Chapitre 1

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France – de nos jours

Je volais sereinement dans les airs quand un bruit strident m'interrompit, provoquant ma chute vers le sol, puis dans mon lit confortable. Blottie sous ma couette, je repris doucement contact avec la réalité, accompagnée par la rengaine rock de The Police, « Truth hits everybody ». Quelle chanson pour un réveil !

Je soupirai et risquai un bras hors des couvertures pour éteindre l'objet du délit. Le silence envahit de nouveau ma chambre alors que j'ouvrais mes yeux avec précaution. Les premiers rayons du soleil de ce début mai s'infiltraient par les interstices des volets. Il était six heures et quart, et si je ne voulais pas être en retard, il fallait que je me lève au plus vite. Que j'abandonne la douceur de mes draps et de mes rêves pour rejoindre le collège où j'enseignais et mes merveilleux élèves.

Je soupirai profondément, m'étirai, puis rejetai mes couvertures. Je ne ressentis aucun choc de température. On était au milieu du printemps, et le climat ambiant était acceptable. Je me levai, glissai les pieds dans mes chaussons et me dirigeai vers la cuisine pour me préparer un chocolat chaud. Pas du café. Je détestais le café : trop fort et trop amer à mon goût.

Pendant que le lait chauffait, je jetai un œil à ma sacoche de cours et m'assurai que tous les documents et fournitures dont j'aurais besoin y étaient rangés.

Malgré mon manque de motivation flagrant ce matin-là, j'adorai mon métier. J'étais prof d'histoire depuis presque sept ans maintenant, et ma passion n'avait pas faibli. Mais certaines journées étaient plus dures que d'autres : sept heures de cours m'attendaient ce jour-là, et je sentais déjà une migraine menacer à l'intérieur de mon crâne. Je pris une aspirine par prévention et finis de préparer mon petit-déjeuner.

Depuis le temps, le schéma de ma routine matinale était ancré dans mon cerveau ; je l'accomplissais sans y penser : p'tit dej, douche, brossage de dents et de cheveux, habillage... Je m'en sortais en une petite heure, ce qui me laissait le temps d'aller porter mon journal de la veille chez la voisine. La pauvre vieille dame ne pouvait désormais plus guère sortir de chez elle. Aller lui rendre visite de temps en temps et lui faire quelques courses était le moins que je pouvais faire.

Une fois que j'eus glissé le quotidien dans sa boîte aux lettres, je pris le chemin de l'arrêt de bus. Je n'avais pas le permis. C'était un choix. Je refusais de prendre la responsabilité d'un engin pouvant être si mortel. Il paraît qu'on devient tous un peu fou derrière un volant.

J'avais la chance d'habiter dans une ville moyenne de la province française, où le réseau de transports urbains était suffisamment développé pour me permettre de me déplacer quand et où je voulais.

Je n'attendis pas longtemps à l'arrêt. Le bus arriva à ma hauteur et je m'y engouffrai. Je montrai rapidement ma carte au conducteur et allai m'assoir dans le fond du véhicule. Ce dernier reprit sa route.

J'observai autour de moi tout en fredonnant en sourdine l'air qui passait à la radio. La plupart des lycéens et collégiens qui faisaient le trajet avec moi écoutaient leur walkman avec une mine renfrognée. D'autres fixaient leurs chaussures d'un air morne. Plus rares étaient les groupes d'amis qui discutaient gaiement. Il fallait attendre l'entrée de l'établissement pour cela.

Je n'étais moi-même pas une personne très extravertie, mais je regrettais parfois l'individualisme forcené dans lequel se complaisait la société. Je ne voyais cependant pas comment y remédier, à part en donnant à mes élèves la clé pour comprendre le monde qui les entoure.

*

Le cours de 11 heures venait de commencer. Je venais juste de terminer le cours avec mes sixièmes et accueillais à présent les élèves de la 3èmeC qui arrivaient dans le brouhaha habituel. J'avais appris depuis le temps à passer de la mythologie égyptienne au maquis du Vercors, puis à l'assassinat de Marat. C'était une gymnastique de l'esprit qu'il fallait adopter si on voulait survivre dans ce métier. Sans oublier la passion... et l'autorité. Les adolescents s'installèrent avec une lenteur démesurée à leur place respective et sortirent leurs affaires. Je passai la main dans ma nuque pour tenter de chasser la migraine qui revenait à la charge, puis toussotai :

L'autre victoire 1 - Le réveilLisez cette histoire GRATUITEMENT !