se nourrir.

Le soir, les bourrasques froides se glissent sur cette plage et nous forcent à porter nos chandails et nos anoraks à capuchon pour nous protéger. Nos cœurs de nomade aimant l'hiver, nous nous accommodons facilement de cette atmosphère fraiche qui a l'avantage de faire fuir les autres touristes. Saisir cette vie au ralenti nous permet de vider notre corps de toutes ces heures de vadrouille dans le reste de l'Irlande et nous aide à retrouver cette sérénité qui nous accompagne toujours en nature. Seule la vue de quelques planchistes téméraires et habillés en homme-grenouille nous fait frissonner.

Situé dans l'hémisphère nord à la hauteur de la baie d'Ungava au Québec, Achill Island est éclairée par le soleil de 3 h à 23 h en cette période de l'année. Ce soleil de juillet réchauffe à peine nos os, même en plein après-midi. La température se tient entre 15 et 20 °C le jour, mais elle baisse sous les 10 °C la nuit. Les pyjamas de flanelle et les bas de laine sont à l'honneur chez les campeurs.

La vue de cette mer d'un magnifique bleu vert très intense nous a subjugués. Au cours de ces quelques jours de repos, nous avons assimilé nos apprentissages des dernières semaines et réaligné les prochaines portions du voyage. Même, nos discussions profondes, à l'aube de nos 50 ans, nous ont permis de recentrer nos vies qui prenaient une nouvelle tournure.

Les gens de Achill Island parlent un dialecte celte qu'ils appellent l'irlandais. Ça ressemble beaucoup à la langue gaélique écossaise. D'ailleurs, les deux communautés peuvent converser facilement, malgré les différences d'expression. La majorité d'entre eux utilisent aussi l'anglais, mais leur accent est très difficile à comprendre. Ils vivent très simplement, loin des autoroutes, de la télévision et de la musique forte. Certains d'entre eux possèdent des maisons récentes, mais, plusieurs habitent encore dans leur croft, ces maisons à peine plus modernes que celles du 19e siècle, sans eau courante ni électricité, mais disposant d'un foyer central (au centre de la pièce) où l'on brûle du peat.

Deux Québécois en vadrouille en IrlandeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant